Une commedia dell’arte à la palermitaine

Par Yacine Ouali publié le 24 Fév 2019

Terre de contrastes, l’Italie a dans son histoire régulièrement allié l’excellence à la plus étrange des faiblesses, conjugué la grandeur et la décadence. C’est le cas pour le football, d’une Juventus à l’insolente santé financière au beau milieu d’une myriade de clubs historiques en profonde crise économique. Certains, à l’image de Parme, s’en relèvent et redonnent espoir aux autrefois pourfendeurs d’un calcio en chute libre, orphelin de succès européen depuis le triplete de l’Inter il y a désormais neuf ans. D’autres, comme Palerme, sont l’expression même de la gestion désastreuse ayant amené la Nazionale à jamais ne préparer la succession des héros de 2006, et quelques grandes équipes (Inter, Milan, Naples) à ne pas se renouveler au point de devoir attendre 7 ans pour revenir sur le devant de la scène.

Une situation sportive étonnamment bonne

Si Palerme ne jouera la 24ème journée de Serie B que mardi, le club est deuxième du classement et pourrait revenir à un point du Brescia de Tonali en cas de victoire contre Crotone. Avec seulement 3 défaites et la meilleure défense du championnat (19 buts encaissés), l’équipe entraînée par Roberto Stellone (ici en bas) – entraîneur des palermitains pour la deuxième fois depuis le 26 septembre 2018, après un court passage à la fin de saison dernière, courtoisie de Zamparini – réussit de manière remarquable à faire abstraction de la situation extra-sportive qui l’entoure pour poursuivre son rêve, un retour dans l’élite deux ans après la relégation de 2016-2017.

Menée par son buteur Nestorovski, auteur de 7 buts, le meilleur passeur de Serie B Trajkovski avec 8 passes et l’ancien gardien de Benevento Alberto Brignoli, Palerme a par exemple tenu tête au leader brescian à domicile lors de la 23ème journée. Même si Brescia a égalisé à la dernière minute par Luca Tremolada, les supporters du stade Renzo Barbera ont très justement acclamé leurs joueurs après le match, conscients qu’avec de tels remous au niveau administratif, espérer encore la Serie A à la fin février n’est ni plus ni moins qu’un miracle.

Histoire de la décadence et de la chute de l’empire Zamparini

Le 1er décembre 2018, Maurizio Zamparini annonçait dans une lettre aux supporters avoir vendu le club de Palerme à une entreprise londonienne (Sports capital) pour la symbolique somme de 10 euros. Le nouveau propriétaire s’était alors engagé à éponger la dette de l’équipe, qui s’élevait à 22,8 millions d’euros.

Deux mois et demi plus tard, pour cadeau empoisonné de la Saint-Valentin, les tifosi apprennent une nouvelle vente du club, officiellement à cause de l’incapacité de Sports capital à mettre en place un projet viable de relance. Rino Foschi, jusque-là directeur technique, est propulsé président.

L’un des nouveaux investisseurs (en fait pour l’instant seulement propriétaire de la totalité des espaces publicitaires du club), l’entrepreneur sicilien Dario Mirri, refuse tout d’abord une première offre de Rino Foschi et de Daniela de Angeli, administratrice générale. La crise économique qui couvait depuis avant même la première vente du club en décembre dernier s’aggrave, et les joueurs s’agacent de plus en plus, même publiquement, des problèmes d’impayés de salaire, comme l’on peut le voir dans cette interview très sincère du capitaine Giuseppe Bellusci le 4 février dernier après un nul 0-0 contre Foggia qui faisait déjà suite à deux défaites :

« Nous sommes une équipe au mental fragile car nous ne savons même pas qui nous dirige. Nous avons besoin d’aide, nous sommes seuls et cela impacte négativement nos performances. Nous devons tous être unis ; les supporters ne doivent pas nous siffler dans de tels moments. Nous continuerons néanmoins à nous battre pour le maillot, même si il n’y a aucune garantie là-haut que notre situation soit réglée. Quel futur y a-t-il pour ce club, je ne le sais pas, mais je peux vous assurer que nous sommes présents, une vraie équipe, et que nous irons jusqu’au bout avec l’entraineur et avec Rino Foschi. Ceux qui ont un problème ou qui ne croient pas en ce club peuvent rentrer. Moi, je reste. Je veux jouer, gagner le championnat et aller en Serie A. Il faut que tout le monde, tout l’effectif, la presse locale et nos 40 000 supporters se serrent les coudes en allant vers un seul objectif : la Serie A ! ».

Sauvetage et perspectives d’avenir

Quelques jours après cette déclaration et après une deuxième offre du tandem De Angeli – Foschi, Dario Marri accepte finalement de reprendre en partie Palerme et injecte dès le départ 2,8 millions d’euros dans les finances pour payer les joueurs et les employés (les paiements seront effectifs en mars) alors même que le club était sous la menace de la Ligue d’un retrait de 4 points pour ces problèmes administratifs.

C’est peu dire que l’argent investi par Dario Mirri a soulagé toute une ville. Dans les jours entre la première et la seconde offre de reprise, les dirigeants palermitains avaient même songé et presque mis en place une collecte de fonds pour sauver ce qui pouvait l’être.

À présent, avec l’épée de Damoclès retirée par Dario Mirri, Palerme cherche un peu plus sereinement de nouveaux repreneurs. Dans une interview donnée cette semaine, le président Rino Foschi (ici en bas) a annoncé l’arrivée « imminente d’investisseurs majeurs, à même d’aider Palerme à remonter en Serie A et à s’y maintenir sur le long terme ».

Aujourd’hui, la situation dans la plus grande équipe de Sicile est revenue un tant soit peu à la normale. Les joueurs et les tifosi semblent faire confiance à Rino Foschi pour la direction. Il semblerait donc que l’histoire tumultueuse de Palerme avec Maurizio Zamparini soit (enfin !) définitivement terminée. Maintenant, place à Crotone et, au même moment l’année prochaine, pourquoi pas le Napoli ou la Juventus ?

Yacine Ouali



Lire aussi