Venezia : L’envol de Recoba

Par Julien Ruis publié le 10 Sep 2020

Alvaro Recoba découvre l’Italie et la Serie A à l’intersaison 1997, en signant à l’Inter. Débarquant de son Uruguay natal, le début de son aventure en Lombardie est loin d’être rêvé. Mais, au cœur de sa seconde saison sous le maillot Nerazzurro, Recoba décide de partir en prêt à Venezia afin de glaner du temps de jeu, et prouver aux dirigeants interistes qu’ils ont eu raison de miser sur lui. Un choix qui changera à jamais la suite de son histoire à Milan.

Partir pour mieux rebondir

« A l’Inter il n’y avait pas beaucoup d’espaces pour moi, et l’occasion de disputer la phase retour de Serie A avec Venezia s’est alors manifesté ». Lorsque l’on regarde de plus près la ligne offensive de l’Inter de l’époque, on ne peut que comprendre les propos de Recoba. Avec Ronaldo, Zamorano, Ventola et Baggio, difficile pour l’Uruguayen de se faire une place au soleil. Après 19 matchs joués lors de sa première saison, et seulement 4 lors de la phase aller de la seconde, l’option d’un prêt apparaît clairement comme une planche de salut pour le joueur. Observé par le trio Zamparini-Beppe Marotta-Gianni Di Marzio (père de Gianluca), Venezia se positionne sur le mercato d’hiver 98-99. En difficulté en championnat, les Vénitiens ont grand besoin de points et rapidement afin d’assurer leur place dans l’élite. L’idée d’enrôler un fuoriclasse comme Recoba aurait enchanté en début de saison, mais en cette période clé du championnat son arrivée divise. L’Uruguayen est catalogué comme immature et comme un joueur voulant seulement « jouer » et se divertir, un profil qui ne pourrait convenir à une équipe luttant pour sa survie. De plus, afin de permettre son arrivée, les dirigeants décident de se séparer de l’idole des supporters Stefan Schwoch (héros de la promotion) , transféré au Napoli. Ce changement ne passe pas auprès des tifosi, qui s’exclameront « El Chino arriva, Il Bolzano se ne va ».

Il Mostro de Venise

Recoba débarque donc en Vénétie pour un prêt de 6 mois avec un double objectif : éviter la relégation et prouver à l’Inter qu’il peut être un joueur qui compte en Serie A. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que El Chino a parfaitement su répondre aux attentes. Il dispute 19 matchs et inscrit 10 buts, presque tous décisifs dans l’opération sauvetage. Il est déterminant face à des concurrents directs (Perugia, Udinese, Cagliari) et s’offre même la joie d’inscrire un but lors de la victoire contre l’Inter. De plus, il charme les supporters par ses qualités techniques ainsi que par son art des coups-francs et son influence dans le jeu est clairement indéniable. Venezia finit par se classer 11ème du championnat et effectue une phase retour impressionnante. Considéré, encore aujourd’hui, comme un héros au sein de la ville et du club, l’attaquant reconnait aussi le travail de ses coéquipiers : « C’était un travail d’équipe, nous étions forts et il y avait des joueurs avec de l’expérience ».

Un retour avec les honneurs

A l’issue de ce prêt gagnant pour toutes les parties, Recoba retourne donc à l’Inter avec un statut de joueur confirmé en Serie A. L’étiquette du jeune dribbleur, jouant uniquement pour s’amuser, ne lui colle enfin plus à la peau et son professionnalisme reconnu à sa juste valeur. Par la suite, il dispute 238 matchs avec l’Inter et inscrit 66 buts (ainsi que 29 passes décisives). L’Uruguay a clairement un impact sur son équipe, et régale le Meazza par ses coups francs majestueux. Le destin sourit enfin au chouchou de Massimo Moratti, avec qui il entretient une relation particulière : « Il y a du respect et de l’affection entre nous. C’est une belle personne, chaque fois que je viens en Italie il m’appelle pour venir manger et nous nous appelons pour les fêtes. Il y a une grande affection et une très grande estime entre nous ». Finalement, ce prêt à Venezia aura bouleversé la carrière de Recoba, nous offrant l’une des belles carrières du Calcio.

 

 

Julien Ruis



Lire aussi