CALCIOSTORY : Quand la Fiorentina devient le premier grand club européen d’Italie

Par Yacine Ouali publié le 29 Avr 2020

C’est une histoire qui tourne autour d’un homme : Fulvio Bernardini, l’entraîneur, aussi dit « Le professeur ». C’est l’histoire d’un club, la Fiorentina, que personne ne considérait réellement, et qui pourtant deviendra le premier club italien à briller en Europe.

Les fondations d’un règne

En janvier 1953, la Fiorentina est moribonde. Le club navigue à vue en Serie A, et fait ce à quoi toute équipe cède en de tels moments : il recrute un nouvel entraîneur. Ce sera Fulvio Bernardini, ancien joueur de la Nazionale, si intelligent sur le terrain que Vittorio Pozzo, entraîneur légendaire de la Nazionale championne du monde en 1934 et 1938, le laissait plus souvent sur le banc que sur la pelouse, de peur que les autres joueurs ne puissent suivre sa vision du jeu.

Après une troisième place en 1953-1954, saison durant laquelle Bernardini stabilise la défense et renforce son attaque, et une cinquième place en 1954-1955, la Fiorentina débute la saison 1955-1956 dans un nouveau système qui surprend l’Italie. Fait de permutations permanentes, le plan de Bernardini étourdit les adversaires, et permet à la Fiorentina de gagner son premier Scudetto avec 12 points d’avance et une seule défaite, lors de la dernière journée.

Après cette historique saison, la Fiorentina finira la saison 1956-1957 à la deuxième place, et fera de même jusqu’à la fin de la décennie. Mais, après le Scudetto, les yeux des toscans et de Bernardini étaient tournés vers un autre objectif : l’Europe.

La première odyssée européenne du calcio

Créée l’année d’avant, la Coupe d’Europe des clubs champions intègre en 1956 la Fiorentina, championne. C’est l’occasion pour les hommes de Bernardini de montrer leur talent au continent, bien avant les victoires des clubs milanais dans les années 1960.

Avant tout le monde donc, Bernardini voit en l’Europe une opportunité d’inscrire la Viola dans l’histoire. Épargnée du premier tour, la Fiorentina rencontre en huitièmes de finale le club suédois de Norrköping. Si l’enthousiasme n’est pas fou au Stadio Comunale en ce 21 novembre 1956, le match est plaisant, et se termine sur le score de 1-1. Le retour se joue à l’Olimpico, faute de pouvoir jouer sur un terrain acceptable en Suède. Ce coup de pouce du destin est favorable aux toscans, qui s’imposent 1-0 et vont en quarts.

Au début février 1957, les tifosi se rendent plus nombreux au stade pour assister au démembrèrent de Grasshopper (Suisse) 3-1. Au retour, un anecdotique 2-2 voit les florentins accéder aux demies de la Coupe d’Europe, dans ce qui constitue une première pour l’Italie.

Se dresse alors l’Étoile rouge de Belgrade. Déjà réputé pour la chaleur de ses supporters, le club yougoslave s’incline pourtant à l’aller à domicile (1-0), avant d’aller faire un match nul et vierge à Florence, où cette fois 70 000 personnes se rendent au stade.

Controversée, la finale laisse un goût amer

En finale, la Fiorentina affronte le Real Madrid, tenant du titre, qui en plus reçoit. Toujours aussi imperméable derrière, la Viola arrive à Madrid avec une tâche autrement difficile : garder une cage inviolée contre Di Stefano, Gento et Kopa.

Très disputée, la finale voit les 22 joueurs sacrifier le jeu pour l’enjeu. Cela durera jusque la 70ème, et une action qui, jusqu’aujourd’hui, hante tous les tifosi toscans. Lancé en profondeur, l’attaquant madrilène Mateos est fauché dans la surface par Ardico Magnini. Pénalty. Les italiens protestent cependant, arguant que Mateos était hors-jeu et que l’arbitre de touche l’avait relevé, et qu’il avait en plus été fauché en dehors de la surface, comme les vidéos aujourd’hui disponibles le montrent. Cela ne suffira pas à convaincre l’arbitre Leo Horn, qui accorde le pénalty. 1-0 pour Madrid, puis 2-0 par Gento et fin du match.

Les regrets seront éternels pour la Fiorentina, qui jamais plus n’atteindra de finale en C1. Le club voit en plus Bernardini partir en 1958, marquant la fin d’une époque, mais certainement pas celle d’une glorieuse histoire.

Reste cette épopée de 1956-1957, ces regrets en finale, mais surtout la fierté, celle d’avoir été le premier club italien à porter haut le drapeau tricolore en Europe.

Yacine Ouali



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