Winter is coming. Skriniar is here

Par François Lerose publié le 11 Nov 2018

*L’hiver vient. Skriniar est là – Game of Thrones saison 12, épisode 7

A Milan, c’est l’automne, le vent souffle et le temps est maussade. Seulement voilà, du côté de l’Inter, les courants d’airs ne sont pas légions, colmatés par une défense de fer (6 buts encaissés en 11 matchs), la meilleure de Serie A. Pas un hasard mais une évidence au regard d’un homme qui symbolise parfaitement ce renouveau et cette sérénité nouvelle qui s’est installée côté Inter. Ils sont nombreux ceux qui se rappellent de tous les pieds des défenseurs interistes qui passaient constamment à travers le ballon. Manque d’impact, de confiance, défense sur le reculoir et fébrile. Ils se sont tous succédés avec des espoirs différents (parfois concrétisés, mais trop éphémères) : Murillo, Ranocchia, Juan Jesus, Silvestre. Le constat a souvent été le même : proche ou frénétiquement accolé à l’échec.

L’Inter de Milan

Avec Skriniar, les jeux de mots pourris sont aussi nombreux qu’ils sont faciles. Avec un prénom similaire à celui de la ville du Duomo, le Slovaque arrive de la Sampdoria pour 34 millions. Si la somme fait peur au départ, tout le monde l’a désormais oublié. Skriniar, c’est un roc, une péninsule, un homme à qui on ne la fait pas. Serie A, Champions League ou Tenkaichi Budokai, rien ne lui résiste. Et pour mieux le comprendre, il faut l’affronter. Solide sur les appuis, dynamique balle au pied, précis dans les relances, sans peur et sans reproche, il incarne un vent de fraicheur, une confiance crânement affichée et un voile teinté de mithril que même le plus puissant des Nazgûls n’arriverait pas à transpercer. A tout ces qualificatifs enjoliveurs, ajoutons une constance sans pareil. Lors de la saison 2017/2018 il dispute 3 420 minutes, soit l’intégralité des minutes hors temps additionnel des rencontres de Serie A. Acerbi a fait de même, sans les performances.

Si aujourd’hui on interroge le tifoso de l’Inter sur la colonne vertébrale de l’équipe, il répondra « Skriniar, Brozovic, Icardi« . L’un marque des buts, l’autre les rend possible et le premier les empêche de rentrer. Si les réseaux sociaux se sont emparés de la figure juvénile et rigolote du slovaque pour créer des même déjà célèbres, ils en font aussi la baby-sitter de vos enfants (et de Suarez), l’alarme de votre maison, ou encore l’arme ultime pour bloquer Thanos. Vous l’avez compris (ou pas), si l’on tourne tout cela en dérision et en références pop culture, c’est bien parce que Skriniar est à la défense de l’Inter ce que les Avengers sont à la Terre, ce que l’anneau est à Frodon. Il est indispensable et il porte la marque de son club. Walter Samuel était surnommé « the Wall« , il y aura désormais un successeur, le tout à 23 ans, à un âge où l’on dit que les défenseurs sont encore « tendres ». Pour Skriniar, la tendresse est la dernière de ses vertus. Les coups, tacles, dégagements, interceptions et autres coups d’épaules bien marqués sont ses spécialités, tandis que les grands clubs européens lorgnent dessus. Trop tard. L’hiver vient et à l’Inter tout le monde s’en fout. Skriniar est déjà là.

L’anticipation et la lecture

A lire cette première moitié d’article, c’est à un joueur physique et besogneux que l’on a à faire. Mais c’est occulter le plus important dans sa palette de qualité, déjà grandement étoffée. Car avant d’être une muraille vivante engloutissant tout ce qui passe (sauf Rafinha qui visiblement avait un pass VIP) devant lui, Skriniar est avant tout doté d’une intelligence de jeu avec et sans ballon hors du commun. Quand le spectateur lambda semble voir le ballon aller à son pied, à sa tête, systématiquement, c’est qu’on est face à un joueur dont le placement, l’anticipation et la lecture de jeu, sont au point et il n’est plus question de hasard ou de coïncidence. Si balle au pied, c’est lui le premier relanceur à casser des lignes et chercher la bonne passe, en repli, il est toujours placé au bon moment, au bon endroit. Jamais trop lent, jamais trop loin, son pied arrête les dribbles de Suarez ou Immobile, stoppe tous les appels en profondeurs d’Higuain ou de Kane sans jamais trembler.

Du côté de l’Inter, il est le joueur qui remporte le plus de duels, qui bloque le plus d’offensives. Capable également de marquer (4 buts la saison dernière), l’arme est totale. Pour le faire vaciller, il faut que Ranocchia lui dégage un ballon dessus comme face à Benevento ou que Chiesa envoie une praline vicieuse qu’il ne peut que dévier dans son but. Qu’importe, ce Skriniar là démontre des qualités que de moins en moins de défenseurs semblent avoir. Un physique hors norme couplé à une technique bien plus qu’intéressante, dans un football moderne où le jeu rapide et au sol prend le dessus, c’est très « préciiiiiieux« . Et ça, c’est encore mieux qu’un elfe et un nain comme compagnie pour affronter un volcan. On arrête la pour la pop culture et on savoure la suite du film.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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