Serie A : À vos marques, prêts… marquez !

Par Rafaele Graziano publié le 10 Nov 2020

En Italie on ne sait que défendre, en Italie il n’y a pas de spectacle, en Italie on ne joue que sur la tactique… On connaît la chanson, que de stéréotypes, que d’aberrations ! Des années durant, le Calcio s’est vu catalogué de championnat exclusivement « défensif », en partie à juste titre si l’on considère que l’on y trouvait les meilleurs défenseurs au monde, mais si le football se veut désormais plus offensif et prolifique, les mœurs ont indéniablement suivi la tendance de l’autre côté des Alpes si bien que non seulement l’Italie n’a rien à envier à ses concurrents, mais c’est même plutôt le contraire !

Vivier à Bomber

Difficile de suivre le pas dans un football asphyxié par la domination des monstres sacrés tels que Real Madrid et FC Barcelone, Ronaldo et Messi imposant un rythme effréné et intenable. Motif, sans doute, pour lequel on taxe les autres ligues de moins spectaculaires, pourtant il n’en est rien : la Serie A, c’est le championnat à 20 équipes le plus prolifique parmi les 5 ligues majeures sur ces 7 dernières années avec une moyenne de 2,72 buts par match – et oui, rien que ça. Elle ne trouve son égal qu’avec une Premier League ultra offensive où évoluent des ogres tels que Liverpool et Manchester City plus largement habitués aux scores fleuves et n’est battue que par une Bundesliga à 18 participants et nettement influencée par un Bayern tout simplement gargantuesque et survolant la compétition sans égal – pas mal pour un championnat défensif !

Si l’Italie fait face à une révolution bafouant tous les préjugés alors qu’elle subit la fuite massive de ses talents et l’effondrement financier de ses cadors (on pense à vous, Milan AC et Inter), c’est notamment de par l’avènement et l’hégémonie de nouveaux bomber – bien décidés à conduire une course aux buts frénétique et inlassable. Une révolution entamée aux abords des années 2010 avec d’abord un Di Natale qui ouvre la voie par 2 saisons consécutives à presque 30 buts, le géant suédois Ibrahimovic suivant le pas avec 28 buts (avec le dernier « grand Milan » en 2012) avant qu’El Matador Cavani ne se manifeste au monde entier avec ses 29 buts lors d’une saison 2012/13 symbolique puisqu’elle est la 1ère où l’on atteint (tout juste) la barre des 1 000 buts. Un seuil certes élevé mais qui n’a de cesse d’être dépassé depuis, à l’exception de l’année 2016 (marquée tout de même par le record d’un certain Pipita Higuain et de ses 36 buts) au point d’atteindre les 1 123 buts en 2017 – couronnant la Serie A au titre de championnat le plus prolifique d’Europe. Des chiffres inégalables que l’on pensait alors inégalables avant de longues années. C’était sans compter sur une rocambolesque saison 19/20, aussi étrange qu’explosive puisque théâtre d’affrontements littéralement dantesques : de goleadors d’une part avec des Immobile, Ronaldo, Ilicic ou Lukaku insatiables, et d’effectifs, d’autre part, avec des Laziali, des Milanesi mais surtout des Atalantini sensationnels, auteurs à eux-seuls de 94 réalisations – record.

C’était mieux avant…

Les nostalgiques exacerbés sont pourtant nombreux et n’ont de cesse de glorifier le passé, sans doute au gré de souvenirs, sans doute enjolivés, alimentés par le succès d’antan de leurs clubs respectifs. Au vu des récents événements, il est indéniable que les résultats du passé faisaient davantage la fierté d’une nation. Au début des années 2000 le Calcio était au sommet de son art, l’apogée d’une ère de domination forçant le respect et la crainte. Les meilleurs joueurs, les meilleurs tacticiens, les meilleurs arbitres… tout simplement le meilleur championnat ! Pourtant, marquait-on autant ? Non, la faute certainement à un football globalement plus concurrentiel et collectif qu’individuel et prolifique. Plus de buteurs mais moins de buts : de 1995 à 2005, le meilleur buteur était, à quelques exceptions près (Crespo, Batistuta, Toni) limité à 24 buts « seulement » mais avec, finalement, un ratio moyen de 2,60 buts/match, avoisinant ainsi les statistiques récentes si l’on considère que les acteurs n’étaient alors que 18 mais n’atteignant jamais la barre symbolique des 1 000 buts.

Si la mélancolie et le scepticisme gagne encore certains tifosi, ce que vit le football italien ces dernières saisons n’en n’est pas moins historique, et ça l’est d’autant plus depuis le Covid-19 : aucun autre championnat n’obtient de tels chiffres que ceux enregistrés par la Serie A post-confinement. La saison dernière, 256 rencontres se sont disputées avant l’interruption de la crise sanitaire, impliquant 746 buts et une moyenne de 2,91 buts/ match. Si les chiffres sont déjà impressionnants, après la reprise des hostilités, le Calcio se mue en un véritable champs de bataille : en comptant les 4 matchs de rattrapage de la 25ème journée, c’est 74 rencontres, 251 buts et une moyenne de 3,40 réalisations par match (une augmentation de 0,49 buts). Si les scores fleuves s’accumulent (Lecce 2-7 Atalanta), que les buteurs se lâchent (111 réalisations sont à attribuer aux seuls 4 premiers buteurs) et que les écarts se creusent, l’impression est celle d’une augmentation évidente du nombre de buts par match, par journée (record de 40 buts atteint par 2 fois entre la 22ème et la 28ème) et à fortiori, par saison. Des chiffres si faramineux que l’on imagine mal les ragazzi suivre le tempo cette saison, pourtant, la course aussitôt reprise que le rythme est déjà prodigieux : 241 réalisations en 70 matchs (1 but toutes les 26′ environ), alors, il est où le spectacle ?

 

Attention à ne pas tomber dans le piège des statistiques donc, puisque que tout le monde le sait, quantité ne veut pas dire qualité, mais la Serie A semble sur la bonne voie pour retrouver son charme d’antan, et si cela passait plutôt par les buts que par la recherche et la tactique, et si l’on pouvait même tout simplement tout combiner ? Peut-être est-il temps d’enterrer les préjugés et de laisser place au spectacle, le reste, on l’espère, suivra !

Rafaele Graziano



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