Sarri « alla » Allegri ?

Par Leo Carta publié le 18 Oct 2019

L’arrivée de Maurizio Sarri sur le banc de la Juve a pas mal secoué la planète foot cet été car l’interrogation est aussi grande que le défi qui s’impose à chacun : comment s’adapter à la machine Juventus et en même temps soumettre la Vieille Dame à ses idées ? Souvent présenté comme un entraîneur borné et obsédé par le « beau jeu », le plus célèbre chiqueur de filtre d’Italie étonne en révisant des gimmicks qu’il teinte d’Allegrismo.

L’HÉRITAGE

Souvent présenté comme un dogmatique, Sarri a accueilli l’héritage d’Allegri avec le plus grand respect et réfute toute révolution. Conscient que la rupture peut être brutale, il préfère s’inscrire dès le départ dans le sillage du Livournais, notamment sur la gestion de l’effectif. En effet, à la manière de Max les nouveaux sont intégrés petit à petit : Rabiot et Ramsey n’ont par exemple disputé que 200 minutes chacun depuis le début de la saison quand Demiral n’en a toujours que 90 au compteur. Seul De Ligt s’est retrouvé titularisé dès la deuxième journée de Serie A après la malheureuse blessure du capitaine Chiellini. Dans ce groupe imposant, en quantité comme en qualité, contenter tout le monde n’est donc pas chose aisée et certains se montraient inquiets à l’arrivée d’un Sarri soit-disant peu adepte du turn over. Or le 11 de départ à déjà été revu plusieurs fois depuis le début de la saison : à la faveur des blessures certes (Chiellini, Douglas Costa, De Sciglio…) mais aussi des match de Ligue des Champions (Dybala, Demira, Ramsey et Bentancur sont, par exemple, titularisés pour la première fois après l’Atletico). Maurice est visiblement un homme nouveau.

GOODFELLAS

Mais l’élément le plus marquant reste l’utilisation de deux joueurs cadres de l’équipe d’Allegri, Matuidi et Khedira, que de nombreux tifosi bianconeri voudraient voir ailleurs mais que Sarri ne cesse d’encenser. C’est simple, les deux joueurs ont été titularisés 6 fois sur 9 depuis le début de la saison et ont disputé tous les chocs : contre le Napoli, l’Atletico et l’Inter lors de la précédente journée. Indispensables à la méthode Allegri, les deux milieux se montrent tout aussi précieux dans un système que beaucoup pensaient contraires à leurs caractéristiques. Khedira, en forme, permet à l’équipe de trouver un équilibre. Il compense bien souvent, par son positionnement, les petits défauts dans les transitions. Matuidi, lui, est l’homme de tous les combats. Moins à l’aise techniquement, il trouve toujours le moyen d’être incontournable (en se réinventant latéral gauche par exemple). Une trouvaille que Max n’aurait pas boudé.

THE MALBORO MAN

Bien que le spectre d’Allegri plane encore sur cette équipe, force est de noter les prémices du Sarrismo sur le jeu de la Juve : l’équipe ne défend plus en reculant mais bien vers l’avant ; les touches de balles sont limités et les échanges plus rapides ; le travail de schémas fixes (abandonnés depuis le départ de Conte) ont repris et permis de remettre du rythme dans la circulation de balle. Une difficulté récurrente des derniers mois de l’ère allégrienne que le Livournais avait essayé de compenser en réinventant Dybala à un poste de tuttocampista, sans succès… Une idée pourtant reprise par Sarri qui laisse également la Joya libre de ses mouvements. Un rôle dans lequel Paulo semble s’épanouir à présent. Carl es difficultés qu’il rencontrait la saison dernière résidaient principalement dans le non-jeu pratiqué par l’équipe. Un problème aujourd’hui corrigé par les propositions de Sarri qui a complètement relancé l’activité du milieu de terrain en responsabilisant davantage Pjanic et demandant des mezzale plus actives entre les lignes, ce qui libère aujourd’hui Dybala du fardeau que représente la construction du jeu. Résultat, l’Argentin semble plus à l’aise et rejoue (enfin) au foot. Un bonheur.

L’influence toujours vive d’Allegri représente aujourd’hui un passage de témoin naturel. Comme l’avait fait Max en reprenant intelligemment l’héritage d’Antonio Conte en 2014, Sarri prouve qu’il est avant tout un tacticien prudent et réfléchi, insoumis à la pression des médias et des tifosi. Il prend son temps et attend son heure. Car la route est encore longue mais le chemin tout tracé. Le futur n’attend que lui.

Leo Carta

Rédacteur Juventus



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