Crotone, comme Icare

Par Michaël Magi publié le 10 Mar 2019

Après deux saisons à voltiger trop près du soleil, Crotone, tube de l’été 2016 version petit-poucet, s’est brulé les ailes. Deux années plus tard, c’est le spectre d’une deuxième relégation successive qui se profile. Tant bien que mal, le petit club de Calabre continue à battre des deux bras, avec le peu de plumes qui lui reste, espérant vaincre la gravité pesant sur les épaules de ces petits qui se sont rêvés trop grands. Encore 10 matchs pour se sauver…

Patience est mère de vertu

Tout le monde se souvient du Crotone de la saison 2016-2017. Découvrant alors l’élite, les calabrais avaient dû attendre la 11ème journée pour découvrir la saveur d’une première victoire historique en Serie A. Miraculé, Crotone arrachera même son maintien, lors de l’ultime journée, à la faveur d’une victoire contre la Lazio, doublant sur le fil une malheureuse équipe d’Empoli… Alors qu’elle n’a passé que deux journées hors de la zone de rélégation : la première et la dernière. L’année suivante, il n’y eut pas de miracle.

C’est donc après avoir passé deux années à lutter, que Crotone a inauguré cette saison son retour en Serie B. Sans certitudes, avec un effectif remanié, conduit par un entraineur habitué aux joutes souterraines : Giovanni Stroppa, ex-coach émérite de Foggia. Las, les résultats se situent en deçà des déraisonnables exigences de dirigeants impatients et Stroppa est remercié dès la 9ème journée, laissant son équipe à la 10ème place avec 11 points au compteur… Après une pige d’un match, effectuée par Moschella, entraineur de la Primavera, sanctionné par une défaite à Lecce, la Direction choisit Massimo Oddo pour prendre en main l’équipe. Funeste décision. Sous les ordres de l’ex-gloire italienne, Crotone sombre : 2 nuls et 5 défaites plus tard, au soir d’une punition contre Spezia (3-0), Oddo tire de lui-même les conséquences qui s’imposent et démissionne. « Nous sommes vraiment désolés parce que Massimo est un grand professionnel, déclare le Président Vrenna, mais nous étions tous conscients qu’un choc était nécessaire. Nous repartons avec Stroppa. Il est compétent et sait où il met les pieds ».

Massimo Oddo sonné, 7 matchs avec Crotone (5 défaites, 2 nuls)

Stroppa ne le sait que trop, en effet, et fait donc son retour – 2 mois après son départ – avec pour mission de recoller des pots qu’il n’a pas cassés. « Quand le président m’a appelé, je n’ai pas hésité, j’ai pris l’avion et suis revenu parce que je crois en l’équipe », explique-t-il à son retour… Avant de régler ses comptes, avec les journalistes mais sans doute aussi avec la Direction : « Je suis ouvert à la critique, mais on n’a plus de considération pour le travail de l’entraîneur (…) Depuis mon arrivée, nous avons parlé chiffres, sans tenir compte de ce qui se faisait. Je me suis senti maltraité. J’étais toujours désigné comme le responsable de tout ce qui n’allait pas. Nous connaissions des difficultés mais tout était encore ouvert à l’époque ». 

Happy ending ?

Avec Stroppa, Crotone reprend son rythme de croisière – parsemé de hauts et de bas. En 9 matchs, l’équipe parvient à glaner 10 points supplémentaires et se positionne aujourd’hui à la 17ème place, synonyme de relégation. Difficile d’analyser en ce sens la saison de Crotone, considérant la responsabilité des dirigeants dans le marasme actuel. Crotone a le niveau d’une équipe moyenne de Serie B. Courageuse mais limitée techniquement, elle présente l’une des attaques les moins efficaces du championnat. A l’étude de ses 3 derniers matchs, le flou persiste. Contre Brescia, Crotone a fait une mi-temps courageuse avant de s’accrocher, au point de faire douter quelques instants le leader, grâce à Cordaz notamment, auteur d’une parade remarquable devant Morosini. Le reste ressemble au récit typique de match d’une équipe qui candidate à la relégation : des entrées désastreuses (dont celle de Machach), un csc malheureux à la 80ème, suite à un coup franc bêtement concédé, un but dans les arrêts de jeu pour conclure, histoire d’achever de saper le moral des troupes.

Brescia – Crotone : ouverture du score de Brescia à la 80ème. Cordaz repousse le ballon sur son coéquipier Salvatore Molina

Contre Palermo, l’équipe a pourtant réagi, et puni une équipe sicilienne suffisante et désorganisée (3-0). Contre Padova, lanterne rouge, samedi dernier, dans un match qui sonnait comme l’un des matchs de la peur de la saison, Crotone n’a pu faire mieux qu’un nul, en dépit du discours mobilisateur d’avant-match de Stroppa qui annonçait que « si contre Palerme il s’agissait une finale, cette rencontre est la finale de la finale ». Incapable de trouver les espaces face à un bloc bas, n’ayant laissé qu’un attaquant en pointe, réduite à 10 peu avant l’heure de jeu, Crotone aurait même pu être punie à plusieurs reprises. Sans un Cordaz impérial, encore une fois.

Les raisons d’espérer ne sont pas légion mais elles existent. Stroppa est sans doute la meilleure d’entre elles. Bien conscient que les ailes de son équipe se dégarnissent à vue d’oeil, il s’adapte constamment à l’adversaire, multipliant les schémas tactiques. Tout y passe : du 4-4-2, au 3-5-2 en passant par un inédit 3-5-1-1 lors du dernier match contre Padova. La méthode a les défauts de ses qualités : elle parvient parfois à faire déjouer l’adversaire mais ne permet pas aux joueurs de créer ces fameux automatismes qui font les vraies équipes. C’est là sans doute une preuve de son pragmatisme ; pragmatisme qui l’a sans doute incité à réintégrer Machach (qui a joué 10 minutes contre Padova), alors qu’il avait juré, après sa désastreuse prestation contre Brescia, qu’il ne refoutrait plus les pieds sur le terrain. Les autres atouts sont à trouver parmi les joueurs eux-mêmes : résilients, courageux, solidaires du coach, à l’image d’Andrea Barberis, au four et au moulin au sein d’un milieu maladroit et souvent tétanisé, de Simy Nwankwo, infatigable aux avant-postes ou du capitaine Alex Cordaz, vrai patron de défense. Crotone n’a cependant pas le temps de compter ses plumes : dès dimanche, une nouvelle finale lui est proposée. Face à la Salernitana.

Michaël Magi



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