Trapani : Sicile renaissante

Par Michaël Magi publié le 08 Avr 2019

Palerme, à la lutte pour faire un retour fracassant en Serie A. Trapani, à l’échelon inférieur, à un orteil de se hisser jusqu’au deuxième échelon italien, après deux saisons à vivoter en Lega Pro. Catania, en lice pour jouer les playoffs d’accession à la Serie B… La Sicile du football renait cette saison, sur fond de polémiques incessantes et d’incertitudes financières.

L’enfer, c’est les autres

C’est un euphémisme : personne ne voyait Trapani à un tel niveau cette saison. Pas même l’entraineur Vincenzo Italiano, arrivé cet été en provenance d’Arzignano, et dont le programme consistait  à redonner de la joie à un effectif vieillissant qui semblait en phase de transition. « Mon système doit divertir joueurs et tifosi. Peu m’importe le résultat, disait-il ainsi quelques mois après sa prise de fonction. Si personne ne prend de plaisir, on peut bien l’emporter 3-0, c’est comme si nous avions perdu. Nous devons toujours aller de l’avant. Utiliser notre 4-3-3. Tenir la balle, élargir, aller de l’avant. Mettre l’attaque en musique. Nous devons être ceux qui veulent marquer un but de plus que les autres, pas ceux qui se contentent de gagner 1-0, en laissant à l’adversaire la responsabilité du jeu. » Aujourd’hui, un retour en Serie B est à portée de main. Comme l’était la perspective de dépasser la Juve Stabia sur le fil, leader depuis la 3ème journée et qui, il y a un peu plus d’un mois, comptait 6 points d’avance sur son poursuivant. Trapani, l’une des meilleures attaques de Serie C (portée par 16 buteurs différents), déploie ce jeu chatoyant tant désiré par son coach ; forte d’un équilibre savant entre minots aux dents longues et joueurs d’expérience, parmi lesquels émergent la doublette d’attaquants Felice Evacuo (36 ans) – M’bala Nzola (22 ans, formé à Troyes), ou encore la pépite Erasmo Mulè, défenseur central de 19 balais, d’ores et déjà préempté par la Samp, qu’il rejoindra cet été.

Italiano, esthète et meneur d’hommes

La performance est d’autant plus admirable que les granata évoluent depuis le début de la saison (à l’instar de Palermo en Serie B) au sein d’une atmosphère agitée. Au pays des forts en gueule, 3 tempêtes ont secoué Trapani en à peine deux mois. La première, sportive, après une défaite aussi lourde qu’inattendue (4-1), lors de la 31ème journée, sur le terrain du Virtus Francavilla, pourtant calé dans le ventre mou et à l’attaque anémique… précédant un embarrassant loupé en demi-finale aller de Coupe de Serie C ; la seconde, plus triviale, alors que le club affrontait Viterbese, dans l’optique de ne pas se laisser distancer : sombre histoire d’horaires concomitants entre les matchs du Trapani Calcio et de l’équipe de basket locale. Résilient, devant un public muet au coup d’envoi, Trapani l’emportait cependant (2-0), et profitait d’un faux pas de la Juve Stabia, pour se rapprocher à un point. Après le match, ni le Mister ni les joueurs ne se présentent devant la presse. Le Président, Maurizio de Simone, déploie seul les éléments de langage : « Nous ne boycottons pas la presse. C’est un choix délibéré pour maintenir la cohésion. Nous avons bien réagi après notre double faux pas. Tout semblait bouclé en championnat il y a quelques mois mais maintenant nous avons la possibilité de vivre quelque chose d’exceptionnel. Nous devons donc nous concentrer sur notre déplacement, dimanche prochain, sur le terrain du leader. Ce sera une semaine d’effervescence sportive pour toute la ville ».

Mare Mostrum

Les victoires seules, ont les capacités d’éteindre les polémiques, et le repli revendiqué des granata n’a suscité aucune critique. Sans doute même a-t-il été compris, dans la mesure où le match au sommet de ce dimanche, semblait constituer le point d’orgue de la saison. En dépit d’une autre tempête – plus forte et pernicieuse – qui agite le club depuis le début de saison : celle qui concerne la vente du club. Affaire tumultueuse, née au coeur de l’été, lorsque le Président Morace démissionne de son poste, après plus de 12 années d’exercice, suite au scandale Mare Mostrum, impliquant sa compagnie de navigation maritime (Liberty Lines) et des politiciens locaux dans une affaire de favoritisme. Après une période d’interim, la société est finalement cédée le 5 mars dernier, à la société FM Service, représentée par De Simone. L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle a pris une autre ampleur, depuis que La Lega a émis des doutes sur les garanties du nouveau propriétaire, soutenue en ceci par une Municipalité qui demande un réexamen des fonds, dont l’origine est incertaine.

Passation de pouvoir à Trapani. Nouveau proprio, Maurizio de Simone. D’où vient l’argent ? Personne ne sait…

Dure limite

C’est donc dans ce contexte malodorant que Trapani affrontait ce dimanche le leader. Avec l’espoir de s’emparer de la tête du groupe pour la première fois de la saison. D’emblée, le défi s’annonçait difficile : plus de 10 000 tifosi gialloblu s’étaient massés dans les travées du bouillant stadio Romeo-Menti, conscients eux aussi, que se jouait ici l’un des tournants de la saison. Après une mi-temps équilibrée, où les deux équipes se neutralisaient (en dépit de l’activité de Nzola, coté Trapani et d’un coup franc repoussé par un montant, côté Juve Stabia), Trapani finissait par s’effondrer. Au seuil d’une dernière demi-heure fatale qui, si elle n’hypothèque rien, marque un sacré coup d’arrêt pour les siciliens.

Un peu plus de 10 000 spectateurs à Castellamare di Stabia pour accueillir les granata, ce dimanche

C’est à la 65ème minute que les gialloblu prenaient tout d’abord l’avantage. Suite à une perte de balle malheureuse, Luca Germoni fixait le coté droit de la défense, crochetait un défenseur et adressait un centre pour Carlini. L’ancien attaquant de Frosinone n’avait pas besoin de jouer des coudes dans une défense aux fraises, pour ajuster Andrea Dini d’une tête flottante. A peine 10 minutes plus tard, alors que Trapani essayait en vain de porter le danger dans la défense adverse, une nouvelle récupération de balle permettait à Canotto d’anesthésier les velléités granata, au milieu d’une charnière toujours plus apathique. 2-0. Juve Stabia pouvait communier avec son héroïque tifoseria. Trapani, pouvait remballer son ambition de parader fièrement en tête du groupe. Repoussé à 4 points du leader, mais devançant Catania, le rival régional, il serait toutefois prématuré de l’enterrer. Les siciliens renaissants se battront jusqu’au bout pour éviter de passer par ces maudits barrages, qui font chaque année plus de victimes que de survivants…

La festa della Juve Stabia

La S.S. Juve Stabia supera il Trapani Calcio e vede avvicinarsi il traguardo della #SerieB. Festa tra calciatori e tifosi a fine partita

Publiée par TuttoCalcioNews sur Dimanche 7 avril 2019

Michaël Magi



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