Pordenone : frioul résistant !

Par Michaël Magi publié le 03 Avr 2019

Certaines plantes, plus résistantes que d’autres, parviennent à pousser, bien que privées de soleil, à l’ombre des grands arbres. C’est le cas de Pordenone, qui ne cesse de croître, au pied de la géante Udinese, historique dévoreuse de lumière. Après avoir foutu un joyeux bordel lors de l’édition 2017-2018 de la Coppa Italia, accédant au tableau des huitièmes de finale, à l’occasion desquels les neroverdi firent passer des frissons dans les nuques interistes, l’irréductible du frioul entrevoit la possibilité d’une promotion historique en Serie B.

Être ou rêver

Lundi 18 mars : Pordenone accueille Monza pour la 31 journée du Groupe B de Serie C. Le champêtre stadio Ottavio Bottechia résonne d’une ferveur inhabituelle. 2150 spectateurs se sont massés dans les travées d’une enceinte dont la capacité plafonne à 3089 places. Au terme des 90 minutes : un nul peu flatteur, dans une rencontre que les hommes du nouveau jouet de Berlusconi auraient pu remporter, si le milieu offensif brianzolo Andrea D’Errico, n’avait pas expédié son penalty à coté des cages de Giacomo Bindi. Si Galliani s’empresse d’affirmer de son coté que Monza méritait la victoire, son homologue neroverde situe les enjeux de fin de saison  : « Nous aurions pu gagner mais pu perdre aussi, reconnait-il. Le stade, plein ce soir, nous a aidé et cela devrait toujours être le cas. Il nous reste 7 matchs, nous sommes premier du groupe avec 8 points d’avance. Restons concentrés ». Appel au soutien populaire, habile contrepoint à la déclaration formulée par Alberto Barison, 24 ans et déjà patron de défense, 3 jours plus tôt, dans la foulée d’une victoire capitale, arrachée sur le terrain du dauphin, Triestina : « Nous commettrions une grave erreur en pensant que la promotion est dans la poche ».

Car le risque d’une décompression existe, alors que se lance le sprint final… D’autant plus que l’équipe, qui brille davantage par sa solidité défensive que par la pétillance de son jeu offensif, ne semble pas disposer d’une marge ahurissante, au delà de la simple question comptable. Une statistique est parlante à cet égard : Pordenone n’a jamais inscrit plus de 2 buts lors d’une rencontre de championnat cette saison. Son meilleur buteur – Leonardo Candellone, prêté par le Torino jusqu’à la fin de la saison – émarge à 11 buts (en 31 apparitions). Seul joueur à tirer son épingle du jeu dans ce jeu réaliste à défaut d’être chatoyant (pourtant articulé autour d’un 4-3-1-2 philosophiquement joueur) : Salvatore Burrai, 31 ans, milieu défensif – pilier de l’entrejeu frioulan depuis 2016 – auteur de 6 buts mais surtout, de 12 passes décisives. Ce manque de dynamisme offensif pourrait bien constituer un handicap, ce que révèle en creux le nul concédé le 24 mars sur le terrain de la Ternana – club largué qui n’a plus connu la victoire depuis 3 mois… De même que le triste 0-0, concédé contre le Südtirol, ce dimanche, frisant la caricature. Butant tantôt sur le gardien adverse, Michele Nardi, multipliant les frappes de loin non cadrées, les mauvais choix, poussant désespérément – ce qui eut pour effet de couper l’équipe en deux, à de nombreuses reprises – les frioulans transpirent la nervosité. Heureusement, pour eux, la Triestina ne semble pas en mesure de profiter de leur surplace. A 5 matchs de la fin de la saison, Pordenone tient le bon bout et compte encore 7 points sur son poursuivant.

Football Prosecco

Si petit soit-il, à l’image du surnom donné à ses joueurs au coeur des années 60 par le journaliste frioulan Gildo Marchi (i ramarri del Noncello : soit les lézards du Noncello, du nom du verdoyant cours d’eau traversant la cité), le Pordenone Calcio ne semble toutefois pas grandir par hasard. Sa progression s’est faite sans à coups, à la faveur d’une politique ingénieuse et empreinte de volontarisme… Présent en Serie C depuis 2014, refondé la même année, répêché in extremis après une rétrogradation sportive en 2015, conséquence heureuse du cataclysme provoqué par le Calcioscomesse, le club s’est stabilisé et compte, depuis lors, comme une des places fortes de Lega Pro. Frôlant la promotion à plusieurs reprises.

La Direction, quant à elle, s’attelle à transformer le club, avec une méthode et un esprit radicalement différents de ce qui se fait actuellement. A l’ère des fonds d’investissement, Pordenone a ainsi lancé en décembre, à un an de son centenaire, une opération de crowdfunding. « Nous voulons aller de l’avant et c’est pourquoi nous avons lancé ce projet, justifie le Président, Mauro Lovisa. Nous demandons aux tifosi de faire partie intégrante de la société et de partager le désir d’aller plus loin dans l’échelle des valeurs du football national. Le but est de fonder notre politique sur le développement de jeunes joueurs et de passer au niveau supérieur. Le football est en train de changer et nous avons choisi Barcelone comme modèle ». La méthode, unique en Italie, suscite l’adhésion locale : sur les 2,2 millions fixés comme objectifs, le club en a déjà récolté la moitié, ainsi qu’un sponsor de poids, Unindustria, fédérant plusieurs industriels locaux. Tout semble donc rouler pour Lovisa et Pordenone. Seul caillou dans leur chaussure : une enquête, menée par les services anti-fraude locaux, sur d’éventuelles malversations au sein d’une coopérative viticole appartenant à la famille Lovisa, suspectée d’avoir commercialisé du vin de base sous une appellation d’origine protégée. Soupçons que Lovisa a évidemment balayé d’un revers de main, après plusieurs perquisitions sur les vignobles, effectuées au petit matin, par des dizaines de carabinieri. L’avenir nous dira si Lovisa dit vrai. Et, en parallèle, si le Pordenone 2018-2019 constituera un cru d’exception ou un litron de piquette, virant au vinaigre. Les ramarri n’ont plus que 5 matchs pour transformer un rêve en réalité, s’offrir le droit de déverser des litres de Prosecco sur le costume du Président Lovisa, dans le cadre de festivités de promotion…

Michaël Magi



Lire aussi