CALCIOSTORY : Cagliari-Atletico Madrid et la rixe de Sant’Elia

Par Sébastien Madau publié le 08 Août 2018

21 octobre 1970. La Sardaigne s’apprête à vivre un événement footballistique majeur : la réception sur sa pelouse de l’Atletico Madrid de l’entraîneur français Marcel Domingo pour le compte du huitième de finale aller de la Coupe d’Europe des Clubs champions. Auréolés d’un Scudetto historique depuis avril, les joueurs de l’entraîneur Manlio Scopigno, surnommé « Le Philosophe », ont le vent en poupe. Plusieurs de ses éléments (Enrico Albertosi, Pierluigi Cera, Comunardo Niccolai, Gigi Riva, Angelo Domenghini et Sergio Gori) ont d’ailleurs été de l’aventure du Mondial au Mexique conclue par une finale perdue (1-4) face au Brésil de Pelé mais ponctuée du « match du siècle » face à la RFA (4-3) en demi-finale. Toute l’île et le coeur des Sardes ayant émigré dans le monde entier battent aux rythmes des buts de « Rombo di tuono » Gigi Riva.

Pour la saison 1970-7971, l’Unione Sportiva Cagliari a le privilège de jouer dans un stade Sant’Elia flambant neuf. Les ambitions croissantes du club des Quatre Maures ont rendu obsolète le mythique stade Amsicora où les Sardes avaient été sacrés Champions d’Italie après leur victoire face à Bari (2-0).

Un nouveau stade transformé en arène le temps d’un match de foot

Pour cette rencontre face aux Madrilènes qui dominent la Liga depuis plusieurs saisons, près de 50.000 spectateurs sont présents dans les tribunes. Un soutien indéniable. Au tour précédent, l’A.S. Saint-Etienne d’Albert Batteux en a fait les frais (3-0) devant 55.000 tifosi. Le scénario face aux Colchoneros est idéal. Cagliari domine et concrétise sa supériorité grâce à Gigi Riva (1-0; 41e) et Sergio Gori (2-0; 45e). Malheureusement, un but de Luis Aragones suite à une mésentente (2-1; 77e) -après que Gigi Riva ait raté la balle du 3 à 0- viendra redonner espoir aux Rouge et Blanc en vue du match retour.

Mais au-delà du résultat, ce qui reste dans les mémoires ce sont bel et bien les conditions de jeu de ce match rebaptisé depuis « la rixe du Sant’Elia ». En effet, Angelo Domenghini d’abord puis Gigi Riva subissent de véritables agressions de la part des défenseurs espagnols. Sous le regard impassible de l’arbitre tchécoslovaque Jozef Krnávek. Les coups pleuvent, les hommes sont à terre, se relèvent, mais font tout de même parler la poudre en inscrivant les deux buts cagliaritains. Puis, hors d’eux, les Sardes décident de rendre les coups. Plusieurs actions sont stoppées et se transforment en batailles rangées au milieu du terrain. Pour preuve, la première mi-temps durera… 52 minutes. Pour la presse italienne, la nationalité de l’adversaire ouvre un boulevard aux jeux de mots. On parle alors de « rixe », et même de « corrida » avec un stade Sant’Elia devenu une arène.

La perte de Gigi Riva

En rentrant aux vestiaires à l’issue des 90 minutes, les Champions d’Italie reçoivent les acclamations du public pour la bataille livrée. Mais la partie laisse des traces. Sur les jambes et dans les esprits. Les mauvais pressentiments se confirment au match retour. Le 5 novembre 1970, grâce à un triplé de Luis Aragones (33e, 72e sur pénalty, 89e), les Espagnols corrigent sèchement des Italiens méconnaissables (3-0). Pour ce match retour, ces derniers étaient privés de Gigi Riva, victime entre temps d’une fracture du péroné et d’une rupture des ligaments avec la Nazionale face à l’Autriche suite à un tacle du défenseur Norbert Hof. Cagliari devra attendre 23 ans avant de rejouer un match de coupe d’Europe. L’élimination face aux Espagnols et les blessures de Gigi Riva marqueront le début des difficultés pour le club sarde.

Un douloureux souvenir donc mais qui ne devrait rien à voir avec le match amical qui aura lieu ce mercredi 8 août à la Sardegna Arena et ce, même si le club sarde a gentiment indiqué dans le programme que la partie pourrait être pour les supporters rossoblù « l’opportunité d’une petite et platonique vengeance, 48 ans après ».

Sébastien Madau



Lire aussi