CALCIOSTORY : Pescara, Zeman et leurs jeunes talents vont décrocher la Serie A au Luigi-Ferraris

Par Luca Dangréaux publié le 20 Mai 2020

Dix-neuf ans après avoir quitté la Serie A, Pescara réalise un championnat de Serie B brillant. Dimanche 20 mai 2012, l’équipe entraînée par l’extraordinaire Zdenek Zeman se déplace sur la pelouse du stadio Luigi-Ferraris. Une victoire et c’est le retour des Abruzzesi en Serie A. La veille, l’Hellas et Sassuolo ont rejoint Pescara sur la deuxième marche du podium (77 points) mais il reste devant grâce à de meilleures performances lors des confrontations directes. Le Torino, premier, est irrattrapable. Calciomio vous emmène à Gênes où les nuages sont comme souvent de sortie.

Les deux meilleurs milieux de la saison sont sur la pelouse

Le stade est bouillant : 25 000 personnes debout à l’entrée des deux équipes dont 800 supporters visiteurs venus en trains, bus, voitures. Sampdoria-Pescara, c’est l’affiche prime-time de cette 37e journée de Serie B. Sky Sport dépêche deux journalistes bord terrain (un par banc de touche) et Roberto Mancini, tout juste champion de Premier League avec Manchester City, provoque une petite cohue dans la tribune officielle. « Des grands numéros, des joueurs extraordinaires, une qualité vraiment énorme réunie ici sur la pelouse du Ferraris. On commence avec les compositions d’équipe », s’enthousiasme le commentateur. Iachini récupère son gardien Romero, dernière pierre de la muraille doriana. La Sampdoria possède la meilleure défense du championnat (neuf buts encaissés depuis la trêve). En face, c’est la meilleure attaque (23 buts marqués lors des cinq derniers matches). Zeman aligne son trio offensif de prêtés Immobile (par la Juventus), Insigne (par le Napoli) et Caprari (par l’AS Roma). Derrière, le milieu Verratti, Nielsen (seul étranger de l’équipe) et Cascione impressionne aussi. Verratti et Obiang, décrits comme les meilleurs milieux de terrain de la saison, sont sur la pelouse. Avant le coup d’envoi, un double hommage est rendu aux victimes de l’attentat de Brindisi (une étudiante tuée) survenu la veille et aux victimes du tremblement de terre qui a secoué l’Emilie-Romagne le matin même (magnitude 6,1, sept victimes).

La Sampdoria met une pression instantanée sur la défense de Pescara. Trois longues minutes pendant lesquelles aucun Biancozzurro ne touchent le ballon. Verratti et Pozzi, attaquant de la Samp aux côté d’Icardi, sont les premiers protagonistes du match. Le jeune milieu de terrain, placé au premier poteau sur un corner au quart d’heure de jeu, repousse une tête décroisée du buteur. Quelques secondes plus tard, Pozzi tente un second coup de casque sur un centre venu de la droite. Dans la même minute, Verratti débloque la situation en deux temps trois mouvements. Récupération haute, grand pont sur Obiang et passe en profondeur pour Caprari. Le Romain tire fort au sol et profite d’une faiblesse de Romero pour marquer. Nous ne sommes qu’à la 18e minute de jeu mais le maillot finit déjà sur la pelouse et tout le banc saute sur le buteur au pied de la tribune ospiti.

Immobile, 36 matches, 28 buts

Marco Verratti, 19 ans, numéro 10 dans le dos et des milliers d’yeux braquées sur lui. Si Pescara n’est pas sûr d’accéder à la Serie A, son petit génie oui. Son nom revient chaque jour dans la rubrique calciomercato. Le Genoa est très chaud, la Juventus aussi. Problème chez les Bianconeri puisque Pirlo est arrivé au club l’été dernier. L’élève aux côtés du maître pour un apprentissage intensif ? S’éloigner du maître pour faire ses dents plus rapidement ? L’histoire nous le dira.

Peu avant la demi-heure de jeu, Mauro Icardi se réveille pour la seule et unique fois du match. Il devance la sortie du gardien Anania mais manque le ballon au moment de tirer du pied gauche. Un premier signe que rien ne va ce soir pour les Doriani. Romero, à la 28e minute de jeu, contrôle mal une passe en retrait et laisse Immobile arriver à sa hauteur. Pressing gagnant puisque l’attaquant italien contre le dégagement et marque sur le coup. Immobile aussi attire les regards avec ses 28 buts en 36 matches. Première saison complète pour lui qui enchaîne un troisième prêt, cette fois-ci concluant. Même pas trente minutes et déjà 0-2, la mission Serie A est très bien lancée pour Pescara. Jusqu’à la pause, les chants n’ont plus le parfum de la Méditerranée mais de l’Adriatique. Les attaques sont tranchantes, l’équipe n’est jamais déséquilibrée ou prise de vitesse, la défense frémit rarement, tout le monde court pour tout le monde. Le commentateur de la Sky redouble d’imagination pour qualifier cette équipe, « la plus plaisante à voir cette saison », se permet-il.

Endeuillés et en slip

La seconde période est moins intense que la première. Les Biancozzurri se contentent de laisser le ballon à une Sampdoria peu inspirée. Antonio réduit l’écart de près, après une action confuse qui a fait bégayer la défense adverse. Quelques minutes plus tôt, sur le superbe but du 3-0 signé Caprari, Zdenek Zeman ne bouge pas d’un centimètre. Quelques timides larmes coulent même sur ses joues. L’émotion de voir se concrétiser une aventure longue d’un an, menée par une bande de jeunes talents qui l’ont « rajeunit » selon ses mots. C’est ce à quoi on pense instinctivement mais la vérité est plus dramatique : il y a trois semaines, Franco Mancini, l’entraîneur des gardiens, est décédé d’un infarctus. Le matin du drame, il était au centre de vie du club et participait avec tout le monde à l’entraînement du jour. Au coup de sifflet final, les Delfini, en slip sur la pelouse, s’embrouillent entre explosions de joie et pensées au défunt. Zeman n’arrive pas à terminer son interview d’après-match, pris de sanglots et secouer dans tous les sens par ses joueurs, venus le porter en triomphe.

Luca Dangréaux



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