Thiago Motta, l’amour vache pour toujours

Il a disputé son dernier match avec le PSG contre Rennes, Thiago Motta prend sa retraite.

Par François Lerose publié le 16 Mai 2018

L’Italie et ses internationaux ont une histoire tumultueuse faite d’amour et de désamour. Cette bipolarité se reflète à merveille chez les oriundi : ce terme désignant des joueurs étrangers, nationnalisés italiens de par leurs origines. Dans l’histoire récente il y a eu Camoranesi, Eder, Jorginho, Amauri et donc Thiago Motta et bien avant, Altafini ou Sivori.

Un Brésilien dans les montagnes russes

S’il est né au Brésil, Motta intègre l’Europe et la Masia de Barcelone dès son plus jeune âge repéré par Lorenzo Serra Ferrer. Un style et une patte brésilienne dans un tempérament européen. Un profil type qui correspond idéalement au FC Barcelone qui n’a pas hésité à l’intégrer à son équipe de jeunes. C’est ainsi du côté de la Catalogne que Thiago Motta apprend un football différent de ce qu’il a pu appréhender lors de son parcours junior à la Juventude par exemple. Dès schémas tactiques au positionnement, du jeu sans ballon à l’importance du jeu simple et rapide, Thiago se forge une culture tactique et une technique lêchée, propre, sans fioritures qui vont lui permettre malgré une taille imposante pour un milieu de terrain constructeur (1m87), de devenir l’homme à tout faire d’une équipe qui progresse à vitesse grand V. L’homme aux 89 matchs de Champions League va en remporter une avec les blaugrana en s’imposant aux côtés de Déco, le Portugais désormais légende du Barca.

L’Italie, le nouveau souffle et le triplé historique

Mais ce sont les blessures qui vont l’handicaper durant sa permanence espagnole. Ligaments, genoux délicats, Thiago Motta vit un enfer avec son physique et voit sa carrière prendre un tournant désastreux. En quelques années, celui qui faisait les beaux jours du Barca en 2006, va passer de la Champions League au Genoa en Italie. Le président Presiozi lui fait confiance malgré des tests physiques douteux. Rapidement, il retrouve son niveau de jeu et redevient cette plaque tournante, capable de fabuleux coups d’éclats, entre passes lasers et percées fantastiques conclues par des buts tout aussi précieux (son doublé face à la Juventus notamment). Lorsqu’il rejoint l’Inter en 2009 avec son coéquipier Diego Milito, personne ne mise un euro sur ses prestations et les critiques pleuvent déjà. Pourtant Motta sera précieux au triplé obtenu par l’Inter en 2010. Il se fait définitivement adopter par les tifosi lorsqu’il inscrit le premier but du Derby remporté 4-0 par les nerazzurri. Mais comme l’histoire n’est jamais simple, Motta se fera exclure en demi-finale retour de Champions League face à Barcelone par un Busquets aussi rusé que fourbe et loupera le match final à Madrid face au Bayern. De sa patrie native, il découvre ainsi une nouvelle ambiance, une seconde jeunesse à même pas 30 ans qui lui permettra de retrouver le haut niveau.

La suite à l’Inter sera moins réjouissante car le club connaît le début de sa période de déclin. Motta veut alors un nouveau challenge et partira au PSG au mercato d’hiver 2012, avant un Euro compliqué perdu en finale avec la Nazionale.

Italien par défaut et relation agitée avec les tifosi

Lors de son choix de prendre la nationalité italienne, Motta est à nouveau sous le feu des critiques. Ils sont tellement nombreux à changer de nationalité par dépit de ne pas pouvoir endosser le maillot de leur sélection. Et pourtant pour Thiago Motta cela n’a jamais été le cas. Né au Brésil, sa famille est originaire de Vénétie et passe l’atlantique dans les années 20. De son aveu personnel Motta n’a jamais pensé « à revêtir le maillot du Brésil car pour moi ce n’est pas le top, je me sens beaucoup plus européen que brésilien ». C’est ainsi qu’en 2011 il devient italien et endosse le maillot de la Nazionale qu’il portera fièrement jusqu’en finale de l’Euro 2012. En 2016, il prendra même le numéro 10 pour enlever de la pression à ses coéquipiers dans une Italie très critiquée. Abîmée par les blessures, sa forme physique décroît plus le temps passe et Motta ne semble plus capable d’assurer des matchs où son équipe n’a plus la possession et doit courir après le ballon.

Si en Ligue 1 cela suffit, il n’est pas étonnant de le voir absent des grands rendez-vous de Champions League avec le PSG ou des matchs de l’Italie. Cet état exaspère de plus en plus des tifosi qui demandent son exclusion de la Nazionale. Un désamour immérité pour celui qui a contribué à l’éclosion d’un Marco Verratti. Originaire d’une Diaspora que beaucoup connaissent, il est pourtant difficile de ne pas s’identifier aux sentiments de Motta pour l’Italie. Un pays qu’il a toujours adulé et pour qui il a tout donné, malgré les blessures, les critiques et les désillusions. Un soldat de l’ombre, désormais retraité et qui prendra un rôle au sein du staff parisien. Bonne retraite Thiago.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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