CALCIOSTORY : Quand le Milan AC battait la Juventus en Supercoppa

Par Théo Cé publié le 16 Jan 2019

Nous sommes le 23 décembre 2016, il fait donc très chaud à Doha (Qatar). L’histoire semble écrite d’avance : la Juventus domine le championnat sans souffrir la moindre concurrence, et ce n’est pas le Milan qui semble en mesure de lui disputer quoi que ce soit. Aujourd’hui, elle vise le triplé (national). Mais sur un match, pourquoi s’empêcher d’y croire ? De part et d’autre, il y a l’envie d’en découdre : une revanche sur la Coppa 2015-2016, remportée par la Juve aux prolongations (1-0), et une revanche sur ce 22 octobre où le Milan avait gagné à la surprise générale, à San Siro, sur un missile de Locatelli. La Supercoppa, une coupe en bois ? Chaque rencontre entre les deux équipes est comme une finale, même pour le plus insignifiant des trophées. (Même pour le trophée Berlusconi. Paix à son âme.)

Deuxième round tropical

Ce jour-là, les Expandables de Montella débarquent au complet : une solide paire de centraux Paletta-Romagnoli devant un Donnarumma encore adulé, un milieu à trois Kucka-Locatelli-Bertolacci qui sent bon le tiki-taka et enfin un Bacca sur la pente descendante soutenu par Suso et Bonaventura, les deux hommes forts. « Giak » est monté d’un cran tandis que Niang est relégué sur le banc. Face à l’armada turinoise, on ne donne pas cher de leur peau. Excepté Dybala et Barzagli, Mister Max a aligné tous ses titulaires. Son 4-3-1-2 a remplacé le 3-5-2 d’Antonio Conte. Cependant, l’expérience prouve que ce Milan peut gagner. Des deux côtés, on sait qu’on peut gagner; des deux côtés, on sait qu’on peut perdre. Alors on prépare d’avance les excuses. Les Milanistes se plaignent du retard de leur avion qui leur a laissé un jour en moins pour s’acclimater à la chaleur du Qatar. En face, Allegri annonce, tel votre ami avant un match Fifa : « Le fait que la Juventus soit nettement favorite déresponsabilise le Milan et lui donne de la hargne. » On connaît le coup. Les 22 acteurs sont prêts : place au spectacle.

Le style du Milan de Montella, c’est compenser l’infériorité technique par une supériorité tactique. L’idée est d’occuper la moitié de terrain adverse avec beaucoup d’hommes, en maîtrisant la possession ou en pressant très haut. Allegri l’a compris, et d’entrée de jeu, les Rossoneri, pris à leur propre jeu, sont asphyxiés. Pendant plusieurs dizaines de minutes, le trio offensif, qui ne voit pas la couleur du ballon, est réduit à l’état de spectateur. Le Milan tente de reprendre le contrôle du jeu mais rien n’y fait. Le pressing trop haut laisse des boulevards derrière. Heureusement pour la défense, Donnarumma est a la main ferme : il multiplie les parades devant Mandzukic et Sturaro. Mais à la 17ème minute, Pjanic expédie un ballon de corner au milieu d’une surface où se trouve un Chiellini libre de tout marquage, qui peut placer un coup de genou ou de tibia victorieux.

Le réveil de la force

1-0, score logique. Si l’on se base sur les 15 premières minutes, on se dit que la soirée va être longue pour le Milan… Étrangement, les joueurs turinois relâchent peu à peu la pression. Excès de confiance ? À la 32e minute, Alex Sandro se blesse et doit céder sa place à « Pat » Evra. Excellente nouvelle pour Suso, pour qui la fête commence. Le Milan AC retrouve enfin un peu d’air et touche le ballon. Au pied du mur, il se dit qu’il n’a plus rien à perdre. C’est dans ces moments-là qu’il devient dangereux. Libérés de la pression adverse, les Rossoneri partent à l’attaque et obtiennent leur première occasion à la 35ème sur une tête inoffensive de Kucka. Le ballon finit dans les mains de Buffon qui n’a pas eu besoin de bouger. Il va en avoir besoin trois minutes plus tard. Devant un Evra passif, Suso lêve la tête et, à une trentaine de mètres du but, depuis son couloir, envoie un amour de centre dont il a le secret : le ballon semble destiné à mourir au point de pénalty ; que nenni ! Bonaventura surgit et le dévie en pleine course sur la droite de Buffon ! Le Milan égalise sur sa première occasion franche.

Le but a réveillé le courage des 11 joueurs. Au retour des vestiaires, le public est scotché : c’est le Milan qui donne le ton ! La rencontre s’emballe. À la 56ème minute, Suso combine avec Abate le premier corner à la rémoise réussi de l’histoire, mais la tête de Romagnoli s’échoue sur la barre ! Le Milan continue dans son style, laissant toujours de grands espaces derrière mais jouant crânement sa chance. Alors la Juventus, sonnée, se réveille elle aussi : Khedira réplique par un tir puissant qui oblige Donnarumma à s’envoler. Les deux équipes font désormais jeu égal. Suso régale encore d’un centre chirurgical pour la tête de Bacca : au tour de Buffon de sauver son équipe. Ce sera les prolongations. Bacca, à nouveau, prend soin de maintenir le suspens intact : Buffon repousse une frappe de Bonaventura sur le Colombien qui, seul à 3 mètres des cages vides, manque son contrôle… Beau joueur, Dybala se troue lui aussi au point de pénalty, expédiant un caviar d’Evra dans la stratosphère. Les tirs aux buts décideront de la victoire milanaise. C’est le premier trophée du Milan depuis le Scudetto de 2011, et le dernier à ce jour… Certes pas le plus clinquant, mais une victoire du courage et de l’abnégation. Il est fêté dignement par un Milan qui aura réussi l’exploit de battre la Juventus deux fois en trois rencontres sur toute la saison.

Théo Cé

Rédacteur



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