CALCIOSTORY : Quand l’Ajax infligeait à la Juventus sa première défaite en finale de Ligue des Champions

Par Yacine Ouali publié le 31 Mar 2019

En vue du quart de finale de ligue des champions de la Juventus face à l’Ajax Amsterdam, Calciomio vous propose une série de 4 articles retraçant l’histoire commune des deux clubs. Aujourd’hui, deuxième partie avec un retour sur la première rencontre au sommet entre turinois et amstellodamois : la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions 1972-1973.

Le 30 mai 1973, dans un Marakana de Belgrade plein à craquer, l’Ajax Amsterdam infligeait à la Juventus la première de ses sept défaites en finale de la plus prestigieuse des compétitions européennes. Une tête de Johnny Rep à la 5ème minute de jeu suffit aux hollandais pour soulever leur troisième coupe d’Europe consécutive, signe de la consécration d’une philosophie : le football total.

Il faudra pour les turinois attendre 23 longues années pour avoir leur revanche, en finale de la Ligue des Champions 1995-1996 à l’Olimpico de Rome.

Mais en 1973, la Juventus n’est pas encore le monstre qu’elle deviendra sous Trappatoni puis Lippi. À l’époque, la Vieille dame est en Europe une équipe d’outsiders, arrivée en finale européenne après un parcours au tirage favorable, et presque sans aucun espoir de battre les ogres menés par Stefan Kovács.

Une finale soporifique à sens unique

Après avoir battu les français de Marseille, les allemands de l’Est de Magdeburg, les hongrois de l’Ujpest et les anglais de Derby County, la Juventus se présente à Belgrade avec quelques certitudes. Championne d’Italie devant le Milan, l’équipe du Mister tchèque Cestmir Vicpalek (oncle de Zdenek Zeman), nourrit toutefois très peu d’espoirs de toucher du doigt le trophée aux grandes oreilles. L’Ajax d’alors, celui qui entre sur le terrain du Marakana avec les deux Johann, Cruyff et Neeskens, est invincible. Dominateur, volant, virevoltant et terriblement beau à voir jouer, cet Ajax est ce que le Barça de Guardiola fut au début du siècle.

Devant Dino Zoff, la Juventus aligne en ce 30 mai 1973 un onze totalement italien. En défense, le back four est constitué de Marchetti, Longobucco, Morini et Salvadore. Les trois milieux du 4-3-3 que sont Fabio Capello, Franco Causio et Giuseppe Furino sont alors chargés d’alimenter Altafini, Anastasi et Bettega.

Dès le début de la finale, les plans de jeu des deux côtés sont clairs. Pour les hollandais, l’idee est de marquer le plus vite possible pour ensuite contrôler le match et piquer au moment opportun. Chez les italiens, les derniers relents du catenaccio d’Helenio Herrera se font encore sentir, et se justifient autant par une volonté tactique que par la peur inhérente d’affronter cet Ajax là, peur qui se confirmera dès la 5ème minute quand, à la réception d’un centre du défenseur Blankenburg depuis l’aile gauche, Johnny Rep lobe subtilement Zoff pour donner l’avantage à son équipe.

À partir de ce but, l’Ajax se mettra à contrôler un match que les joueurs ne lâcheront jamais vraiment, dans leur style caractéristique et avec une sensation de liberté et de nonchalance qui frise l’arrogance, à l’image de toute leur préparation en amont. En effet, contrairement à des turinois arrivés très en avance à Belgrade dans la concentration la plus totale, les amstellodamois ne se rendent à Belgrade que le 28 mai au soir, avec femmes et enfants, comme s’ils venaient jouer un match amical de pré-saison.

Tout le long de la première mi-temps, l’Ajax passera ainsi par trois fois tout prêt d’alourdir la marque. Devant des turinois déjà fatigués et courant la plupart du temps dans le vide, les joueurs hollandais combinent la précision de leur jeu de passe avec la force de leur pressing pour ne jamais laisser une once d’espoir à leurs adversaires.

En deuxième mi-temps, si les turinois débutent tambour battant et tentent d’exploiter les ailes, en témoigne une tête de Bettega toutefois facilement captée par le gardien Stuy, ils sont à nouveau vite refroidis par l’aisance et la manifeste absence de peur des ajacides.

Au milieu de terrain, Causio et Furino éprouvent énormément de problèmes à contenir Blankenburg, le défenseur central parmi les premiers de l’histoire à participer au jeu parfois comme un milieu supplémentaire, à l’image de ce que les défenseurs des équipes des Guardiola réalisent aujourd’hui. En défense, c’est une toute autre paire de manches pour Morini et Salvadore, qui doivent gérer un Cruyff à la fois 9, 10, faux 9, mezzala, ailier… Libre comme jamais, le génie hollandais fait tourner la tête à des turinois habitués au marquage individuel et ouvre ainsi maints espaces pour ses compères de l’attaque, Rep et Keizer.

À la fin du match, quelques minutes après une dernière tête sur la barre de Hulshoff sur un centre de Keizer, l’arbitre siffle la fin du match et sacre les ajacides. Dépités, les bianconeri quittent le terrain la tête basse, sans savoir que, malgré eux, ils venaient de lancer une malédiction qui allait leur faire perdre six des huit prochaines finales jouées par leurs contemporains.

Tomber pour mieux se relever

Après la finale de 1973, la Juventus et l’Ajax suivront des chemins bien différents. Échaudés par la préférence de leurs joueurs pour le contrôle plutôt que pour le jeu durant la finale, les supporters ajacides critiquent Stefan Kovács et ses joueurs, accusés de petit à petit dilapider l’héritage de Rinus Michels (la finale de 1973 est unanimement considérée comme étant l’une des plus décevantes de l’histoire). Résultat, mélangé avec d’autres problèmes, Johann Cruyff file peu de temps après au Barça, signant de facto la fin de l’âge d’or du club de sa vie.

Du côté turinois, les fortunes sont toutes autres. Galvanisés par ce qu’ils voient être le début d’une ère, les bianconeri se mettent à croire en leurs chances au niveau européen et s’engagent sur un chemin qui, du 30 mai 1973 au 22 mai 1996, les verra devenir la première et la seule équipe à gagner toutes les compétitions créées par l’UEFA.

Yacine Ouali



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