CALCIOSTORY: Ce très politique Italie-Grèce de 1934 qui n’eut jamais de retour

Par Sébastien Madau publié le 11 Oct 2019

Ce samedi 12 octobre 2019, la Squadra Azzurra de Roberto Mancini aura l’occasion, en recevant la Grèce, d’obtenir sa qualification mathématique à l’Euro 2020. Les deux équipes se sont rencontrées à 10 reprises avec un net avantage pour les Italiens (6 victoires, 3 nul, 1 défaite). Il y a 85 ans, en mars 1934, pour leur première confrontation, la partie avait ouvert la voie à l’Italie vers le titre de Champion du Monde. A l’époque, les deux équipes composaient à elles seules le Groupe 3. Les hommes de Vittorio Pozzo s’imposeront à l’aller 4 buts à 0. Au retour…? On ne saura jamais. Les deux fédérations s’étant entendues pour ne pas jouer. Et si le premier succès italien en Coupe du Monde s’était construit à partir d’un acte de corruption ? Mystère… Calciomio vous emmène dans un voyage dans le passé  vers un match atypique, joué en plein fascisme et dont les dignitaires du régime n’avaient pas manqué d’en comprendre les enjeux politiques. Bien au-delà du sportif.

Jour de vote et de match

25 mars 1934, donc. On fait croire aux Milanais qu’ils ont deux rendez-vous immanquables ce jour-là : se rendre aux urnes pour des élections pipées et aller encourager au stade San Siro la Nazionale qui affronte la Grèce pour se qualifier au Mondiale qui doit se tenir en Italie du 27 mai au 10 juin suivants. Les deux événements sont liés, au moins pour les hautes-sphères du régime. Le pseudo scrutin vise à ce que la population valide (ou pas…) la liste des députés proposée par le Grand Conseil du Parti Fasciste (unique). Vittoria !! 97% des Italiens votent « Si ! » dans un pays frappé par la crise, le chômage, l’immobilisme et la répression des opposants politiques.
Si le régime fasciste est en mesure de contrôler ses urnes, plus difficile en revanche de s’assurer d’une victoire sportive de la Nazionale contre la Grèce. Et ce alors que le Duce, qui joue des muscles devant la communauté internationale, veut faire de la Squadra Azzurra la vitrine de son projet de faire de l’Italie le berceau de l’Homme supérieur. Clairement, l’équipe est instrumentalisée. Certains joueurs adhèrent au fascisme. D’autres pas. Tous tendent le bras au moment de l’hymne. Outre ce passé trouble, on n’enlève pas le talent de cette équipe qui marche aux rythmes des buts de son bomber milanais Giuseppe Meazza. Une défaite serait une humiliation. Heureusement, les hommes de Vittorio Pozzo l’emportent facilement : 4-0 avec un doublé de Meazza.

Mystère sur les raisons du non-match retour

De quoi pouvoir aborder avec sérénité le match retour… qui n’arrivera jamais ! Il est probable que dès le départ, les deux fédérations ont acté qu’il n’aurait pas lieu. Pourquoi ? Le mystère a plané, longtemps. Aujourd’hui, certains observateurs affirment que le régime fasciste aurait mis le paquet (au sens propre) pour s’assurer que la Nazionale participe bel et bien au Mondiale.

Selon la Iffhs (International federation of football history and statistic), une agence allemande spécialisée dans les statistiques footballistiques, la fédération italienne (FIGC) aurait versé à son homologue grecque pas moins de 650 millions de lire (environ 350 000 euros actuels) pour s’éviter un déplacement à Athènes. L’agence va même jusqu’à affirmer que la Federcalcio aurait acquis un immeuble dans la capitale grecque, qu’elle aurait tout de suite rétrocédé (gratuitement) à la fédération hellénique qui en fera son siège. Quelques chèques par ci, par là et le tour est joué. En guise de tentative (vaine) de garder la face, la Grèce aurait en fait baisser les bras et déclaré forfait après la correction du match aller… Il n’est pas impossible que la FIFA ait aussi mis du sien pour diminuer au minimum le risque de voir le pays organisateur absent de la compétition. Par exemple en insérant l’Italie dans un groupe qualificatif de… deux équipes (au lieu de trois) face à une nation où le football était quasiment inexistant et dont la fédération n’avaient que 5 ans d’existence.

L’Italie se qualifie donc pour « sa » Coupe du Monde et y figure de belle manière. Elle obtient le sacre en battant en huitièmes les Etats-Unis (7-1), l’Espagne en quarts (1-1 après prolongation puis 1-0), l’Autriche en demies (1-0) et enfin la Tchécoslovaquie (2-1 après prolongation) au Stadio Nazionale del Partito Nazionale Fascista de Rome devant 50 000 tifosi en liesse. Evidemment, des soupçons de pressions politiques pour faire arriver l’Italie à ses fins sont apparus. Rien n’est à exclure mais la Nazionale a au moins pour elle le fait d’être composée d’une génération talentueuse qui réussira la prouesse de remporter les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 et la Coupe du Monde 1938 en France.

Entre 1940 et avril 1941, l’Italie de Mussolini envahit la Grèce. Sur le terrain de la guerre, les deux Nations sont à peu près à égalité: 13 000 morts de chaque côté. On ne joue plus alors.

Fiche technique:

Italie-Grèce 4-0 (2-0) – Dimanche 25 mars 1934, Stade San Siro de Milan.
Buts: Guarisi (40e), Meazza (44e), Ferrari (69e), Meazza (71e).

Italie: Ceresoli, Monzeglio, Allemandi (c), Montesano, Monti, Fantoni, Guarisi, Serantoni, Meazza, Rocco (Ferrari, 46e), Guaita. Sélectionneur: Vittorio Pozzo.

Grèce: Grammatikopoulos, Kourantis (C), Danelian, Vikelidis, Hrysafopoulos, Helmis, Migiakis, Aggelakis, Vazos, Baltasis, Andrianopoulos.

Sébastien Madau



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