Ranieri a-t-il perdu la flamme?

Par Julien Picard publié le 09 Fév 2019

Ce 1er mai 2016, pour le compte de la 36e journée, Manchester United reçoit Leicester, pour un match décisif qui peut couronner les Foxes de Claudio Ranieri. L’improbable est en passe de devenir réalité et les journaux du monde entier s’apprêtent à boucler leurs articles sur la fabuleuse success story de ce club du milieu de l’Angleterre, pas programmé pour jouer les premiers rôles.

Mais la délivrance ne vient pas, la faute à un match nul 1-1. Il faut attendre le déplacement de Tottenham à Stamford Bridge, le lendemain. Les joueurs se rendent chez Jamie Vardy pour le visionner. Le match nul des Spurs rend la nouvelle officielle : ce lundi 2 mai 2016 à 23h, Leicester est champion d’Angleterre. Chez Vardy, tous les acteurs de cet exploit sont présents. Tous ? Seul un manque à l’appel, le principal artisan, Claudio Ranieri, de retour d’un déjeuner avec sa mère en Italie, et dans l’avion au moment de l’annonce. Pas programmé pour être champion, lui non plus.

Cet après-midi le Mister retrouve Manchester United. La situation elle n’est plus la même. Après un intermède à Nantes, le voici à présent entraîneur de Fulham, pour relever un nouveau challenge, dans la lignée de ses dernières années. Si on reconnaît la valeur d’un entraîneur par les défis qu’il relève avec ses équipes, Ranieri fait définitivement partie des grands. Il n’a plus rien à prouver. Dès lors, reviendra-t-il un jour dans un grand club ?

A la recherche du déclic

Quand Claudio Ranieri arrive le 14 novembre, Fulham est dernier. 3 mois plus tard, ils sont 19e, à 6 points de la lanterne rouge Huddersfield, et à 7 points de Burnley, premier non relégable. Objectif maintien, comme à Parma en 2007. Si avec Leicester il n’avait pas un effectif taillé pour le devant de la scène, avec Fulham il n’a pas non plus un effectif censé lutter en bas de tableau: Mitrovic, Babel, Seri étaient titulaires samedi dernier, tandis que Vietto ou encore Ryan Sessegnon étaient sur le banc. La gestion de ce dernier fait d’ailleurs grincer des dents du côté des supporters, qui jugent par ailleurs que l’équipe ne progresse pas. Pour reprendre les impressions générales, désormais avec Ranieri, ça joue moins bien et ça ne gagne toujours pas. En 2019, le bilan est de 4 défaites et 1 victoire, et ce n’est pas la venue des Red Devils qui est de nature à rassurer.

De manière surprenante, Fulham possède de loin la pire défense de Premier League, avec plus de deux buts encaissés par match en moyenne. Derrière, le technicien italien tâtonne et alterne entre défense à trois ou à quatre, sans trouver de stabilité, signe qu’il peine à apposer sa patte tactique. En contrepartie, il apparaît en formidable manager, prêt à transmettre sa motivation, toujours positif dans son discours, que ce soient pendant les matchs, en conférence de presse ou dans les vestiaires. Le comportement et l’attitude sur le terrain l’obnubilent, en atteste sa première réponse dans sa conférence presse de jeudi, synthèse de sa philosophie : « nous avons besoin de soldats, nous aurons besoin de nous battre jusqu’au bout ». Car « refuser de se battre, c’est perdre avant de jouer ». Mais, seul, ce discours ne suffira pas. Il doit s’accompagner de solutions sur le terrain. Mais Ranieri en a-t-il encore ou ne parvient-il pas à se renouveler ? Ces dernières expériences tendent à aller dans ce sens.

 

Les limites de sa méthode

Le conte de fées à Leicester avait tout d’abord pris brutalement fin ; suite au titre, le club errait comme une âme en peine, secoué de toutes parts par des bruits internes, par le départ de Kanté. La rançon du succès. La méthode Ranieri a fini par lasser. L’arrivée de son remplaçant a revigoré un effectif usé.

Six mois plus tard, le revoilà du côté de Nantes, de retour en France, quatre ans après un départ de Monaco déjà confus. Alors que sa première partie de saison du côté de la Beaujoire était réussie, la suite s’avéra plus compliquée, et les Jaunes sont rentrés dans le rang, terminant à la 9e position. Si Ranieri est parti, les différends avec son président Waldemar Kita n’y sont pas étrangers, ce dernier lui reprochant de trop protéger ses joueurs d’une part, et remettant en question son coaching d’autre part. Son obsession tactique, ses choix de joueurs (Djidji latéral, Rongier en 10) et le spectacle proposé, ont également eu raison de lui, à en croire les joueurs, les supporters et autres adeptes du jeu à la nantaise. Tous faisaient le constat d’une forme de lassitude.

Opportunité manquée

Dans le même temps, le Romain est passé tout près de se faire offrir le poste de sélectionneur de la Nazionale, finalement dévolu à Mancini. Un poste qui lui aurait surement permis de terminer sa carrière en apothéose. Mais aurait-il réussi ? Aurait-il tenu ? Il faut le rappeler : aussi bon technicien soit-il, Claudio Ranieri n’est jamais resté plus de deux saisons sur un banc depuis son départ de Chelsea en 2004 ; il a découvert 9 bancs entre temps, des prestigieux, des moins prestigieux, pour un seul titre de champion, avec Leicester. A 67 ans, difficile de prédire la suite de sa carrière. Le reverra-t-on un jour au plus haut niveau ? Son dogmatisme et ses préceptes tactiques ancrés lui jouent sûrement des tours dans le football d’aujourd’hui où le pragmatisme est roi et le jeu de transition érigé en valeur sacro-sainte. Expert en miracle et en redressement de situations désespérées, Ranieri est-il cependant encore assez inspiré pour maintenir une équipe au plus haut niveau, la faire jouer et la faire gagner ? C’est moins sûr. Reste qu’il ne faut jamais l’enterrer et qu’il ne faudra pas s’étonner si les Cottagers jouent un mauvais tour aux hommes de Solskjaer cet après-midi. Car il n’est pas programmé pour être relégué non plus, Mister Ranieri.

Julien Picard



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