Une Nazionale sans serial buteur : et alors ?

Par Michaël Magi publié le 17 Nov 2020

11 juillet 1982. Finale de la Coupe du Monde espagnole. 57ème minute du match Italie-RFA. Gentile adresse un centre travaillé à mi-hauteur qui prend la défense allemande à revers. Voûté mais résolu, Paolo Rossi s’achète une rédemption après le scandale du Totonero en piquant une tête qu’un Schumacher aux fraises laisse mourir dans ses filets. La Squadra azzurra décroche une 3e étoile et Rossi devient le meilleur buteur de la compétition avec 6 pions. Depuis, l’Italie vit avec la légende du bomber portant la patrie vers les sommets…A tort…

Un partage de responsabilités

Oui, c’est bel et bien ce souvenir qui aujourd’hui incite les observateurs à s’inquiéter d’une forme de stérilité offensive, bridant en apparence une Nazionale pourtant séduisante dans le jeu. C’est oublier un peu vite le sacre de 2006 et l’étonnante diversité des buteurs qui l’ont permis. 10 joueurs, durant l’été allemand, ont fait trembler les filets cet été-là : 3 défenseurs, 2 milieux, tous les attaquants sélectionnés par Lippi. Seul Toni marqua plus d’un but parmi l’escouade offensive.

On pourrait ainsi gloser des heures sur les manques des attaquants de pointe alignés par Mancini. Pas assez ceci ou cela. On pourrait aussi légèrement déporter le regard vers ceux qui les entourent. En 21 sélections, Chiesa n’a marqué qu’un but… Il y a un an, contre l’Arménie. Bernardeschi fait un peu mieux, mais le tableau est-il reluisant ? Non. Berna a inscrit 5 buts en 26 matchs, le dernier contre une faible Estonie en amical. Et Insigne ? Depuis 2018, le feu-follet a inscrit 4 buts. C’est tout le trident offensif de Mancini qui piétine. Et on ne parle pas des milieux qui, Barella mis à part, marquent un but à chaque équinoxe.

Un manque de talent ?

Totti, Toni, Del Piero, Inzaghi, Gilardino, Iaquinta : tels étaient les noms de ceux à qui revenaient la charge de faire basculer les rencontres en 2006. Talent, expérience, diversité. Il n’est pas besoin de faire une longue analyse pour affirmer que le groupe actuel est moins qualitatif. Si tel n’était pas le cas, on ne se creuserait pas la tête pour trouver le nom de l’Élu : Quagliarella, Caputo, Kean ou l’improbable Grifo qui, bien que positionné sur le côté gauche (tiens, tiens) vient d’inscrire un doublé.

On pourrait aussi se demander si Mancini n’a pas quelques responsabilités. Même si chaque trêve internationale occasionne des blessures qui nuisent à la continuité, le sélectionneur est devenu caricatural à force d’associer au large. Depuis la reprise en 2020 des matchs internationaux, Mancini n’a jamais aligné le même trident offensif. La faute aux attaquants, incapables de tuer les matchs ou à une certaine volonté de ménager des clubs de plus en plus chafouins à l’égard du foot de sélection ?

Immobile : le muet idéal

A mesure que l’Euro approche, l’équation ne cesse de se compliquer. Que faire de Kean, qui a retrouvé des couleurs (mais dans un championnat faible) ? L’ex-bianconero joue à la pointe du trident offensif parisien…mais Mancini le préfère à droite. Que faire d’un Belotti qui ne parvient pas à s’adapter au 4-3-3 ? Que faire de ses vieux buteurs (Caputo, Quagliarella) qui cognent à la porte ? Un constat crève les yeux : Immobile parmi tous ceux-là est peut-être celui qui détient la solution. Non pour sa capacité à marquer (ça se saurait avec 10 buts en plus de 40 sélections) mais parce que ses dézonages, son activité libèrent l’axe pour les joueurs qui l’entourent. Tout est question d’animation…

Qu’importe au fond que la Nazionale n’empile pas les buts si elle marque au moins un but de plus que l’adversaire. La France, en 98, glana sa première coupe du monde sans grand attaquant de pointe. L’Espagne a récemment remporté de grands trophées sans avant-centre de métier. Un constat simple s’impose : la Nazionale n’a plus perdu depuis 21 matchs. A quoi ou qui le doit-elle ? A une défense retrouvée : en deux ans, en 17 matchs, la squadra azzurra n’a encaissé que 7 buts. C’est à travers cette statistique qu’elle trouvera matière à espérer dans son avenir. Avec l’espoir qu’un joueur sorte du match. Différent à chaque match : et alors ?

Michaël Magi



Lire aussi