Une histoire du calcio florentin

Par Yacine Ouali publié le 24 Déc 2019

Contrairement à la plupart des pays, l’Italie a son propre mot pour définir le sport roi. Le « calcio » vient du mot « calciare », qui signifie « donner un coup ». Le terme de « calcio » a pourtant des racines plus anciennes, qui remontent au tournant des XIVème et XVème siècles, dans la Florence de la Renaissance.

Aux origines du « calcio florentino »

À une époque où la nostalgie de l’Antiquité battait son plein, le calcio florentin fut inventé dans la ville éponyme comme un lointain héritier du jeu romain du « harpastum ». Jeu sans règles particulières et dont l’objectif était d’envoyer la balle derrière la ligne adverse, le harpastum fut longtemps oublié, avant d’être modernisé sur la Piazza Santa Croce de Florence.

Sans règles précises non plus, le calcio florentin était particulièrement joué, des mains et des pieds, par la haute société. Même les papes Clément VII, Léon XI et Urbain VIII y jouèrent au Vatican. Durant les guerres d’Italie, le roi de France Henri III aurait décrit le calcio florentin, après avoir assisté à une partie à Venise, comme « trop petit pour être une guerre et trop cruel pour être un jeu ».

En 1580, une tentative fut faite pour organiser un jeu chaotique et désordonné. Une association, nommée Florentine Camerata, dirigée par le conte Giovanni de’Bardi, ami des Médicis, établit que le jeu ne pouvait être joué que par des hommes de 18 à 45 ans, « beaux et vigoureux, de belle naissance et de bonne constitution ».

Petit à petit cependant, les Florentins et l’Italie perdirent leur intérêt pour le calcio florentin. Le dernier match officiel eut lieu en janvier 1739, longtemps avant la renaissance de ce sport en 1930, sous l’impulsion du régime de Mussolini.

Fièvre nationaliste et nostalgie

Voulant faire revivre les meilleurs aspects de l’ancienne Italie, le Duce Mussolini réorganisa le calcio florentin en 1930, inspiré en cela par le fasciste florentin Alessandro Pavolini.

Le 4 mai 1930, en commémoration des 400 ans du siège de Florence par l’armée espagnole, un match de calcio florentin est donc organisé. Les règles suivaient cette année-là les mêmes qu’en 1580, et faisaient se faire face quatre équipes de 27 joueurs, chacune représentant l’un des quatre quartiers de la ville et habillée en conséquence :

– Santa Croce – Azzurri (bleus),
– Santo Spirito – Bianchi (blancs),
– Santa Maria Novella – Rossi (rouges),
– San Giovanni – Verdi (verts).

Le calcio florentin était alors joué dans un tournoi annuel, qui culminait en finale tous les 24 juin, jour de fête de Jean le Baptiste, saint patron de Florence.

Actualité du calcio florentin

De nos jours, le calcio florentin n’est plus autorisé qu’aux hommes de moins de 40 ans et n’ayant pas de casier judiciaire grave. Les matches durent 50 minutes.

Le tournoi annuel est toujours organisé la troisième semaine de juin. Tous les coups restent autorisés, bien qu’il n’y ait plus qu’un joueur qui soit autorisé à en attaquer un autre à la fois. L’équipe victorieuse reçoit alors du bistecca alla fiorentina (le fameux steak florentin) ainsi qu’une chianina, une vache d’origine toscane, des mains du maître de cérémonie, ou Magnifico Messere. En général, le Messere est un joueur ou ex-joueur de la Fiorentina. Luca Toni l’a par exemple été en 2014.

Historique et symbolique, le calcio florentin est aujourd’hui une part importante du folklore de la ville. Bien que sa violence en rebute certains, la finale du tournoi annuel, le 24 juin, continue de rassembler un public enthousiaste sur la Piazza Santa Croce. En amont du match, une spectaculaire parade est organisée, et chaque équipe se présente sur le terrain vêtue d’habits de la Renaissance. À la fin de la finale, un spectacle de feux d’artifice est réalisé depuis les hauteurs de la ville, au Piazzale Michelangelo.

Tradition forte, le calcio florentin continue d’être joué dans maints endroits et par maintes populations. Dans la capitale toscane, où la Fiorentina est reine, le calcio florentin prend le pas sur le calcio actuel au moins une semaine par an, le temps pour chacun de se souvenir, ou d’imaginer, ce à quoi pouvait ressembler la vie il y a 500 ans.

Yacine Ouali



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