Ventura, l’année noire

Par François Lerose publié le 13 Nov 2018

De beaux parcours et de belles histoires, le football en est rempli. De dénouements cruels et parfois injustes également. Et puis il y a les incompréhensions, les impressions de loupés d’erreurs de casting et parfois même des scénarios tellement gros qu’on pourrait s’imaginer qu’ils n’ont jamais eu lieu. Pourtant dans tout cet univers fantastique qu’est le calcio, une histoire fera date dans tout ce qu’elle a de sombre, désolant, triste, terrible et évident : l’année noire de Giampiero Ventura, une pièce moderne jouée en quatre actes dans le théâtre comique de la FIGC.

Acte 1 : Devenir le mec sympa de la Serie

Quand il arrive au Torino, sans forcément avoir de grandes expériences derrière lui, Ventura fait d’abord office d’attraction pour le passionné de calcio, celui qui aime la tactique et les personnages imprimés d’Italie. Lui qui a eu plus de clubs en carrière que Borriello de petites amies fera cinq ans au club turinois en alignant les résultats plus qu’honorables. Il qualifiera même l’équipe granata en Europa League, une grande première pour lui en 2013, avec 57 points en 38 journées. Sa meilleure performance sur le plan individuel qui lui vaudra quelques termes élogieux, façon Gasperini pendant son aventure au Toro. En 2016 il quitte le club après une triste 12ème place et quelques records négatifs qui laisseront planer le doute quant à sa capacité à rebondir au haut niveau.

L’Europa League aura été pour beaucoup son point culminant dans une carrière sans bruit, ni extraordinaire, ni désastreuse. Et dans cette petite carrière tranquille, sans vague, un événement : la promotion Nazionale !

Acte 2 : L’homme providentiel de la Nazionale

Euro 2016, l’Italie est battue par l’Allemagne, Antonio Conte décide de partir avec ce qu’il a construit avec la sélection, c’est à dire : rien. Un groupe de guerrier pour l’Euro et puis c’est tout. L’ex-Juventus part donc du côté de Chelsea pour y conquérir un titre de champions d’Angleterre, avant de partir et d’aujourd’hui se retrouver sans club, mais ça c’est une autre histoire. Devant cette absence sur le trône de la Nazionale, ils ne sont pas beaucoup à se disputer la place suprême. Cannavaro donne des leçons de morale en mandarin, Lippi est pressenti puis on lui propose de superviser les U21. L’ancien entraineur champion du monde racontera une anecdote croustillante d’un repas avec Malago et Tavecchio (respectivement présidents du CONI et de la FIGC) où le dernier cité déclare confiant : « Ventura est le bon choix pour la Nazionale« . Si cela peut faire sourire aujourd’hui, il faut savoir que les trois candidats étaient Montella, Gasperini et Ventura. Pas de quoi faire de beaux rêves pour ceux qui ont connu Zoff, Maldini, Lippi …

Ventura apparait alors comme un homme providentiel, celui qui dit « oui« , le yes man bien trouvé, la bonne poire de toute la sphère politique sportive italienne, qui voit le mur arriver, mais qui promet au technicien une histoire tranquille, avec canap’ et pizza, la fibre et un loyer pas trop cher. Ventura accepte, certain d’y voir une promotion et une mise en lumière inespérée pour lui, celui qui passe en 10 ans de Pisa à la Nazionale, sans gagner un seul titre majeur. Mais en pratiquant le 4-2-4 et le 3-5-2 ! La révolution tactique que tous veulent voir !

Acte 3 : La descente aux enfers

Les premières sont plutôt conformes aux promesses. Lichtenstein, Israël, Albanie, Macédoine, une bonne ligue C de Nations League qui permet au technicien de prendre ses marques en ayant quand même quelques sueurs froides au moment d’avaler le mélange de légumes dans le temps additionnel face aux coéquipiers de Goran Pandev. Mais il y a un mais. La terrible équipe d’Espagne, dominée face à Conte en huitièmes d’Euro 2016 se dresse sur le chemin d’une Italie à qui tout le monde promet le barrage. Ventura ne s’en cache pas et montre son ambition après les premières déconvenues. Le 1-1 de l’aller en Italie montre une Italie frileuse, ultra défensive, qui en quelques mois s’est transformée. Des guerriers de l’épisode européen en France, il ne reste que des miettes, même Buffon se troue et il faudra que De Rossi vienne remettre de l’ordre sur penalty pour préserver l’honneur du pays. Qu’importe, l’important c’est les barrages.

Et les barrages, Ventura y mènera l’Italie tout droit. Rupture avec le vestiaire, choix tactiques douteux, gestion des hommes compliquée et défaite 3-0 en Espagne, c’est ensuite une longue descente aux enfers qui attend l’entraineur. L’Italie finit deuxième de son groupe, hérite de la Suède et la réaction des tifosi en dit long sur la confiance emmagasinée. Pas favorite, l’Italie n’est pas favorite, ou alors, les observateurs voient le souci. La Suède c’est difficile oui, mais l’équipe qui a mené la vie dure à l’Espagne, la Belgique et l’Allemagne en qualifications n’a pas peur de la Suède. Et pourtant l’improbable se produit. 13 novembre 2017, une date qui, en utilisant une formulation un peu brute, fera date.

Acte 4 : Le retour loupé

Du recul. Après cet échec, il fallait du recul au bon Giampiero, le grand père préféré de ton grand père. Un banc? Oui mais pas tout de suite. Celui qui se targue d’avoir le meilleur bilan des 4 000 dernières années avec l’Italie (il a déclaré « depuis 40 ans » en réalité) continue d’enchainer les communications maladroites. Et pourtant, une réalité est bien présente dans tout de cauchemar. Ventura a été le bouc émissaire tout trouvé. L’os à ronger pendant que les politiques continuaient leurs incompétences. Le boulet de cette élimination n’aura de cesse de peser et ce, malgré un repos, malgré des aveux et des déclarations pour dire « sa vérité ».

Le retour au Chievo était pour Ventura le déclic, le moment pour se dire qu’il était l’heure de faire son retour. Dans un club à la dérive, avec un solde de points négatif et une équipe qui ne s’est pas renforcée pour un sou, l’ancien de la Nazionale aura fait ce qu’il sait faire, instaurer quelques notions tactiques sans résultats. En même temps, en quatre matchs et dans ce groupe atteint mentalement, y avait-il mieux à espérer ? Après trois défaites et un nul, Ventura quitte son poste, dans un malaise incroyable avec l’incrédulité de son directeur sportif, bien embêté lorsque Ventura ne s’est pas présenté en conférence de presse. Une disparition au Chievo, après quatre matchs, 11 buts encaissés et 4 buts marqués. Une mort footballistique, un drame théâtral injuste, lourd et pesant. Du 13 novembre 2017, au 11 novembre 2018, une année a passée et le soldat Ventura est lui aussi mort au combat, avant l’armistice, ou plutôt l’amnistie.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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