Polita-no ?

Par François Lerose publié le 10 Oct 2018

Une nouvelle fois, l’annonce de la liste de Roberto Mancini a surpris son monde. Une nouvelle fois, les critiques pleuvent et les interrogations sur le projet de jeu subsistent. Les sélectionnés, cités, certaines présences suscitent le questionnement, tout comme certaines absences. Dans un projet où la jeunesse, ceux qui jouent et le renouveau sont les valeurs premières, l’absence de Matteo Politano pour la seconde fois d’affilée commence à faire jaser.

Une aile droite bien fournie

L’absence de Matteo Politano, c’est principalement, et avant tout la conséquence d’une forte concurrence au poste d’ailier droit. L’ancien joueur de Sassuolo doit faire face à deux joueurs fortement plus en vue que lui ces derniers temps. En premier lieu, Federico Bernardeschi, en pleine progression depuis l’année passée et qui s’affirme à la Juventus. Dorénavant titulaire en puissance, après être passé par le stade obligatoire du banc de touche, avec 9 matchs disputés cette saison pour 425 minutes : 2 buts et 1 passe décisive au compteur. L’exposition médiatique de la Juventus, l’expérience européenne et du haut niveau joue pour lui.

Un constat que l’on ne peut cependant pas forcément faire pour l’autre Federico, Chiesa. Le jeune ailier de la Fiorentina éblouit certes par son talent mais doit encore prouver sur la durée dans un plus grand club (toute proportion gardée quant à l’histoire et le niveau de la Fiorentina). 8 matchs cette saison, 2 buts et 2 passes décisives mais c’est plus le côté précoce qui tant à faire de lui, l’espoir du moment. Indiscutable en club, il semble faire partie du plan de Mancini pour axer la construction de la Nazionale autour de quelques piliers, dont Chiesa serait le représentant côté « jeunesse ». Les deux joueurs, Chiesa-Bernardeschi, sont donc la vraie hype du moment et véritables attractions médiatiques qui bénéficient d’un capital confiance illimité. Difficile de donner tord au sélectionneur quant à leur convocation.

En revanche, l’interrogation subsiste quant à Domenico Berardi. Si Mancini est adepte des tests et des compositions expérimentales pour l’Italie, Domenico Berardi est un peu l’inconnue. 2 buts en 7 matchs de Serie A, l’attaquant semble déjà caler sur le mois de septembre et début octobre. Deux sélections sans relief face à la France et au Portugal n’influent pas sur son avenir semble-t-il. A 24 ans, c’est la saison ou jamais pour lui, mais sa convocation reste encore un mystère. Simple message d’espoir et d’encouragement ou véritable ultime test pour lui ? Reste que Matteo Politano pour la deuxième fois reste à quai. Lui qui a fait encore une bonne entrée face à la SPAL doit faire face aux doutes et réflexions du sélectionneur. Et compte tenu de son profil, c’est bien dommage.

Un joueur qui remplit les critères

Politano avec l’Inter, c’est huit matchs de Serie A et deux en Champions League pour un but et deux passes décisives. Souvent intéressant dans son jeu et sa percussion, il remplit des critères savoureux pour un ailier. En Champions League il brille face au PSV la semaine dernière et Cagliari avec un but somptueux, mais cela ne lui suffira pas pour accéder à la liste malgré 668 minutes de temps de jeu cette saison, soit un tiers de plus que Bernardeschi. De quoi crier au scandale ? Pas forcément.

Polyvalent, doté d’un bon pied gauche, pouvant jouer sur plusieurs postes au sein de l’attaque, Politano pourrait être la clef de voute d’une Nazionale en recherche d’alchimie. Adaptable et adapté, il jouit d’un niveau de jeu en progression constante qui ne date d’autant plus, pas d’hier. A Sassuolo lors de la fin de l’exercice précédent, c’est lui qui transcende son équipe en inscrivant des buts décisifs pour obtenir un maintien loin d’être gagné. Seulement voila, Politano a déjà 25 ans, contrairement à un Chiesa ou un Bernardeschi qui peuvent revendiquer le même niveau de jeu 4 ou 5 plus tôt. Comme un Berardi, il devra se démarquer encore plus pour se faire une place qu’il mérite amplement. La seule différence avec le calabrais, c’est que lui évolue à l’Inter, dans l’une des forces majeures de la Serie A et c’est en ça que l’on pourrait regretter sa non sélection.

Quoi faire de plus ?

Alors que faire pour Politano afin d’intégrer durablement la liste de la Nazionale ? Là où il avait plutôt déçu les fois où il était entré lors des premiers matchs de Mancini, il faudra gommer certains défauts qui nuisent à son jeu. D’abord l’égoïsme non maitrisé dont il peut faire preuve parfois. Trop tête dans le guidon, il veut trop faire la différence tout seul quitte à vendanger certaines situations. Un style qui lui est propre mais dont il ne se rend pas vraiment compte. Un peu plus d’altruisme pourrait lui faire passer un cap, d’autant qu’il sait le faire et que ses pieds sont loins d’être mauvais pour servir ses coéquipiers, sa passe décisive pour De Vrij face au Torino en est un parfait exemple. A cela s’ajoutera un zeste supplémentaire de condition physique et de rigueur, lui permettant d’être moins chahuté par un Candreva ou un Keita Baldé, qui aujourd’hui trouvent de l’espace dans le dispositif de Spalletti.

Politano aura donc sa place dans l’équipe, mais il faudra travailler encore. Il n’est pas un indiscutable mais il pourrait le devenir. Voila le message qu’il faut tirer de ces deux appels manqués. Mais Mancini a donné la priorité aux tests et c’est le joueur de 25 ans qui en fait les frais. Pour combien de temps ? Pas trop, on l’espère. Tout dépendra de lui.

François Lerose

Rédacteur en Chef



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