Wesley Sneijder et le Ballon d’Or 2010, ou l’importance du contexte et du détail

Par François Lerose publié le 10 Déc 2018

Indiscutable, Luka Modric l’est sans contestation possible au moment de définir qui soulèvera le précieux trophée individuel que la planète foot s’arrache chaque année en décembre. Indiscutable car aucun de ses rivaux ne peut se targuer d’une compétence, d’un talent et d’une classe similaire. Aucun de ses rivaux ne peuvent se revendiquer sur le plan individuel, plus méritant que lui sur une année, l’année 2018. C’était pratiquement la même chose en 2010 pour un autre milieu de terrain : Wesley Sneijder, la rampe de lancement de l’Inter, le « Hollandais volant » nerazzurro.

Une seule saison, mais quelle saison!

De Wesley Sneijder, on ne retiendra pas une carrière tout aussi brillante que celle de nombreux de ses congénères. La régularité, ce n’était pas son fort, la rigueur, pas dans sa personnalité. Le talent lui est inné. Quand en 2009, le Real Madrid veut se libérer de celui qu’il considère comme un poids, l’Inter est présente pour s’en emparer. Lui, 25 ans seulement, n’a pas envie de quitter le navire meringue, mais le club n’est pas de cet avis et pour 15 millions d’euros, Wesley quitte Madrid, direction Milan et Appiano Gentile pour réaliser une saison 2010 de toute beauté. Décisif, impliqué, créateur et virevoltant, les qualificatifs ne manquent pas pour désigner le numéro 10 de l’Inter. Brillant de classe et beaux gestes

Champion d’Italie, vainqueur de la Champions League, vainqueur de la Coppa, de la Supercoppa, champion du monde des clubs et finaliste de la Coupe du Monde malheureux face à l’Espagne. Meilleur joueur de la Champions League 2009/2010 aussi sur le plan individuel. L’Inter faisait figure d’ovni avec des joueurs tous plus forts les uns que les autres. De Milito à Julio Cesar en passant par Maicon ou encore Thiago Motta, Sneijder s’est fondu dans un moule de champions, pour en devenir l’une de ses plus belles créations. Un numéro 10 de génie qui se verra voler la vedette par un certain Lionel Messi lors de la cérémonie du Ballon d’Or, passé à la FIFA cette année et dont le système de vote a changé. Mais est-ce vraiment la raison de l’échec de Sneijder ?

Pas au bon moment au bon endroit

Si son apport à l’Inter est indéniable, la Serie A souffre d’une réelle baisse de niveau. Pas de gros au niveau, le duel avec l’AS Roma reste épique mais loin des standings d’antan, laissant la part belle à la Liga ou à une Premier League qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Sneijder brille, c’est certain, non pas par les stats mais par son jeu, dans un championnat qui baisse de réputation. Autre constat, s’il réalise une Champions League merveilleuse, il n’aura pas le luxe de briller dans les moments décisifs en championnat ou en Coppa, laissant la lumière au buteur Diego Milito (un autre oublié) en fin de saison (buteur lors de la finale de la Coppa, du dernier match face à Siena et auteur du doublé en finale de C1 face au Bayern). Le début de saison 2010/2011 voit Benitez arriver au pouvoir et le début des pépins physiques pour le néerlandais. L’impression que la dernière impression est celle qui compte.

Sur la rentrée 2010, ses performances baissent d’un cran. Il ne disputera que 4 minutes du mondial des clubs et perdra la Supercoupe d’Europe face à l’Atletico 2-0. Un bilan amer et un Ballon d’Or qui lui passe sous le nez, histoire de rappeler que ce trophée ne se gagne pas sur une saison mais sur une année civile. Une année civile sur laquelle Messi et Iniesta ont pu s’appuyer. En 2010, le Néerlandais n’était pas le seul génie, mais il était le seul éphémère. Quoi qu’on en dise, perdurer, même si cela ne figure pas dans les critères officiel de sélection, est un trait que l’on peut retrouver chez bon nombre de ballons d’or, Owen faisant exception récente à la règle en 2001. Messi explosait véritablement sur la scène mondiale et malgré l’absence de trophée européen ou mondial, son génie de footballeur ne cessait de se développer tandis que ses performances allaient crescendo. Ce n’était pas la naissance d’un top player, mais d’un monstre qui à 23 ans dominait déjà le mot football de la tête et des épaules. Du jamais vu dans l’histoire récente du football.

Une rivalité sans précédant

En attribuant le Ballon d’Or à Messi en 2010, le trophée s’est voulu individuel au possible. Pour Iniesta, l’homme de l’ombre et pourtant l’un des plus élégants milieux que le football ait connu, il ne restera que le soldat d’un collectif, qu’il soit espagnol ou catalan, qu’il soit buteur en finale de Coupe du Monde ou non. Pour Xavi, même son de cloche. Il n’en reste pas moins que la concurrence était dantesque à ce moment avec des profils de joueurs tous très talentueux et qui avaient les arguments suffisants pour le mériter. Alors oui, Sneijder peut être considéré comme un oublié du ballon d’or mais rien ne nous dit, au regard de son année civile complète, qu’il était véritablement indiscutable au final, même avec le palmarès qui était le sien à ce moment, au vu de la concurrence à ce moment là et du contexte dans lequel ces monstres ont pu évoluer. Et c’est là toute la spécificité d’un tel trophée. Plus il est polémique, plus il est désiré. Plus il est source de discussions, plus il est désirable.

Au final le Ballon d’Or restera une source de débats inépuisable, comme l’arbitrage, comme le football en général, car il est sujet aux interprétations et aux suppositions. Maintenant, Wesley Sneijder aurait certainement mérité un Ballon d’Or pour tout son parcours, mais alors, Iniesta aussi, Pirlo aussi, Buffon aussi et la liste est longue de ceux qui auraient pu le revendiquer mais qui ne l’ont touché qu’en rêve. Pour Wesley, ne reste qu’un cauchemar, cette passe géniale que Robben n’a jamais su mettre au fond des filets de Casillas. Le petit détail qui change tout et qui malgré toute l’argumentation précédente, lui a certainement enlevé le sésame tant désiré. Tout était dans les pieds de son coéquipier à ce moment là, le même qu’il a privé du Champions League quelques mois plus tôt. Ce Ballon d’Or 2010 s’est donc joué sur le détail et le contexte. Là où d’autres n’ont pas eu la même hiérarchisation des priorités. Tout est tellement illogique en football et parfois cruel. Chercher à le comprendre, c’est ne jamais avoir de réponse exacte. Mais c’est aussi pour ça qu’on l’aime.

François Lerose

Rédacteur en Chef



Lire aussi