« SLA », le cauchemar du football italien

Par Grégory Canale publié le 28 Jan 2020

Gianluca Signorini, Stefano Borgonovo, Giovanni Bertini… La liste des anciens joueurs passés par l’Italie et touchés par la « SLA » s’établit désormais à 34 morts. Dernière victime en date, Pietro Anastasi, qui a succombé à la maladie de Charcot le 17 janvier dernier. La pathologie fait des ravages dans le football transalpin. Elle y serait deux fois plus répandue que dans le reste de la population italienne. Si ses conséquences sont dévastatrices, les causes du mal restent incertaines.

La « stronza » tueuse de footballeurs

« Quand nous avons su qu’il s’agissait de la « bête », nous avons compris comment cela se terminerait », lâchait inconsolable Gianluca Anastasi, à propos de la maladie qui a emporté son père Pietro, ex-attaquant illustre de la Juventus. Ne pas nommer la « SLA » est une coutume parmi les victimes, même pour Stefano Borgonovo – diagnostiqué en 2008 – le premier à médiatiser son cas. L’ancien compère de Roberto Baggio à la Fiorentina, décédé en 2013, avait pris l’habitude de l’appeler la « stronza » (ndlr la « garce »). La sclérose latérale amyotrophique n’est effectivement pas une pathologie légère. Elle est dégénérative et affecte le système nerveux. Progressivement, le malade perd la faculté de marcher, parler, déglutir et même de respirer. C’est sans retour.

La maladie de Charcot s’attaque particulièrement aux anciens footballeurs ayant évolué en Italie. Conclusion de l’Institut pharmacologique Mario Negri de Milan, qui a diligenté une enquête au début des années 2010. Pour mener ses investigations, la structure s’est basée sur 23 875 ex-joueurs de Serie A, B, et C, apparaissant sur les figurines Panini entre 1959 et 2000. Le constat est édifiant : 32 personnes sont concernées par le trouble. La « SLA » toucherait deux fois plus les acteurs du calcio que le reste de la population italienne, six fois plus s’ils ont concouru en Serie A. Pire, la moyenne d’âge des malades tombe à 43,3 ans contre 65,2 en règle générale.

Le plus jeune à être mort de la sclérose latérale amyotrophique est Lauro Minghelli, élément important d’Arezzo. Suite au diagnostic, il est contraint d’arrêter sa carrière à 26 ans. Minghelli disparaîtra cinq années plus tard, en 2004. Ce sont surtout parmi les doyens de la Fiorentina, de Como, de la Sampdoria et de Cesena que la plupart des cas sont décelés. La première victime est Armando Segato, ex-milieu de la Viola. En 1968, plusieurs années après une fracture du tibia péroné, les médecins lui annoncent la mauvaise nouvelle. Il succombera en 1973 à 42 ans. La longue liste de morts s’élève aujourd’hui au nombre de 34.

Des causes encore incertaines

Face aux multiples décès liés à la « SLA », plusieurs procédures sont ouvertes. À la fin des années 1990, le procureur de la République de Turin Raffaele Guariniello est le premier à s’intéresser au mystère qui s’abat sur le football italien. Pendant quelques années, le magistrat récolte des témoignages et pense tenir la clef du problème, en identifiant le dopage comme potentielle cause. Hypothèse vite écartée, car le trouble ne semble pas toucher les athlètes d’autres sports, pourtant concernés aussi par le problème du dopage.

La « stronza » fait également nombre de victimes dans le monde agricole. Ce qui laisse à penser que les pesticides, utilisés sur les terrains de football, puissent être à l’origine du mal. Cette thèse est notamment défendue par Gioacchino Tedeschi, président de la Société italienne de neurologie. Ettore Beghi de son côté, qui a mené les recherches pour l’Institut Mario Negri, ne tire pas les mêmes conclusions. Selon lui, la « SLA » serait plutôt la conséquence d’une complexe interaction entre facteurs génétiques et externes. Beghi avance que certains joueurs sont prédisposés à développer la maladie de Charcot. Une prédisposition à laquelle il faut ajouter d’autres causes : l’activité physique intense, les traumatismes récurrents, la prise d’anti-inflammatoires dans le traitement des blessures, ainsi que la consommation de compléments alimentaires pour augmenter la musculature.

« Avoir compris que pratiquer une activité physique intensive peut engendrer une maladie neurodégénérative va nous permettre de projeter de nouvelles recherches », reconnaît Ettore Beghi, avant d’ajouter « mais j’insiste : jouer au football ne fait pas de mal ». Peut-être plus aujourd’hui. Mais force est de constater qu’avoir joué autrefois au ballon rond en Italie a pu nuire gravement à la santé.

Grégory Canale

Rédacteur



Lire aussi