Saponara : passage à l’ennemi

Par Michaël Magi publié le 01 Sep 2019

Deux jours auront suffi pour régler l’affaire au début du mois d’août et convaincre Riccardo Saponara de s’engager avec le Genoa, après avoir passé une saison tumultueuse chez l’irréductible ennemi doriano. Bien moins de temps, comme on s’en doute, pour déchainer les passions tristes des tifosi blucerchiati. Retour sur l’une des grosses polémiques de l’été…

Le choix de la raison

« Je m’attendais à ce type de réactions », confessait Saponara, peu avant de parapher son engagement avec le Genoa et après avoir récolté en quelques heures un tsunami d’insultes. « Je comprends l’amertume des tifosi doriani, poursuivait-il, mais nous savons comment le football fonctionne aujourd’hui. Je suis un professionnel et je donnerai le meilleur de moi-même sous les couleurs rossoblù. Un nouveau chapitre s’ouvre. A cette étape précise de ma carrière, signer ici était la meilleure opportunité pour moi. » Comment donner tort à un joueur qui se retrouvait à nouveau mis de côté à Florence et pour qui les prétendants ne se bousculaient pas au portillon, à l’exception du promu Lecce ?

« Traitre, homme de peu d’honneur, mercenaire » : tels sont les qualificatifs injustement utilisés par certains tifosi de la Samp, à l’annonce de ce passage estival à l’ennemi. Autant de réactions disproportionnées qui traduisent une crise de dépit amoureux. Car si Saponara n’a pas réussi à convaincre la Direction doriana de lever l’option d’achat qui était assortie à son prêt – la faute à des blessures jugées trop récurrentes – le joueur s’était indubitablement fait une place dans les coeurs blucerchiati. A la faveur de performances de choix : contre le Napoli au Marassi, ou il fut étincelant pendant 37 minutes avant de céder sa place sur blessure ; à San Siro, contre le Milan, où malgré la défaite, il marqua un but de classe et délivra une passe décisive mémorable à Quagliarella. A l’Olimpico, bien sûr, où il inscrivit le but de l’égalisation contre la Lazio, d’une aile de pigeon aérienne, avant d’aller célébrer son exploit, moitié nu, dans les bras d’ultras déchainés, massés dans un coin de curva.

Un talent rare mais intermittent

Le natif de Forlì suscite l’attachement, presque partout où il passe. Sans doute parce qu’à 27 ans, sa carrière ne se situe pas encore à la hauteur de son talent. Parce que lorsque son physique ne le lâche pas, il est de ces joueurs qui cherchent sans cesse à casser des lignes. Parce qu’il possède la qualité rare de porter d’instinct le jeu là où il se développe le mieux. Il ne serait pas étonnant, en conséquence, que les genoani oublient vite son passé. Les doriani vitupèreront, sans indulgence à l’égard d’un joueur qui aspire logiquement à jouer et à qui l’on ne peut décemment demander, sous prétexte de fidélité, de faire banquette une année entière ou de jouer dans un effectif de seconde zone… Le Genoa s’est considérablement renforcé cette saison, avec l’arrivée d’un entraineur de qualité et de renforts significatifs (Schöne, Zapata, Pinamonti…). Il est logique qu’il saisisse pleinement l’opportunité.

L’aventure avait bien commencé : « Les sensations sont bonnes. Je me sens bien dans le groupe. Je connaissais les principes d’Andreazzoli et je ne suis pas surpris. Les mouvements sont variés. Mon positionnement sera assez libre. » Illustration dès le premier match officiel, contre Imolese en Coppa Italia, durant lequel Ricky garnit son capital confiance en inscrivant un but de renard des surfaces, dès la 24ème minute. 4 minutes plus tard, les démons resurgissent pourtant : touché aux ischio-jambiers, l’intermittent trequartista cède sa place. Les supporters doriani ont le bon goût de ne pas s’en réjouir. Toujours est-il que Saponara a manqué le coup d’envoi de la Serie A (match nul héroïque contre la Roma) et qu’il ne pourra vraisemblablement pas se venger, ce dimanche, d’une Fiorentina qui ne croit pas en lui. Andreazzoli reste serein. « La blessure, dit-il, est à mettre sur le compte de la préparation intensive ». Saponara conserve tous ses jokers et sera le trequartista attitré d’un 4-3-1-2 – que l’on devrait voir plus souvent que le 3-5-2 bricolé de la première journée. Si tout va bien, l’ennemi l’aimera…

Michaël Magi



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