Pourquoi la Coppa Italia n’intéresse plus ?

Par Elio Gusti publié le 20 Jan 2020

Cette semaine sera celle des quarts de finale de la Coppa Italia et un constat s’impose : une certaine lassitude s’est emparée des amateurs de calcio. Il faut dire que depuis maintenant 10 ans les mêmes clubs se partagent le trophée et les mêmes affiches ont lieu à partir des quarts de finale, avec invariablement les 6 grosses équipes que sont la Juventus, les deux Milan, le Napoli, la Lazio et l’AS Roma. Alors comment en est-on arrivé là ?

Une histoire chaotique

Contrairement aux centenaires FA Cup et Coupe de France, la Coppa Italia naît tardivement et péniblement en 1922 lorsque le championnat Italien se divise en deux fédérations pour des questions raciales (un championnat réservé aux Italiens et un autre créé en protestation). Déjà la compétition semble totalement artificielle et le manque d’équipe de haut niveau peine à rassembler les foules. Le Vado FC remporte cette première édition mais la compétition disparaît la saison suivante. Il faut attendre 1926 pour voir une deuxième édition mais elle n’aura jamais de vainqueur car la compétition est annulée avant la fin pour « faute de temps » : les clubs préférant se concentrer sur le championnat, qui, pour la petite histoire sera lui aussi annulé suite à un scandale de corruption.

La Coppa renaît brièvement entre 1935 et 1943 de façon opportuniste car la Serie A passant de 20 à 16 équipes et s’arrête pendant le conflit mondial. Tandis que le championnat reprend dès 1945, il faut attendre 1958 pour que la fédération décide de réanimer la Coppa. Encore une fois le choix se fait de façon purement cynique : la Squadra Azzurra ne participant pas au mondial suédois, il faut occuper les clubs pendant l’été. Cette édition voit être instauré pour la première fois la Coccarda tricolore qui ornera le maillot des tenants du titre.

Un format instable et intérêt sportif limité

De 1958 à aujourd’hui, l’organisation de la Coppa a connu une multitude de formats dont la seule constante était l’exclusion volontaire des « petits » clubs régionaux. Uniquement les 10 meilleurs de Serie C peuvent participer et doivent surtout passer par plusieurs tours préliminaires avant l’entrée en lice des clubs de Serie A. Cet élitisme, encore de mise aujourd’hui, réduit les chances d’assister à de belles histoires. Peu de chance de voir un « Petit Poucet » ou encore un « Giant Killer » comme l’on peut voir en France ou en Angleterre. Ainsi rare sont les épopées de petits clubs et ces dernières années les quelques anomalies se comptent sur le doigt de la main : Pordenone, la Spezia ou l’Alessandria en 2015. Ce format a réduit fortement le spectacle et aujourd’hui beaucoup de clubs préfèrent se concentrer sur le championnat plutôt que de jouer une compétition quasi inaccessible dès les quarts de finale. Preuve en est, le dernier vainqueur inédit est Vicenza en 1996-97.

L’autre problème de la Coppa est surtout dû à la disparition de la Coupe des Coupes dans les années 2000. Si jouer cette compétition était une source de motivation pour beaucoup de clubs, aujourd’hui une qualification en Europa League est plus synonyme de sacerdoce qu’autre chose. En effet, dans un monde où les coupes d’Europe sont de plus en plus prévisibles, impossible d’imaginer des épopées comme celles du Parma de Scala, du Vicenza de Guidolin ou encore de la Lazio d’Eriksson.

Un renouveau nécéssaire

La Lega donne l’impression d’avoir complètement abandonné la compétition à son propre sort avec des horaires impossibles en pleine semaine, compliquant clairement les déplacements de supporters et résultant à des matchs ternes avec des effectifs remaniés dans des stades déserts. Elle est aujourd’hui reléguée à être un objectif secondaire, doux amer, servant uniquement à sauver une saison décevante. Alors que des rumeurs d’un remaniement de la -encore moins passionnante- Supercoppa Italiana serait imminent et que la Serie A regagne en attractivité, il serait bien que les dirigeants s’emparent aussi du sujet de la Coppa…

Elio Gusti

Romain par mariage, j'aime la Lazio, les cornetto al miele et les Fiat. Je n'apprécie pas le football moderne et les personnes portant des chemisettes à carreaux. Philosophiquement Maradonien à tendance Zemanienne.



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