Une étoile de l’Inter s’est éteinte – adieu Mauro Bellugi

Par Marc Occhipinti publié le 23 Fév 2021

Une leçon de courage

« Docteur, vous allez aussi couper la jambe avec laquelle j’ai marqué l’unique but de ma carrière contre le Borussia Mönchengladbach ? »

Le calvaire de Mauro Bellugi suite aux complications dues au covid, et notamment l’amputation en novembre dernier de ses deux jambes, a ému l’Italie tout entière. Une épreuve qui, aussi cruelle soit-elle, ne lui a pourtant fait perdre ni son courage, ni son ironie : « Je n’ai plus de jambes, mais je renaîtrai. Et je prendrai celles… de Pistorius. ». Massimo Moratti, avec sa générosité habituelle, lui avait en effet promis des prothèses. Un don qu’il commentait d’un simple mais éloquent : « Il est des nôtres.»

Ses débuts en bleu et noir

Natif de Buonconvento (Toscane), Mauro Bellugi a 17 ans quand le président Angelo Moratti le reçoit dans les bureaux de la SARAS. Un peu impressionné, Mauro se voit présenter un contrat en blanc qu’il signe sans regarder. Le père Moratti n’ajoutera le montant qu’après coup : 33 millions par an. Signe du paternalisme de cette époque, pas totalement révolue d’ailleurs, quelques temps plus tard, la secrétaire lui apporte des clés : « Ce sont celles d’une maison en Sardaigne à Stintino. Elles sont à vous. Cadeau du Président. »
Lors de la saison 1970-71, sous la conduite de Giovanni Invernizzi, il participe au  » scudetto del sorpasso « . Le Mister le lance comme latéral, repositionnant Burgnich comme libéro. Une trouvaille que beaucoup considèrent comme l’une des clés du succès de cette année.
La saison suivante, vient l’un des sommets de sa carrière. En huitièmes de finale de la coupe des champions, l’Inter est attendue par les champions en titre de Bundesliga : le Borussia Mönchengladbach. Une double confrontation légendaire. Après le 7 à 1 encaissé à l’aller (la fameuse « partita della lattina » qui sera rejouée à Berlin), l’Inter prépare sa revanche à San Siro.

Les vies de sportif, plus que toute autre destin, peuvent souvent se résumer à des instants fugaces. La reprise parfaite de Bellugi dans la lucarne, avec une coordination digne d’un gymnaste, est de ces instants-là. Un seul but dans toute sa carrière… mais quel but ! Aussi beau qu’il est décisif. Bellugi transcende par cet exploit le onze nerazzurro et ouvre la voie à la victoire de l’Inter 4 à 2. Une revanche éclatante après le camouflet subi au Bökelbergstadion. En finale, le football total de l’Ajax et un doublé de Johan Cruyff enterreront les rêves de Bellugi.

Stoppeur du Bologna et de la Nazionale

En 1974, Mauro quitte l’Inter pour rejoindre le Bologna. Il s’imposera comme stoppeur. C’est à ce poste qu’il gagne une place pour le voyage en Argentine en tant que titulaire de la Nazionale de 1978. Un parcours mémorable avec une victoire sur l’Argentine, le pays hôte et futur vainqueur. Au second tour, une fois de plus, Bellugi doit s’incliner face aux Hollandais, décidément sa bête noire et finira au pied du podium après la défaite face au Brésil.

Chroniqueur interista

Après une pige à Naples et à la Pistoiese, il met un terme à sa carrière de footballeur en 1981. Bellugi revient à ses premières amours, l’Inter, intervenant dans les émissions sportives de télévisions locales. Même dans son combat terrible, il a toujours gardé un œil sur son club de cœur. « Ce que je vis, c’est pire qu’un derby. Pire qu’une finale de Coupe des Champions. Celle que j’ai jouée contre l’Ajax, je l’ai perdue. Cette finale-là, je veux la remporter.» Mais il ne se remettra jamais de la perte de ses jambes. Il avait fait à Marotta, ce triste aveu : « Tu sais, pour un footballeur, perdre ses jambes, c’est comme pour un pianiste de perdre ses mains. » Il a rendu l’âme, la veille du derby. On l’imagine, libéré de son fardeau, soutenir ses couleurs depuis le ciel. Une étoile de l’Inter s’est peut être éteinte, ici-bas, mais elle scintillera pour l’éternité dans le cœur des tifosi.

Riposa in pace campione… et merci pour toutes les joies que tu as offertes au calcio.

Marc Occhipinti



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