Srecko Katanec : brindille en titane

Par Michaël Magi publié le 22 Mai 2019

Si l’on vous parle de la Samp dorée du début des années 90, vous dites ? Mancini sûrement. Vialli, à coup sûr. Pagliuca peut-être ? Vierchowod, parce qu’avouez, son nom vous fait marrer… Si vous voulez briller en société : dites plutôt Katanec !

Le maigre de Stuttgart

C’est en 1989 que l’Italie découvre Katanec, avant même qu’il ne pose le pied sur son sol. Le slovène, âgé de 25 ans, est alors l’une des pièces maîtresse du milieu de Stuttgart, qui s’est hissé en finale de la Coupe UEFA, en battant au passage, cruelle ironie de le histoire, le Dinamo Zagreb, au sein duquel le jeune Katanec passa deux saisons ô combien formatrices. En face, un ogre ou presque ! Un Napoli injouable qui a piétiné les plus gros avec insolence (Bordeaux en 1/8ème, la Juve en quart (avec une remontada à la prime), le Bayern en demi), porté par un Maradona au sommet de son art, de plus en plus décisif à mesure que le niveau augmente ainsi que par une armada soudée et cohérente : Alemao, Careca, Ciro Ferrara, Fusi… Si le Napoli l’emporte sur les deux rencontres, à l’issue d’un match retour d’anthologie, joué sur la pelouse de Stuttgart et sanctionné par un 3 partout débridé, la performance de Katanec étonne la majorité des observateurs italiens. Cette immense brindille d’1m90 ratisse il est vrai les ballons comme personne. Relance toujours proprement. Annihile le jeu adverse, même si l’on craint sans cesse qu’il ne se brise les jambes au moindre contact, tant il semble chétif.

Katanec à Stuttgart vs Napoli (finale coupe UEFA) – Mai 1989

Dès l’intersaison, nombre de clubs se renseignent naturellement auprès de Stuttgart. C’est la Sampdoria, alors coachée par un compatriote, Vujadin Boskov, qui remporte les enchères. Katanec devient le premier d’une longue liste de ressortissants yougoslaves qui signeront bientôt en Serie A, dans l’émergence aussi subite qu’inattendue d’une génération dorée (Savicevic au Milan, Boksic à la Lazio, Jarni à Bari…) ; véritable mania qui contaminera bientôt l’ensemble de l’Europe.

L’amour dure 5 ans

Sans la moindre phase d’adaptation, se laissant à peine le temps de digérer cette finale perdue, Katanec découvre le calcio sans trembler et s’impose d’emblée dans le onze doriano. Parfaitement à l’aise au sein d’une équipe au tempérament offensif, il s’affirme comme la pièce maligne de l’effectif, aux cotés de Toninho Cerezo, de Muñoz ou du taulier Giuseppe Dossena. 27 matchs joués. 5 buts inscrits, dont 3 contre l’Atalanta que le slovène aura martyrisé à l’aller comme au retour. Une belle 5ème place en Serie A et surtout, une victoire en Coupe des Coupes, avec un exorcisme en finale, contre une équipe d’Anderlecht, mise à terre par un doublé de Vialli en prolongation. Dès la saison suivante, le slovène fait avec ses coéquipiers ce que personne ne pensait possible, mis à part le Président Mantovani qui s’était proclamé vendeur de rêves, 12 ans plus tôt, en faisant l’acquisition d’un club qui croupissait alors en Serie B : remporter un scudetto, au nez et à la barbe des géants du calcio. Une victoire qui doit énormément à Katanec (même s’il marque moins : 2 buts seulement, mais encore un contre une Atalanta qui envisage peut-être de lui jeter un sort…) ; brindille incassable qui a fini par apporter à l’une des plus belles équipes d’Italie la condition de toute victoire : cet équilibre intelligent qui constitue le cœur palpitant des grandes équipes.

L’année suivante, la Sampdoria ne réédite pas l’exploit en championnat, sans doute obnubilée par la Ligue des Champions. Katanec poursuit son bonhomme de chemin, jouant l’intégralité de tous les matchs de la phase de groupe. Indispensable. La suite, on la connait. Vialli rate l’occasion de tuer le Barça et à la 112ème minute, Koeman marque sur un coup-franc sifflé suite à une faute,  inexistante, ce que révèlent en creux les propos du hollandais lui-même : « Nous essayions d’obtenir une faute au bord de la surface pour avoir une opportunité. Je ne sais pas si cette faute était réelle ou non, je ne m’en souviens pas. Mais je me souviens très bien de mon but… »

Blucerchiato jusqu’à la mort

Katanec restera au club jusqu’en 1994 et prendra sa retraite, sur un nouveau titre avec la Samp. Une coupe d’Italie, ce même trophée qui avait marqué le début de la grande aventure doriana. Homme à tout faire d’une Samp dont on se demandera longtemps si elle n’était pas plus forte que celle de 91, comptant notamment dans ses rangs un Ruud Gullit revanchard.Peut-être la plus forte oui, mais qui échouera dans ses rêves de conquête d’une deuxième scudetto.

Tous ces titres, la Samp ne les aurait sans doute jamais remporté sans la présence de Katanec, sans sa qualité de placement, sans son abnégation, sans son intelligence de jeu. Les tifosi doriani – ceux qui sont assez vieux pour s’en souvenir – le savent mieux que quiconque. Les belles histoires d’amour étant bilatérales, il est bien normal de laisser le dernier mot au slovène. Propos qu’il prononça en 2016, à l’occasion du 70ème anniversaire du club et qui traduisent l’indéfectible lien noué avec les génois : « Pour moi, la Samp a été une expérience unique au cours de laquelle j’ai gagné et surtout beaucoup appris. J’ y ai acquis des valeurs, qui comptent bien plus que de remporter un championnat. Une expérience fantastique où nous avons tout gagné ou presque, pendant 5 ans.  Une équipe se construit lentement et le président Mantovani, qui était un grand homme, a fait ce qu’il fallait, comme il se devait… » Recruter Srecko Katanec était une de ses meilleures décisions…

Michaël Magi



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