CALCIOSTORY : Le jour où Maradona faisait ses débuts en Serie A

Par Boris Abbate publié le 18 Août 2018

En débutant sa toute nouvelle carrière italienne sur la pelouse du Chievo ce Samedi à 18h, Cristiano Ronaldo suivra symboliquement les pas d’une autre légende du football mondial, en la personne de Diego Armando Maradona. Retour 34 ans en arrière, quand El Pibe de Oro faisait lui aussi ses débuts en Serie A dans la ville de Roméo et Juliette.

L’Hellas de Bagnoli contre le Napoli de Marchesi

16 Septembre 1984. Alors que les derniers rayons de soleil d’été finissent tranquillement de balayer la péninsule italienne, le plus beau championnat du monde fait lui son retour dans la Botte. Au programme toutefois, peu d’affiches exceptionnelles sont à se mettre sous la dent. Tous les gros du championnat sont en déplacements, contre des équipes très faibles ou à priori à leurs portées. Il y a bien ce Milan-Udinese à San Siro, avec un Zico prêt à faire le spectacle dans l’antre milanaise, qui attire la curiosité. Mais le match le plus important semble être ailleurs dans cette première journée. A peine quelques kilomètres plus loin, à Vérone, l’Hellas reçoit en effet le Napoli dans son Bentegodi. Un Napoli qui vient alors d’accueillir le plus grand joueur du monde. Et en Italie, tout le monde attend avec impatience les débuts de la star argentine.

Débarqué et accueilli à Naples tel un dieu vivant quelques jours plutôt, Maradona attire en effet toute l’attention médiatique pour cette première journée. Déjà buteur fin Aout contre l’Arezzo en Coppa Italia sur un superbe coup-franc dont il a le secret, Diego Armando espère donc faire aussi bien pour son début en Serie A. En face de lui, se dresse cependant cette surprenante équipe de l’Hellas, entrainée par un Bagnoli qui emmènera les siens vers un historique Scudetto en fin de saison. Une équipe alors composée de Garella, Briegel, Di Gennaro, Elkjær Larsen et Galderisi pour ne citer qu’eux. De l’autre coté, le Napoli de Marchesi se présente lui aussi avec une très belle équipe.

Castellini dans les buts, Bruscolotti, Ferrario, Boldini et De Vecchi en défense, un milieu de haute volée avec Celestini, Bagni et Dal Fiume, et Bertoni et Penzo pour accompagner Diego en attaque. Autant de noms, qui rappellent alors la puissance de la Serie A de l’époque. L’époque de Socrates à la Fiorentina, de Rummenigge à l’Inter ou de Stromberg à l’Atalanta pour réveiller les souvenirs des plus nostalgiques. A 15h, devant un Stadio Bentegodi des grands jours plein à craquer, le coup d’envoi est donnné. Galvanisés par la présence du génie argentin, les Napolitains partent alors forts dès les premières minutes. Mais au fil du match, l’Hellas développe son piège à la perfection, et Maradona est bien loin d’imaginer ce qui l’attend.

L’homme du match : Hans Peter Briegel

Ce piège, concocté à la perfection par Bagnoli, met alors sous le feu des projecteurs un grand gaillard d’environ 1m90 répondant au nom de Hans Peter Briegel. Toute la semaine à l’entrainement, le coach des Gialloblu a insisté et passé du temps avec le rugueux défenseur allemand. « Demain, tu arrêtes Maradona » glissait constamment le tacticien à son poulain. Ce à quoi répondait par un simple hochement de tête le géant de Kaiserslautern : « Oui, oui, demain j’arrête Maradona ». Cette promesse, le natif de Rodenbach va la tenir et la mettre en application tout au long de la rencontre, en collant aux basques de Maradona pendant plus de 90 minutes. Des minutes insupportables pour Diego, qui se retrouve constamment mis sous pression par un Briegel à la limite de l’agressivité.

« Il me jetait tout le temps à terre ou en dehors du terrain, et il criait en disant de me taire » se souvient encore l’Argentin. Cette agressivité, elle va en réalité toucher toute l’équipe de Vérone, qui va même ouvrir le score dès la 25 ème minute sur un corner de Fanna, avec à la réception un coup de tête ravageur de… Briegel ! 10 minutes plus tard, les Gialloblu vont carrément doubler la mise suite à une frappe mal repoussée de Di Gennaro, qui profitera à Galderisi. Les joueurs de l’Hellas vont même passer à coté du 3-0 en fin de première période, avec un raté de Tricella. A la reprise, le Napoli réduira toutefois le score grâce au joli enchainement de Bertoni, mais c’est bien l’Hellas qui va remporter cette rencontre et refaire le break par l’intermédiaire de Di Gennaro. Le premier match de Maradona, lui, se terminera sur une note assez salée, avec quelques gestes de grandes classes, et puis c’est tout.

« Benvenuti in Italia » 

Mais ce premier match va surtout permettre à Diego, lui, l’enfant du monde du Sud, de se rendre compte dans quel contexte se disputent certains matchs du Napoli dans certaines villes du Nord de l’Italie. Encore plus à Vérone, ou les Napolitains ont toujours été accueillis de manière très hostile, avec des striscioni à la limite du raisonnable. « En 1984, pour mon premier match en Serie A, on se déplaçait à Vérone. Ils nous en ont mis 3. Ils avaient le Danois Larsen et l’Allemand Briegel » se souvient encore Maradona. « On nous a reçu avec une banderole qui m’a aidé à comprendre que la bataille du Napoli n’était pas seulement liée au football. « Benvenuti in Italia » qu’ils disaient. Le message était clair. C’était le Nord contre le Sud, les riches contre les pauvres. Cette banderole, pour ma première en Italie, je ne l’ai jamais oublié, et j’ai fait la promesse aux Napolitains de me venger ». Cette vengeance, elle arrivera en 1986, lors d’un autre déplacement à Vérone dans un Bentegodi toujours aussi hostile. Menés de deux buts, El Pibe de Oro enfilera alors le costume du sauveur en arrachant un doublé en toute fin de rencontre, avant de le fêter avec ses partenaires devant la Curva du Bentegodi. Tout un symbole.

 

Boris Abbate

Rédacteur



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