Boninsegna : de Cagliari à l’Inter, un demi-siècle avant Barella

Par Sébastien Madau publié le 01 Août 2019

Le départ de Cagliari de Nicolò Barella à l’Inter pour 37 millions (plus bonus) a marqué les esprits. Il a valeur de symbole de l’état du calcio et de la place des jeunes italiens en son sein. Il y a 50 ans, à l’été 69, un autre jeune de Cagliari faisait ses valises vers la Lombardie. Pour devenir une bandiera de l’Inter: Roberto Boninsegna.

Le début de carrière de Roberto Boninsegna (1943) c’est l’histoire d’un rejet, par l’Inter, son club formateur et de coeur. Le « Mago » Helenio Herrera lui ferme la porte du Grande Inter des années 1960. Celui que l’on surnommera plus tard « Bonimba »* devra se faire les dents en province : Prato, Potenza et Varese. Le baptême en Serie A a lieu a Varèse mais c’est dans le Sud qu’il s’émancipe.

Cagliari, les jeunes années

Quatre-vingt millions de lire et voilà « Bonimba » débarquer en Sardaigne à l’été 66. Cagliari, en Serie A depuis 1964, fait son trou. L’équipe surprend, puis maîtrise ses sujets. Le duo Riva-Boninsegna devient la terreur des surfaces. En 83 matchs de Serie A (1966-1969), Boninsegna fait trembler 23 fois les filets; Riva 51 fois sur la même période . Les deux hommes s’entendent à merveille, l’équipe tourne à plein régime. Boninsegna se paie même le luxe d’être sacré meilleur buteur d’un championnat américain fantasque (11 buts) lorsque Cagliari enfile le maillot des Chicago Mustangs pour une tournée d’été en 1967 pour promouvoir le soccer aux States. Le rêve de Boninsegna à Cagliari est à deux pas lors de la saison 1968-1969 où Cagliari frôle le Scudetto (2e à 4 points de la Fiorentina. Ce sera partie remise, ailleurs.

Départ pour l’Inter, le choix du coeur

C’est alors que son club formateur se rappelle aux bons souvenirs de ce jeune snobé six ans auparavant. Fini l’Inter de Herrera. Le club entre dans une nouvelle ère. Bien dans sa peau à Cagliari, Boninsegna fait toutefois parler son cœur. Il accepte le défi intériste. Gori, Domenghini et Poli font le chemin inverse dans cette opération qui renfloue les caisses sardes. C’est à l’Inter qu’il explosera définitivement : un Scudetto en 1971 et deux titres de capocannoniere (1971, 1972). Il marquera 173 buts au total en 287 matchs en nerazzurro. La défaite en finale de la Coupe des Champions 1972 contre l’Ajax (0-2) restera toutefois comme un regret éternel.

(Belle) voie de garage à la Juve

Parce que le monde du football est impitoyable, on fait comprendre à « Bonimba » que, à 33 ans, son histoire à l’Inter est terminée. Il est échangé malgré lui avec Pietro Anastasi et file en 1976… chez le rival de la Juventus ! L’homme encaisse, puis rebondit. C’est d’ailleurs à Turin qu’il étoffe son palmarès : deux Scudetti (1977, 1978) et une Coupe de l’UEFA (1977). Trente cinq buts plus tard (dont un doublé en 1977 contre l’Inter !), il finit sa carrière pro en Serie B à l’Hellas Verone en 1980. Avec le record de pénalties consécutifs marqués (19).

Buteur lors du « Match du siècle » avec la Nazionale

Si la carrière de Boninsegna est teintée de rossoblù, de nerazzurro et de bianconero, elle a été sublimée par l’azzurro. Boninsegna avec l’Italie (22 sélections, 9 buts entre 1967 et 1974) c’est l’image d’un Mondial 1970 qui marque à vie. Il est buteur et passeur pour Rivera lors du « Match du siècle » contre la RFA en demi-finale 4-3. Il égalise même contre le Brésil en finale, avant que Pelé & Co ne passent à la vitesse supérieure (1-4). L’homme entre dans l’histoire du calcio.

Aujourd’hui, Roberto Boninsegna demeure un observateur avisé et respecté. Il s’est assagi. Rien à voir avec la teigne d’antan (9 matchs de suspension en 1967 pour avoir insulté un arbitre) . Toujours présent dans la Casa Inter, il garde une affection particulière pour Cagliari avec qui, malheureusement, il n’a pu remporter le Scudetto 1970. L’amour de l’Inter était trop fort.

* « Bonimba » lui a été attribué à Cagliari par le journaliste Gianni Brera. Le surnom est la contraction de Boninsegna et Bagonghi, nom donné aux nains de foires. Mal accepté au départ par le joueur, Gianni Brera lui précisa qu’il voulait indiquer que malgré sa taille moyenne (1.74), il réussissait à sauter plus haut que ses adversaires.

Sébastien Madau



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