Quelle saison 2019-2020 pour la Juventus ?

Par Yacine Ouali publié le 29 Avr 2019

Pour la première fois en cinq ans, il est possible de dire que la saison de la Juventus restera dans les mémoires plus pour ses échecs que ses réussites. Jusqu’à l’été dernier, le bilan d’Allegri à Turin était en effet quasi parfait. 4 Scudetti, 4 Coppa, deux finales de Champions League, deux éliminations contre des favoris en 2016 et 2018 (Bayern et Real) à chaque fois en se faisant flouer par l’arbitrage. Cette saison toutefois, le bilan est plus mitigé. Le championnat a certes été survolé, mais l’élimination dès les quarts de la Coppa a fait tâche, de même que la campagne européenne plus que poussive (deux défaites en poules, une qualification in extremis contre l’Atletico, une élimination contre un Ajax supposé moins fort avec le retour à domicile).

Depuis 2015, les étés turinois avaient donc plus été ceux de la continuité qu’autre chose. Lors de l’intersaison à venir, il faudra passer à la remise en question. Allegri est-il toujours le meilleur entraîneur possible pour cette Juve ? Faut-il tout changer dans le staff médical ? Certains indiscutables doivent-ils prendre la porte ? Et la question la plus importante : faut-il changer de style de jeu ?

La question du recrutement

Il est clair qu’avec l’effectif actuel, la Juventus ne peut prétendre à la victoire finale en Champions League. Que ce soit De Sciglio, Rugani, Bonucci, Alex Sandro, Khedira, Cuadrado, et peut-être même Mandzukic… Trop de joueurs n’ont pas été au niveau cette saison.

L’arrivée d’Aaron Ramsey déjà bouclée, Fabio Paratici doit désormais se tourner vers d’autres possibilités. Les rumeurs pointent toutes, en défense, vers le romain Kostas Manolas, le génois Cristian Romero et le lisboète du Benfica Ruben Dias. Ces options sont viables, même si elles ne représentent pas la meilleure solution possible. En effet, quid de De Ligt ? Le défenseur de l’Ajax, véritable révélation et roc de la défense ajacide cette saison, est également pisté par le FC Barcelone, où son coéquipier Frenkie de Jong est déjà assuré de jouer la saison prochaine. Les rumeurs à son sujet sont pour l’instant divergentes, entre une attirance du joueur pour le Barça et l’idée de rejoindre De Jong, et le fait que Mino Raiola, son agent, cultive depuis longtemps des liens privilégiés avec la Juve. Quoiqu’il en soit, les turinois devront se renforcer cet été en défense. Sur les côtés, si Cancelo et Spinazzola semblent être les titulaires indiscutables pour l’automne prochain, la question de leurs doublures reste épineuse. Sandro peut éventuellement revenir à son meilleur niveau, mais De Sciglio paraît avoir atteint son plafond de verre, et doit être remplacé par une meilleure option (que Darmian n’est pas).

Au milieu, le chantier est de même important, surtout lorsqu’on le compare à celui de 2015, année depuis laquelle la Juventus n’a fait que régresser dans le domaine.

Pjanic, Matuidi, Can et Bentancur devraient rester. Avec le départ de Khedira de plus en probable et l’arrivée de Ramsey, l’état-major de la Vieille dame va devoir se concentrer sur une ou deux options. Rakitic, plus en odeur de sainteté au Barça ? Ndombelé, la révélation lyonnaise ? Verratti, le serpent de mer parisien ? Au bout du compte, il n’y a que l’attaque où, sauf un éventuel remplacement de Mandzukic, la Juve devrait conserver tous ses joueurs.

Que faire d’Allegri et de son staff ?

Même si Allegri était remercié à la fin de saison par la Juventus, très peu de (meilleures) options sont disponibles sur le marché. Tout se dirige vers, au minimum, une année supplémentaire du toscan. Ceci étant dit, la question du staff est plus épineuse. Cette saison comme les autres, la Juventus arrive toujours aux mois de mars et d’avril avec une infirmerie parfois de qualité supérieure au onze aligné sur le terrain. Si la Juve veut enfin croire à la Champions League, il lui faudra résoudre ce problème, que les autres ogres (Real, Barça, Liverpool, dans une moindre mesure City et le Bayern) n’ont jamais à ce moment de la saison.

Le sujet primordial du style de jeu

Personne ne saura probablement jamais si la régression turinoise aperçue dans le jeu cette saison est dueà l’arrivée de Ronaldo. Il est possible qu’Allegri, obnubilé par la volonté de mettre le portugais dans les meilleures conditions, ait sacrifié une partie de ses préceptes pour concentrer le jeu sur lui, comme le critique Daniele Adani, chroniqueur de la Sky.

Loin est le temps où la Juve, en 2015 ou en 2017, pouvait regarder le Real et le Barça dans les yeux, et même se permettre de les dominer par moments. Cette saison, la Vieille dame s’est trop souvent contentée d’un jeu minimaliste suffisant en championnat mais trop court pour lui permettre d’accrocher l’Europe. En vue de la saison prochaine, il faudra espérer qu’Allegri (ou un autre entraîneur) décide de mieux profiter de l’effectif à disposition en jouant mieux, en faisant monter le bloc d’au moins 20 mètres, et en privilégiant la domination à la gestion.

L’heure est venue pour la Juventus de s’assumer telle qu’elle se décrit elle-même. Une grande équipe ne s’adapte jamais aux autres, ne les attend jamais dans sa moitié de terrain ni ne gère jamais un avantage qu’elle peut aggraver ; non, une grande équipe domine. Elle avance, elle écrase, elle étouffe, elle presse et ne laisse aucun répit. Elle gagne par sa propre réussite, nonpar les erreurs des autres.

Le problème à résoudre en vue de la saison prochaine est donc multiple pour la Juventus. Entre un recrutement à revoir, un staff médical à renvoyer ou du moins à réformer, et un style de jeu à diamétralement changer pour espérer rivaliser avec les mastodontes espagnols ou anglais, le chantier est grand. La Juventus en est capable. À elle de s’en convaincre et, enfin, de vaincre le signe indien.

Yacine Ouali



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