Sarri et la Juventus : bilan d’un mariage raté

Par Yacine Ouali publié le 10 Août 2020

Tout s’est déroulé en 24 heures. De l’élimination contre l’OL en C1 au licenciement de Sarri et à la nomination de Pirlo à sa place, la Juventus n’a pas fait dans l’émotion. Son mariage avec Maurizio Sarri s’est terminé comme il avait commencé : dans l’incompréhension.

Le péché originel du mercato

La saison dernière, Allegri quittait la Juventus à cause de désaccords sur le mercato : lui voulait une révolution de l’effectif, la Juventus est restée prudente. C’est dans cette atmosphère que Maurizio Sarri est arrivé, avec un effectif pas taillé à sa mesure, des recrues pas identifiables au premier abord au Sarrismo, et plusieurs faiblesses chez les latéraux, les milieux et le poste de buteur.

Ces problèmes mis l’un sur l’autre ont obligé Sarri à bricoler plutôt qu’à apporter le changement qu’il avait promis. Au début de la saison, l’entraîneur, ne faisant pas confiance à Higuain, a alterné entre le 4-3-1-2, avec Ramsey ou Bernardeschi en trequartista et Dybala et Ronaldo devant, et le 4-3-3 avec Dybala buteur. Peu probante, cette formation a laissé la place à un 4-3-3, avec soit Dybala en faux 9, soit un trio Higuain-Dybala-Ronaldo qui aura fait rêver, sans jamais devenir pérenne.

À la mi-saison, le bilan de Sarri était déjà mitigé, mais les bonnes performances en Champions League, alliées à de belles victoires contre l’Inter (2-1) et l’Atalanta (3-1) maintenaient l’espoir, et masquaient les faiblesses de l’effectif : un partenariat Bonucci – De Ligt balbutiant, Cuadrado replacé latéral droit par défaut, le problème de l’aile droite et du buteur toujours pas réglés.

Une relation difficile avec les joueurs

Ces dernières heures, des informations filtrent sur l’incompréhension entre Sarri et plusieurs de ses joueurs : Ronaldo, qui a vraisemblablement refusé de jouer avant-centre ; Chiellini, qui ne souscrivait pas à ses idées tactiques. Outre ces joueurs phares, la saison de Sarri a aussi été marquée par sa relation houleuse avec Emre Can et Mandzukic, partis en hiver.

Mais en plus du relationnel, Sarri a aussi eu du mal à transmettre sa vision tactique à un groupe de joueurs tellement habitué à gagner d’une manière que changer de style s’est révélé très difficile. Ne bénéficiant pas de l’aura d’un Zidane ou du palmarès d’un Guardiola, Sarri n’a pas convaincu l’effectif. La Juventus a ainsi continuellement proposé des copies indigestes cette saison, réussissant rarement à être constante sur la durée d’un match. Tactiquement, l’équipe a perdu la maîtrise défensive qui faisait son succès, et n’a pas réussi à trouver une identité offensive satisfaisante, ne trouvant jamais l’équilibre entre le jeu de possession et les restes des préceptes d’Allegri.

Le résultat a été sans appel : le Scudetto a été obtenu dans la douleur, la Supercoppa et la Coppa ont été perdues, et l’élimination en C1 contre l’OL peut s’assimiler à une faute professionnelle.

Un état d’esprit contraire au Stile Juve

Comme si les prestations moyennes ne suffisaient pas, la communication de Sarri a été loin des standards attendus de la part d’un entraîneur de la Juventus. Aussi mourant soit-il, le Stile Juve signifie encore quelque chose à Turin, mais Sarri ne l’a jamais intégré.

Ainsi, se dire heureux pour les joueurs du Napoli après la défaite de la Juventus à Naples n’est pas bien passé aux yeux des tifosi et de la direction. Justifier des défaites en pointant le manque de compréhension tactique des joueurs non plus. Après le match de Lyon, comparer la C1 à la Serie A en mentionnant que la Juventus serait première « aux points » a été critiqué.

Au fond, le bilan de Sarri à la Juventus est mitigé. Les tifosi le remercieront pour le Scudetto, objectif éternel, mais se souviendront aussi des plus de 40 buts encaissés en championnat (première depuis 10 ans), des deux défaites en finale de Supercoupe et de Coupe, et de l’élimination contre le 7ème de Ligue 1 en C1.

Maintenant que Sarri est parti, il ne reste plus qu’à souhaiter, pour lui et le calcio, qu’il retrouve rapidement un banc en Serie A, car l’Italie a besoin d’entraîneurs offensifs et qui osent.

Yacine Ouali



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