Réforme de la Champions League : ce que gagneraient/perdraient Agnelli et la Juventus

Par Hugo Ledroit publié le 16 Avr 2019

Le serpent de mer couvait depuis longtemps et a sorti la tête de l’eau il y a environ un an lorsque le président de la Juventus et de l’ECA (association qui regroupe les clubs les plus puissants d’Europe) Andrea Agnelli songeait à réformer la plus belle des compétitions européennes. Depuis le mois dernier et une réunion au sommet au siège de l’UEFA à Nyon en Suisse entre Ceferin et les seigneurs du continent, le projet s’est concrétisé et se dirige alors vers un bouleversement total du football européen…Qu’est-ce qui pourrait changer pour la Juventus et son président Agnelli ?

Des rentrées financières en plus…et davantage d’émotions ?

Voici le nouveau format qui devrait voir le jour lors de la saisons 2023/2024 : 32 équipes, 4 poules de 8 équipes, les 6 premiers de chaque poule restent pour l’édition suivante, les 2 derniers de chaque poule relégués et remplacés par les 4 1/2 finalistes de l’Europa League plus les 4 champions de ligues « mineures ». La premier constat est que le championnat national ne permet plus de se qualifier pour la C1 puisqu’il faudra terminer dans les 6 premiers de poule ou atteindre les 1/2 finales de la C3 pour se qualifier. La Serie A par exemple servira juste à se qualifier pour l’Europa League qui peut être un chemin pour atteindre cette super league déguisée. L’objectif d’une telle réforme est bien sur d’accroitre encore plus les rentrées financières des clubs avec des droits télés qui augmenteront de 40 à 50% par rapport à ceux qui sont actuellement en vigueur en Champions. Andrea Agnelli, qui mène ce projet de refonte de la Coupe d’Europe, vise toujours pour sa Juventus en terme de Business. La Vieille Dame, avec le Juventus Stadium en 2011, le changement de logo en 2017 et la venue de la star mondiale Cristiano Ronaldo, prend de plus en plus d’envergure sportivement mais aussi au niveau du marketing. Après avoir révolutionner la Juventus, Agnelli s’apprête donc à révolutionner le football européen. Derrière le business se cache aussi une volonté sportive. En avril 2018, Giorgio Chiellini avait déclaré : « Je rêve de pouvoir jouer un jour dans une super league européenne…Les tifosi veulent voir des Juventus-Liverpool toutes les semaines… ». Une déclaration qui va bien évidemment dans le contexte du Calcio avec une Juventus qui a remporté les sept derniers scudetti. Les bianconeri en auraient-ils donc assez des matches « sans enjeu » de Serie A et souhaiteraient plus d’émotions avec plus de « grands matches » ? Mais quel tifoso n’a pas ressenti la peur le 23 avril 2018 après le but de Koulibaly avec le Napoli avant de connaître le bonheur après le but de Gonzalo Higuain contre l’Inter une semaine plus tard ?

L’occasion de faire évoluer les jeunes en Serie A ?

Suite à la nouvelle Champions, les équipes auront alors 14 journées en phase de poule. Les semaines seront chargés et surtout consacrés à la C1, source de maintien au plus haut niveau européen. Avec les rentrées financières en plus, la Juventus pourrait aligner une équipe bis pour la Serie A dotée notamment de jeunes. Et oui, il faut voir également le point positif de ce changement total du paysage footballistique européen. La Juventus, souvent considérée comme un club qui ne donne pas assez de chance à ses jeunes pousses italiennes, pourra le week-end faire évoluer ses talents prometteurs pour faire bien évidemment bénéficier la Nazionale. Mais est-ce que cela sera suffisant pour les faire progresser sachant que le fossé entre le championnat italien et la Champions sera encore plus important qu’actuellement ? Surtout est-ce que les tifosi de la Juventus accepteront de considérer la Serie A comme un laboratoire pour les jeunes bianconeri ?

Un changement total de paradigme pour la Juventus ?

Si la réforme venait à voir définitivement le jour, la Juventus serait dans l’obligation de privilégier la C1 en raison de la multiplication des matches mais aussi parce que cela sera le seul moyen de préserver sa place en Champions en arrivant dans les six premiers de son groupe. Un changement total de paradigme pour la fidanzata d’Italia qui historiquement fait toujours de la Serie A sa priorité. Idem du côté des tifosi bianconeri, être champion d’Italie reste la consécration de la domination nationale de leur club sur ses plus grands rivaux l’Inter et le Milan notamment. La Juventus a bâti également sa légende sur ses nombreux titres nationaux gagnés tout au long de son histoire (34 scudetti et 13 Coppe). Privilégier la Champions au détriment de la Serie A signifierait quelque part laisser au second plan les titres nationaux par conséquent gagner moins de titres…Quelque chose d’acceptable pour les tifosi tant on connaît la culture de la gagne qui caractérise ce club ? Ne l’appelle-t-on pas justement la Fidanzata d’Italia pour l’amour qu’elle véhicule à travers toute l’Italie ainsi que pour ses conquêtes nationales ?

Hugo Ledroit



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