Pierino la Peste, l’ancien amant rossonero

Par Aurélien Bayard publié le 05 Juil 2020

La mort n’a pas de camp. Alors que les supporters interistes se remettaient tant bien que mal de la mort de leur idole Mario Corso, elle fauche la légende milanaise Pierino Prati. Symbole du passage victorieux de Nereo Rocco à la tête d’Il Diavolo, l’ancien bomber reste – à ce jour – l’unique joueur italien à avoir claqué un triplé en finale de Champions League. Hommage à une des belles gueules du Calcio des années 60.

Prati sort des bois

Né en 1946 dans une famille modeste, Pierino Prati s’est toujours imaginé avec la tunique rossonera sur le dos. Mais le chemin a été long avant de pouvoir revêtir le maillot rayé de rouge et noir. Le jeune homme est un brin fluet alors, pour éviter de se faire broyer, ses amis l’installent dans les buts. Plutôt docile, il accepte son rôle de portier par défaut. Installé dans les bois, Prati ronge néanmoins son frein car il rêve de reproduire les gestes de son idole José Altafini.

Alors, un jour pas fait comme les autres, il se rebelle et revendique une autre place sur le pré. Ses camarades l’envoient sur l’aile gauche, espérant une nouvelle fois que Pierino ne gênerait pas le déroulement du jeu. Mais c’est l’inverse qui se produit. Le ballon lui colle au pied, il efface ses vis-à-vis d’une facilité déconcertante et, surtout, il fait preuve d’un véritable sens du but. Et à force de martyriser tout le monde, son oncle l’emmène passer des tests pour le Milan AC.

Adoubé par le Baron et le Paròn

Devant Niels Liedholm, Prati ne se dégonfle pas et impressionne le Suédois. Le Baron n’hésite pas un seul instant et signe le jeune homme. A 19 ans, le bel éphèbe est enfin dans les bras de sa belle. Mais cet amour naissant n’est pas consommé tout de suite. Il répète d’abord ses gammes à Salernitana. Malgré une fracture tibia-péroné qui lui flingue sa deuxième partie de saison, ses dix buts en 19 matchs contribuent fortement à la montée en Serie B des Granata. De retour au Milan, Pierino reste malheureusement trop béat devant sa dulcinée et n’arrive pas à donner la pleine mesure de son talent. Alors elle décide de le jeter à Savona pour qu’il mûrisse.

L’air de la Ligurie lui réussit et Prati fait de nouveau étalage de ses qualités de Bomber. Il se sent enfin prêt à honorer sa bien-aimée. Nereo chaperonne dorénavant Il Diavolo en ce début de saison 1967 et finit par lui confier les clefs de l’attaque après un match contre Cagliari. Prati enchaîne les buts, finit capocannoniere et surtout empoche le scudetto. Mais Pierino veut que sa dame atteigne le 7ème ciel et vise la coupe aux grandes oreilles.

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Au fur et à mesure des tours, Prati se montre à la hauteur de sa promesse. Surtout quand il faut marquer le but vainqueur en quart-de-finale dans un Ibrox Park en fusion. L’excellence est atteinte lors de la finale. En cette fin de printemps d’année érotique, une jeune Ajax rêve de contrecarrer les plans de Pierino. Il ne fait pas de quartier, un triplé pour une victoire 4-1. Ce succès sans appel marque l’apogée de l’idylle entre l’ailier et les Rossoneri. L’intensité de leur relation a épuisé Prati et les pépins physiques se font légion, tant et si bien qu’ils auront raison du couple Pierino-Milan.

En 1973 il rejoint l’AS Roma où, mis à part un bel exercice 1974-1975, il ne confirme pas les espoirs des supporters giallorossi. La même situation se reproduit à la Fiorentina quatre ans plus tard. Il faut qu’il retrouve son ancienne maîtresse Savona, en Serie C2, pour être à nouveau adroit devant le but. Une dernière expérience de trois ans avant de ranger ses crampons en 1981. Finalement sa plus grande frustration reste la Squadra Azzurra. Barré par Gigi Riva, il ne cumulera que 14 petites sélections en huit ans de bon et loyaux service, avec comme seule consolation un Championnat d’Europe 1968.

Aurélien Bayard



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