Serie A : La fuite des talents, un phénomène inquiétant ? – La faute à pas de sous (3/5)

Par Rafaele Graziano publié le 25 Sep 2021
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Les années 2000 touchant à leur fin, la Serie A n’est devenue, peu à peu, que l’ombre d’elle-même, entre coups durs et coups de génie, il devient difficile de situer l’Italie dans le panorama du football européen. Calciomio propose de passer au peigne fin le dernier mercato italien et, plus particulièrement, le départ de ses principaux talents. Aujourd’hui, dans ce troisième volet, la réponse à une question qui brûle les lèvres de tous les passionnés : pourquoi ?

À situation désespérée, mesures désespérées

Les chiffres sont clairs. Selon Calcio e Finanza, la Serie A a perdu 1% de sa valeur entre la fin de la saison 2020/21 et le coup d’envoi de la saison actuelle (bizarrement, sur cette même période, c’est la Premier League qui  bondit de cette même valeur). Si Calciomio parlait d’un été dévastateur dans le premier volet de ce dossier, le terme n’est donc pas tout à fait exagéré. Mais afin de comprendre le présent, il faut creuser dans le passé. Avant la razzia de ses fuoriclasse, la Serie A tente désespérément de recoller au top des ligues européennes. Coincée dans un univers exponentiel avec pour seule arme sa réputation, à défaut d’avoir de réels champions, elle investit et par conséquent, s’endette. Ainsi, sans résultats concrets (frôlés par la Juventus), les dettes accumulées par les clubs italiens ces dernières années les obligent à se déplacer à tâtons alors que le monde, lui, met le pied au plancher. Peu à peu, cette différence de régime se mue en un cercle vicieux. Si en cinq ans les dettes de la Serie A augmentent de 53% jusqu’à atteindre 4,7 milliards (150% du chiffre d’affaires), les recettes sur la même période n’augmentent que de 26%.

C’est sans surprise que l’on retrouve la Vieille Dame au sommet des clubs européens ayant le plus augmenté leurs dettes à long terme entre 2019 et 2020 (+140M€ tout de même). Dans cette spirale négative, Inter, Roma et Lazio ne sont pas épargnés, les Nerazzurri voyant le propriétaire Suning emprunter ci et là à des taux mirobolants, échelonner voire retarder les paiements (sur l’achat d’Hakimi par exemple), mettre en parenthèse les salaires (estimés à 4 mois sur la précédente saison) afin de renflouer les caisses – pile au moment où le projet sportif commençait à porter ses fruits. Dommage. Résultat : trois piliers sont partis. La Louve, elle, augmente son endettement de 94M€ depuis juin 2020.

L’argent appelle l’argent

En Italie comme ailleurs, tout est affaire d’argent, aussi du point de vue des joueurs et avec l’appui d’agents peu scrupuleux, la situation est limpide : il faut aller là où le vent mène. Donnarumma en voulait plus, l’AC Milan n’en pouvait plus – résultat, aucune plus-value sur celui qui a obtenu le titre de meilleur joueur de l’Euro 2020. Lukaku ne voulait pas partir mais en lui promettant plus du double de son salaire, son club de coeur Chelsea a finalement facilité la tâche au joueur et à l’Inter qui empoche un billet de plus de 110M€ au passage. Ronaldo dilapide les caisses de la Juventus depuis trois ans si bien qu’il représente tous frais confondus un coût total de plus de 250M€. Hakimi n’a même pas eu le choix et il ne s’en plaindra pas, un meilleur salaire pour s’entraîner avec Messi, Neymar ou Mbappé, tout comme le club milanais, il n’a pas sourcillé.

La Serie A était pourtant bien partie, avec plus d’audience internationales et des investissements privés, elle pensait pouvoir tenir le coup et puis la Covid est arrivée, les investissements sont devenus des problèmes à éviter, les recettes de billetterie et encaissements stadiers se sont évaporés, même les transmissions nationales sont touchées (Dazn et Sky se disputant les miettes). En fait, c’est au meilleur moment que le pire scénario possible s’est avéré. Évidemment, la crise économique des clubs italiens depuis 2010 n’a pas aidé, leur matelas n’étant pas assez épais pour affronter la crise sanitaire.

Serait-il temps pour l’Italie de permettre aux clubs de négocier leurs parts d’audience et de droits TV ? Si les dettes sont irréversibles, les prochaines doivent être (enfin) efficaces.

À lire ou relire dans le dossier « La fuite des talents, un phénomène alarmant ? » :

1- Un été dévastateur

2- Des conséquences inévitables

3- La faute à pas de sous

4- Et maintenant ? (à suivre)

Rafaele Graziano



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