Pour sauver l’avenir, le Milan engage le bras de fer avec l’UEFA

Par Théo Cé publié le 26 Déc 2018

C’était dans l’air, c’est désormais officiel : le Milan AC a de nouveau recours au Tribunal Arbitral du Sport (TAS) de Lausanne, peu de temps après avoir pris connaissance des sanctions imposées par l’UEFA : la retenue des 12 millions d’euros de primes perçues grâce à la Ligue Europa, une liste européenne limitée à 21 joueurs pour les deux prochaines saisons, et surtout le retour à l’équilibre d’ici à juin 2021, objet d’un important malentendu. C’est surtout cette dernière sanction qui met l’avenir du club en péril, et l’a motivé à faire appel.

Mission impossible pour Gazidis ?

Il a généralement été entendu que, pour rentrer en conformité avec les règles du FPF, le club devait afficher un maximum de 30 millions de pertes à la date butoir du 30 juin 2021. La réalité est plus cruelle : l’UEFA a fait savoir qu’elle exigeait un retour à l’équilibre à la fin du délais, avec un maximum de 30 millions de pertes cumulées sur la période totale, soit deux ans et demi. Ajoutons à cela que les sanctions portent sur 2014-2017, soit les dernières années de la gestion berlusconienne. Le bilan 2017-2018 fera l’objet de nouvelles sanctions, probablement au printemps. Or, ce bilan affiche une perte record de 126 millions d’euros ! Supposons que le Milan achève la saison actuelle avec un déficit de 90 millions. Il ne suffira pas de revenir à l’équilibre les deux saisons suivantes, il faudra encore compenser l’argent perdu précédemment, soit par exemple, afficher un solde positif de 20 millions en juin 2020 puis 40 millions en juin 2021 (ainsi, le solde total sur la période 2018-21 serait de  – 30 millions). Tandis que l’Inter et la Roma s’étaient vus accorder un délais de 5 ans pour rentrer dans le rang, le Milan n’en a obtenu que 2 et demi. Ce point sera le plus discuté, et la principale revendication devant le TAS ; autrement, il faudra un miracle à Ivan Gazidis, fraîchement débarqué en provenance d’Arsenal, pour parvenir à un tel objectif en si peu de temps.

L’avenir en péril

Si le TAS ne donne pas gain de cause au club, des années bien sombres pourraient se profiler pour les Milanais. En effet, la direction se trouve confronté à une équation complexe : elle doit, d’un côté, poursuivre les investissements sans lesquels il n’y aurait aucune progression sur le plan sportif ; de l’autre, elle est dirigée à marche forcée vers une politique d’autofinancement qui, en l’état, s’apparenterait plutôt à de l’austérité. Or, l’austérité n’engendre toujours que plus d’austérité. Le club pourrait alors, bon gré mal gré, vendre un voire deux de ses meilleurs éléments (Suso ou Donnarumma par exemple), c’est-à-dire être contraint à des solutions de court terme, les ventes n’augmentant les recettes que sur le bilan annuel. Le sportif y perdrait certainement. Là aussi, les sanctions ne laissent aucune marge de manœuvre : la qualification en Ligue des Champions est désormais indispensable, dès cette année, moins pour le prestige que pour les revenus qu’elle apporte. Gattuso pourrait ainsi être victime d’impératifs économiques. Par ailleurs, des opérations comme les rachats d’Higuain ou de Bakayoko (option fixée à 35 millions) deviennent, elles aussi, plus ou moins compromises, étant donné les dépenses considérables qu’elles impliquent. L’Argentin coûterait à lui seul, pour toute la durée de son contrat, près de 80 millions d’euros (prêt, achat et salaire brut compris) !

On voit ainsi se dessiner le piège dans lequel est enfermé le Milan par la sévérité des sanctions : un délais beaucoup trop court, inconciliable avec une politique même calculée d’investissements nécessaire au redressement, contraignant à une austérité forcée qui pourrait avoir de funestes résultats. Cela pour corriger dix années d’erreurs, de mauvaise gestion et de bilans désastreux, et dont les vrais responsables ne sont plus là pour en assumer les conséquences. Le TAS avait sauvé le Milan l’été dernier. Le sauvera-t-il une seconde fois ?

Théo Cé

Rédacteur



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