Plutôt Marassi ou Luigi Ferraris?

Par Julien Picard publié le 22 Nov 2018

Il n’est peut-être pas aussi connu que la lanterne qui jadis accueillit les marins anglais. Il n’est pas non plus le plus imposant ni le plus moderne, mais pourtant: la clameur incandescente qui descend des travées tous les samedis et dimanches illumine tout autant la ville de Gênes. Là-bas, quand on s’éloigne du port et qu’on rentre dans les terres dans le quartier de Marassi, le Stadio Luigi Ferraris fait presque tout autant la fierté des Génois, et, quand le quotidien atone et les résultats moroses divisent, il est un sujet et un lieu de rassemblement pour tous, indépendamment du club supporté. Mais aujourd’hui dès l’aube et jusque tard dans la soirée, il n’est d’unité que celle pour le club aimé. La ville se scinde pour offrir à l’Italie un spectacle de football et à travers son stade une des plus belles rivalités du pays. Et ce depuis le 3 novembre 1946, date du premier « derby della lanterna » entre les rossoblu et les blucerchiati, remporté 3-0 par les nouveaux venus dans l’enceinte, la Sampdoria.

Un hommage au lieutenant et capitaine Luigi Ferraris

Nouveaux venus car le Genoa n’a pas attendu l’arrivée de ce voisin et rival qu’est la Sampdoria pour incarner la ville et occuper les lieux. Né en 1893, le Genoa Cricket and Football club a attendu 1911 pour qu’émerge le Marassi, du nom d’un des plus vieux quartiers de la ville, annexé en 1873.

Mais en 1915, un certain Luigi Ferraris, lieutenant, meurt au combat à près de 30 kilomètres de la ville ligure. Pour l’Europe, il n’est qu’un mort parmi d’autres; pour l’Italie, c’est un soldat, engagé comme volontaire et finalement décoré de la médaille d’argent de la valeur militaire. Pour Gênes, c’est la perte d’une figure du club, joueur entre 1907 et 1911, capitaine et milieu de terrain. En 1933, c’est acté le stade des Génois portera son nom; Luigi Ferraris passe définitivement à la postérité en intégrant durablement les mémoires locales. Désormais, le Genoa évoluera au Stadio Luigi Ferraris, n’en déplaise aux futurs locataires de la Sampdoria, qui, s’ils reconnaissent la figure du combattant héroïque, préfèrent encore parler du « Stadio Marassi ».

L’année suivante, le stade fraîchement renommé est sélectionné pour accueillir certains matchs de la Coupe du Monde 1934, dont un huitième de finale Espagne-Brésil. Quinze ans plus tard, ce sont près de 60.000 personnes qui s’amassent dans les tribunes pour voir l’équipe nationale en découdre avec le Portugal, dans ce qui reste aujourd’hui le record d’affluence du Ferraris. Car, à la suite des travaux pour la Coupe du Monde 1990, le stade acquiert sa forme actuelle et sa capacité atteint près de 37.000 spectateurs.

La guerre des drapeaux

Huitièmes et dixièmes l’an dernier au classement du taux de remplissage des stades de Serie A, les tifosi des deux clubs sont en moyenne plus de 20.000 à assister au match de leur équipe de cœur, avec un léger avantage pour les premiers, davantage soutenu à l’échelle locale de par son ancrage plus historique et par des prix plus faibles également. Une différence minime qui disparaît un jour de derby quand Grifoni et Doriani prennent respectivement places dans les Gradinatas nord et sud. On devine le spectacle dans les tribunes quand on se rappelle que les supporters des deux clubs sont des pionniers dans le mouvement ultra en Italie avec notamment les «  »Ultras Tito Cucchiaroni » de la Doria. C’est d’ailleurs la guerre principale, une guerre pacifique, loin de la violence qui peut émailler certains derbys: on parle d’une guerre des drapeaux. Cette ambiance amicale et fair-play ne doit cependant pas occulter une chose: seule la victoire compte. Mais surtout, au-delà des trois points, à qui reviendra la suprématie du stade? Plutôt Marassi ou Luigi Ferraris?

Julien Picard



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