Pasquale Casillo, Saint-Patron du Foggia des Miracles

Par Aurélien Bayard publié le 23 Sep 2020

Pour son centenaire, Foggia ne s’attendait pas à cette terrible nouvelle. Son président le plus marquant, Pasquale Casillo, a perdu son combat contre cette fameuse longue maladie. Après avoir réalisé un miracle dans les années 1990, l’un des fondateurs du Zemanlandia rejoint donc les cieux. Portrait d’un visage mythique pour les nostalgiques du Calcio.

Le Roi du Blé

L’histoire commence sur les bords du Vésuve, où Gennaro Casillo – père de Pasquale – détient une modeste entreprise d’importation de denrées alimentaires. Mais, désireux de voir si l’herbe est plus verte ailleurs, il décide de quitter la Campanie pour rallier Foggia, dans les Pouilles.

Le passage d’Ouest en Est va faire le plus grand bien à cette société, surtout lorsque Pasquale en récupère la présidence à ses 25 ans. Ciao le petit commerce de fruits secs et de céréales, buongiorno l’empire agro-alimentaire. Avec son frère Aniello, Casillo fait grimper l’entreprise familiale dans des hauteurs stratosphériques. En une dizaine d’années, elle devient un conglomérat comptant 58 sociétés, une flotte de plusieurs centaines de bateaux et de camions, ainsi que des multiples espaces de stockage à travers le monde.

Avec un chiffre d’affaires annuel estimé à 3 000 milliards de lires par an, il acquiert le respect de ces « messieurs du Nord » que sont Gianni Agnelli et Silvio Berlusconi. Et comme eux, lui aussi rêve d’avoir son équipe de football.

La Sainte Trinité Zeman-Casillo-Pavone

Tifoso du Napoli, il a beau faire le forcing auprès de Corrado Ferlaino, le président partenopeo reste de marbre devant la cour assidue de Casillo. Heureusement, sa ville d’adoption a besoin d’un sauveur. En 1985, son club – le Foggia Calcio – se meurt, asphyxié par les problèmes financiers. Casillo utilise alors sa fortune personnelle afin d’effacer les dettes et insuffle un nouveau souffle de vie.

Pour rendre les Satanelli compétitifs, le directeur sportif Giuseppe Pavone chuchote à l’oreille du bienfaiteur le nom de Zdenek Zeman, alors entraîneur de Licata. Casillo reste sceptique jusqu’à ce que Foggia rencontre l’équipe du Tchèque. Subjugué par l’animation offensive proposée par ses adversaires, le Roi du blé tombe fou amoureux de Zeman. Il le convainc d’abandonner Licata pour démarrer une histoire passionnelle avec Foggia.

La saison 1986-1987 se conclue à la 8ème place mais Casillo reste confiant. Bien que son club soit en Serie C, il parvient à ramener les meilleures équipes du moment – le Real Madrid, la Sampdoria et le FC Porto – à la Zaccheria. Tout semble en place pour tutoyer les sommets.

C’était sans compter son caractère explosif. Il apprend que Zeman aurait laissé Parma lui faire des avances. Fou de rage, le président lui ordonne de faire ses valises. Sans son apôtre du beau jeu, Foggia obtient tout de même sa promotion en Serie B. Cependant, Casillo pense toujours à Zeman, et inversement. Pour le plus grand bonheur des Satanelli, les deux hommes arrivent à se réconcilier.

L’amour dure 5 ans

Revoilà donc Zdenek et ses immuables cigarettes dans les Pouilles. Avec l’aide de Pavone, il monte une équipe ultra-spectaculaire dont le but principal est de faire trembler les filets. Sitôt dans l’élite, Foggia fait rêver l’Italie entière. Ses maillots se vendent comme des petits pains, rivalisant avec les habituels cadors du championnat.

Derrière le respect mutuel, la relation Casillo-Zeman fait les montagnes russes. Tantôt dans les bras pour célébrer une victoire, tantôt proche de s’entretuer. Comme lorsque l’industriel italien achète 3 paquets de clopes et demande au Bohème de les fumer d’une traite pour qu’il meurt sur le champ. Zeman a préféré lui rire à la figure.

L’idylle se termine brusquement en 1994. Le Tchèque cède aux sirènes de la Lazio et rejoint la capitale italienne. De son côté, Casillo se voit accuser de connivence avec la Camorra et les nombreux procès le ruinent. Résultats des courses, Foggia est reléguée l’année suivante et son empire agro-alimentaire s’effondre.

13 ans plus tard, la Justice italienne innocente Pasquale Casillo. Que seraient devenus les Satanelli si cette erreur n’avait pas été commise ? Zeman avait sa petite idée : « Le vrai secret de Foggia, ce n’était pas moi mais Casillo ».

Aurélien Bayard



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