Marco Van Basten, « oracle » du football de demain?

Par Romain Simmarano publié le 21 Jan 2017

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Toute personne qui a eu la chance de voir jouer Marco Van Basten le sait. Le jeune homme lombard qui emprunta la voiture de son père pour aller fêter le titre de 92 dans les rues de Milan le sait. L’instituteur néerlandais qui offrit deux heures de récréation à des élèves fous de joie pour ne pas manquer un match des Oranje le sait. Le père de famille marseillais qui glisse à l’oreille de son tout jeune fils, après le triomphe de l’OM face au Milan AC en 1993: « Ca me fait juste un peu de peine pour Van Basten » le sait. Tout le monde le sait : Marco Van Basten, le Cygne d’Utrecht, est l’un des plus élégants avant-centre de l’histoire du football, et peut-être l’un des plus attachant joueurs de tous les temps. Alors, quand cette icône a des idées, on l’écoute. On n’acquiese pas toujours, mais on écoute.

La guerre du hors-jeu n’aura pas lieu

Parlons d’abord de la fameuse « fin du hors-jeu », une idée somme toute assez saugrenue. Même Van Basten l’a présentée comme une idée extrême et probablement impossible. Existante depuis 1863 dans les Lois du Jeu, la règle maintient l’idée de frontière sur un terrain. Elle régit une forme de discipline du positionnement, et engage à la malice comme à la rapidité des avants. Le hors-jeu est cet avertissement subtil que, même sans ballon, tout n’est pas possible, tout n’est pas envisageable. Il semble donc impensable, impossible et irréalisable qu’une telle initiative prospère. Et si cela devait finir par être une position officielle et définitive de la FIFA, elle devrait encore en passer par l’International Football Association Board, décideur en la matière. Comme, d’ailleurs, pour toutes les autres propositions formulées par Marco Van Basten.

Extension du domaine de la sanction

Ces autres idées s’articulent essentiellement autour de changements dans les prérogatives arbitrales. Un maximum de 5 fautes, inspiré par le basket-ball, qui donne une fois dépassé automatiquement lieu à une exclusion, étonne. On voit bien là l’objectif de limiter l’impact des « fautes tactiques », légères mais suffisamment utiles pour ralentir le jeu et permettre un repli défensif. Pour autant, qui aurait pu miser sur des carrières comme celles d’un Gattuso ou d’un Mascherano dans de telles conditions ? On peut légitimement se poser la question de la saveur d’un football privé de ces talents si particuliers. D’autre part l’exclusion d’un joueur au basket ne met pas l’équipe en infériorité numérique puisqu’il est remplacé par un autre. Nouvelle proposition : remplacer les cartons jaunes par des exclusions temporaires. Ici, l’idée n’est pas neuve. A 4 reprises depuis 1999, elle a été avancée comme une piste de travail par les instances internationales du football, mais cela n’a jamais vraiment percé au-delà. Imaginons toutefois la pression supplémentaire pour un arbitre : avertir un joueur impliquera nécessairement une période d’infériorité numérique pour son équipe, ce qui n’est pas la même chose que l’épée de Damoclès que constitue le carton jaune. Et la différence de traitement entre deux situations similaires, que l’humanité de l’arbitrage peut provoquer, aura alors des conséquences bien plus graves. Pour palier cela, Van Basten propose d’ailleurs d’augmenter le nombre de changements possibles : une gestion plus agile qui met l’accent sur un coaching quasi-permanent, l’objectif est clair. Mais est-ce encore du football ?

Gianni Infantino, qui s’entoure d’anciennes gloires comme Boban ou Van Basten pour avancer ses billes, suit en tout cas un agenda ambitieux (refonte du penalty, Coupe du Monde à 48…). Il n’est pas certain que cela soit à l’avantage du sport qu’il devrait défendre. Enfin ça, l’avenir nous le dira.

Romain Simmarano

Rédacteur



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