Rugani, la mécanique enrayée

Par Matteo Pogliani publié le 23 Nov 2018

Daniele Rugani, 24 ans, italien, 1m90, beau gosse, gendre parfait. Daniele Rugani, international italien, défenseur central de la Vielle Dame, joueur imparfait en pleine stagnation. Bref résumé, certes à raccourci facile, et pourtant pas totalement erroné. Une mécanique qui s’est enrayée en pleine ascension.

Démarrage en côte réussi

Le natif de Sesto di Moriano n’a pour l’instant endossé que deux maillots, successivement ceux d’Empoli et de la Juventus. Des va-et-viens entre les deux écuries se sont succédés dès la Primavera, mais c’est en Toscane en Serie B que Daniele prend réellement son envol. Une saison 2013-2014 en tant que titulaire,  sans jamais être remplacé, seulement absent lorsqu’il était appelé en équipe nationale, c’est ce qu’on appelle un socle dur d’une défense et d’un effectif. Dans la série cadette, Ruga jouait justement du haut de ses 1m90, la tête haute, l’intelligence dans le placement et l’interception, de quoi déjà attirer le regard de la Vieille Dame qui régnait en Serie A.

La montée actée, sous les rennes d’un Maurizio Sarri entreprenant dans le jeu, Rugani devient carrément l’un des piliers de la formation toscane la saison suivante, sous les projecteurs de tout le monde. Un statut qu’il semble assumer journée après journée, encore une fois titulaire indiscutable et irremplaçable. Un jour nouveau Nesta, le lendemain nouveau Cannavaro, les comparaisons ne semblent pas l’arrêter, si bien que durant le mercato hivernal de cette saison 2014-2015, Daniele signe à la Juventus pour la saison suivante, restant en prêt jusqu’à la fin de l’exercice en cours du côté d’Empoli. Sans pour autant brûler les étapes, le jeune international italien n’a pas perdu de temps pour s’affirmer dans l’échiquier des défenseurs centraux. Un transfert qui ressemble à une méritée promotion personnelle et professionnelle.

Retour au point mort

Tout semblait se dérouler comme prévu pour Rugani  une arrivée à la Juventus en tant que jeune prometteur prêt à renverser la hiérarchie en place, prêt à faire asseoir les sénateurs de la BBC sur le banc. En tout cas, côté tifosi, tous en étaient convaincus. Et pourtant, force est de constater que plus les minutes hors du terrain passent, plus l’enchantement autour du jeune défenseur central semble s’estomper. Si c’est deux premières saisons restent correctes, l’actuel exercice semble être celui de trop. Moins de 30 apparitions depuis son arrivée. Un actif trop peu important pour asseoir une quelconque crédibilité. Qui plus est lorsque ces prestations ne marquent pas les esprits. Et c’est peut-être dans ce détail que peuvent se trouver toutes les explications de ce désenchantement.

Bref, deux saisons et demi plus tard, les conclusions sont difficiles à tirer : Daniele semble avoir de moins en moins le niveau pour évoluer dans les rangs de la Vieille Dame. Trop mou sur l’homme et trop peu caractériel, il évolue à des années lumières de son capitaine. Techniquement pas encore au point, notamment du pied gauche, et trop peu inspiré à la relance, il n’apporte pas de plus en terme de construction comme LB19. Sur les talons et en retard à l’anticipation, il n’apporte pas le pressing d’un Benatia. Force est donc de constater que Rugani n’excelle vraisemblablement sous aucun aspect, ce qui explique pourquoi il s’écarte de plus en plus des plans de Max Allegri.

Start & stop et point de patinage

Il manque donc quelque chose dans le jeu de Rugani pour véritablement s’imposer. Si bien que la patience de la direction turinoise semble avoir trouvé ses limites. Nul doute que les oreilles de Daniele vont siffler à nouveau lors des deux prochains sessions mercato. Tantôt envoyé en Italie (par exemple du côté rossonero) tantôt à l’étranger (pour rejoindre son ex entraîneur Sarri), tout semble mener à un départ prochain du jeune défenseur central. Et si le plus difficile était finalement à venir ? En effet, si un tel départ devait être acté, Daniele se retrouverait dans la situation où l’erreur de parcours n’est pas permise, d’autant que sa place en équipe nationale est elle aussi de plus en plus remise en question de par son manque de temps de jeu. Tomber dans l’anonymat n’est pas une option, le bon choix de carrière est lui indispensable. Les refus catégoriques à son transfert l’été dernier restent tout de même une belle preuve que la Vieille Dame mise encore sur lui. Mais nul doute que cette saison représente sa dernière chance de confirmer. Nouveau départ ou redémarrage, dans les deux cas, la machine doit se remettre en route et au plus vite car le temps perdu ne se rattrape plus.

Matteo Pogliani

Rédacteur



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