L’Atalanta mène sa barque à bon port

Par Pierrick Dujardin publié le 26 Nov 2017

Aussi fantasque que passionnant, le football italien nous réserve toujours son lot de surprises. Dominé depuis quelques années par les ogres que sont l’Inter, le Milan AC, le Napoli, l’AS Roma et évidemment la Juventus, un Petit Poucet des temps modernes s’apprête à bousculer la hiérarchie pour lui aussi affirmer son rang, et ce malgré le fossé qui le sépare des équipes citées précédemment. Ce club, dont l’amour des tifosi contraste avec les quelques 21 300 places de son enceinte, n’est autre que l’Atalanta. Pensionnaire de Serie B il y a encore quelques années, la Dea est devenu en peu de temps un club remarquable, capable de faire couler une « grande » écurie telle qu’Everton en leur mettant 8 buts en seulement deux rencontres ! Obligé de disputer ses matchs européens chez le voisin Sassuolo, le club nerazzurro fascine tant par sa modestie que par son ambition, cruciale en vue de faire de faire passer le 4ème de la saison 2016-2017 au niveau supérieur. Les Bergamaschi voient grand ; et ils ont raison.

Merci Percassi !

Une telle évolution n’aurait pu voir le jour sans la passion et l’investissement d’un homme : Antonio Percassi. Entrepreneur à succès, l’Italien n’a ni la folie d’un Zamparini ou la verve d’un Ferrero. Pourtant, personne ne pourra lui enlever son respect pour l’Atalanta ; club qui lui permit de débuter sa brève carrière de footballeur en 1970 et dans lequel il joua 8 saisons. Après une courte pige à la tête du club dans les années 90, Percassi rachète définitivement le club, alors pensionnaire de Serie B, en 2010. L’année suivante, la Dea remporte le championnat et accède à l’élite. Malgré une certaine difficulté à se démarquer du milieu de tableau, les Bergamaschi parviennent tant bien que mal à rester en Serie A. Percassi n’est pas un de ces beaux parleurs aussi médiatiques qu’irresponsables. Valoriser le centre de formation, investir de manière juste et raisonnée, faire grandir des jeunes dont le sérieux n’a d’égal que le talent : tels sont les maîtres mots du président bergamasque. Le moins que le puisse dire, c’est que la récente 4ème place décrochée par les hommes de Gasperini, meilleur classement du club dans toute son histoire, et de surcroit sa qualification en 16ème de finale d’Europa League n’est que la suite logique d’un projet qui fonctionne.

Percassi serrant la main de Bocia, leader de la Curva Nord. Image d’un président proche des Tifosi.

Un potentiel sportif évident

Inutile de parler de succès sportif sans évoquer le fondement même du jeu développé par l’Atalanta depuis l’arrivé de Gasperini, fraichement débarqué du Genoa en 2016. La force ? ce 3-5-2 qui va comme un gant à cet effectif doté de talents précoces (Timothy Castagne et Andrea Petagna pour ne citer qu’eux) et de guerriers d’expérience (Masiello et bien entendu Papu Gomez), capable de canaliser les jeunes espoirs du club tout en menant le bateau bergamasque à bon port. Ne vous laissez pas tromper par les défaillances du club en championnat : la Dea n’a pas perdu cette solidité défensive alliée à une lucidité redoutable devant le but ; qualités ayant permis au club de connaître ses récents succès aussi bien sur le plan national qu’international. Malgré les départs importants connus lors du dernier mercato en date et la petite « folie » financière concernant l’achat de Marten de Roon pour 13,5 millions d’euros, les dirigeants ont eu la lucidité de conserver les mêmes principes qui leur ont permis, et leur permettront sans doute, de faire grandir le club sans renier sa culture si particulière.

Bryan Cristante : espoir déchu en pleine renaissance (7 buts en 16 matchs toutes compétitions confondues).

Des atouts dignes d’un grand club

Car oui, l’Atlanta est l’exemple parfait de l’équipe qui malgré le peu de places en tribunes détient toutes les caractéristiques du « grand » club. Le premier atout constitue l’achat définitif du Stadio Atleti Azzurri d’Italia, lui permettant de rentrer dans le cercle privilégié des institutions détenant son enceinte. Preuve une nouvelle fois de la sérénité économique traversée par la Dea, elle l’est également du respect des dirigeants pour la culture même du club. À l’heure où de nombreuses formations sont prêtes à dépenser des sommes astronomiques pour construire un nouveau stade, Percassi lui a préféré miser sur une série de travaux en vue de redonner un coup de neuf au lieu de rendez-vous privilégié par les populaires tifosi nerazzurri. Parler de l’Atalanta, c’est parler de sa fameuse Curva Nord ; une analyse sur la solidité du projet en place serait incomplète sans mettre en avant la culture Ultra menée d’une main de mettre depuis de nombreuses années par leur chef de toujours Claudio Galimberti dit « Bocia ». Plus généralement, la culture tifosi à Bergame constitue une force en ce sens qu’elle donne un véritable crédit au club dans le milieu footballistique. En d’autres termes, l’Atalanta est un vrai club populaire, doté d’une histoire propre et d’un amour du maillot sans faille.

La ferveur des Tifosi n’a pas de limite. Vidéo captée lors du match Everton-Atalanta.

Ainsi, la révolution bergamasque est en marche. Ce projet de développement est bien sûr à voir sur le long terme. Pourtant, force est de constater que le club enchaîne peu à peu les étapes charnières lui permettant de s’imposer d’abord en Italie et pourquoi pas dans une compétition adaptée à son niveau telle que l’Europa League. Peu importe son affection pour la Dea, voir un aussi petit club parvenir à changer de dimension permettrait à tous les détracteurs d’un football sans cœur de croire de nouveau en ceci : la sincérité peut encore amener loin.

Pierrick Dujardin



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