SERIE A : Seulement 40% de joueurs italiens, le point sur la situation

Par Matthieu Pianezze publié le 13 Oct 2020

Depuis plusieurs années, le débat sur le nombre de joueurs italiens évoluant en Serie A et notamment le nombre jeunes est un sujet particulièrement intéressant. Cela donne également des perspectives quant au vivier mis à disposition des différents sélectionneurs de la Nazionale ces dernières années. L’occasion pour Calciomio d’aborder les chiffres les plus récents en la matière.

La situation pour la saison 2020/2021

Grace à une étude de la Gazetta dello Sport, nous apprenons que sur les 20 équipes engagées en Serie A comprenant également les joueurs hors liste il y a seulement 40,3% de joueurs italiens. Ce qui nous donne les chiffres précis de 240 italiens contre 355 étrangers. Au niveau des fameux cinq plus grands championnats européens, ces chiffres font apparaître l’Italie comme le deuxième pays derrière la surpuissance Premier League utilisant le moins de joueurs nationaux dans sa compétition majeure. Pour être précis les anglais représentent 38,4% des joueurs de leur championnat. En Allemagne, le chiffre est de 42,7%, en France de 52,3% et en Espagne qui mise le plus sur les joueurs du cru le chiffre atteint lui plus de 60%. Par ailleurs, cette étude nous montre que l’Italie est le pays qui accueille dans son championnat le plus de nationalité étrangère avec 67 nations représentées. A titre de comparaison, même la Premier League qui est pourtant un produit avec cette vocation atteint 57 nationalités différentes.

L’espace se réduit en Serie A et s’ouvre peu à l’étranger

En lien avec ces chiffres, le constat a été fait ces dernières années que les clubs italiens préfèrent parfois miser sur des joueurs étrangers à qualité parfois peu ou pas supérieure aux joueurs locaux mais à salaire moindre. En effet, le joueur italien formé dans son pays est souvent considéré comme trop coûteux par rapport à un brésilien arrivant en Europe et encore peu exigeant sur ses rémunérations. Par ailleurs, nombre de jeunes joueurs italiens de qualité sont utilisés comme monnaie d’échanges dans des deals entre clubs concernant parfois des tops joueurs de Serie A. A la pelle on peut compter ces dernières années les exemples de Zaniolo, Spinazzola, Pinamonti, Kean, Pellegrini ou encore Salcedo. En Serie A cette saison on peut compter 33 brésiliens, 27 argentins, 22 français et 21 espagnols.

L’objectif n’est pas de dire que les joueurs étrangers sont un fléau loin de là, mais que les clubs parfois semblent tomber dans la facilité, en privilégiant des recrutements moins coûteux à l’étranger est une vraie réalité depuis plusieurs années maintenant. Par ailleurs, on sait qu’historiquement les joueurs italiens ont du mal à s’imposer à l’étranger, ce qui rend parfois compliqué les envies d’exil ailleurs en Europe. Là encore les chiffres sont marquants puisque dans les tops championnats européens, l’Italie est le 28ème pays en matière d’exportation de joueurs avec seulement 3,5 joueurs au même niveau que l’Angleterre, loin derrière la France 26,8, le Brésil 22,6 ou encore l’Espagne 16,8. Là aussi l’objectif n’est pas de rendre idyllique l’exportation de joueurs à l’étranger, néanmoins la possibilité que cela offre aux italiens de se frotter à d’autres cultures et à d’autres footballs peut parfois être d’une grande utilité pour la Nazionale dans une compétition internationale.

Inquiétant pour la Nazionale ?

Les résultats de la Nazionale depuis 10 ans en dehors de l’escapade Conte à l’Euro 2016 pousse à faire un parallèle entre ces chiffres et les différents échec successifs avec comme point d’orgue la non-qualification au mondial 2018. A l’inverse, il est possible d’arguer que la France a été championne du monde avec un onze titulaire de joueurs évoluant quasiment tous à l’étranger. Cependant, les français évoluent tous dans des tops clubs européens et la Ligue 1 est structurellement trop faible pour garder ses meilleurs joueurs dans l’hexagone. En Italie, historiquement en prenant évidemment en compte l’arrêt Bosman, la Nazionale est forte si elle peut s’appuyer sur des joueurs titulaires dans ses tops clubs.

La tendance ces derniers temps à la Juventus, à l’AS Roma, à l’Atalanta et dans une moindre mesure à l’Inter et au Milan donne du grain à moudre à cette analyse. Roberto Mancini lors de sa prise de fonction a martelé ce message sur l’utilisation des joueurs italiens en Serie A en voulant donner sa chance aux jeunes tout en mettant en place un jeu agréable et moderne. Se pose évidemment aussi la question du niveau des joueurs dans la génération actuelle qui est incomparable qualitativement avec ses prédécesseurs. Pour conclure, faut-il s’inquiéter que ce soit Sassuolo qui donne le bon exemple quant à l’utilisation de joueurs italiens de qualité en Serie A ? La question est très vite répondue…

Matthieu Pianezze

Rédacteur



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