Palacio, même pas mort

Par Michaël Magi publié le 04 Déc 2019

Chaque été, le grand jeu des pronostics établit les listes des potentiels vainqueurs du championnat, des clubs dont les jours au sein dans l’élite sont comptés, ainsi que des équipes qui pourraient bien surprendre. Sur la ligne de départ, Bologna était l’une des équipes les plus souvent citées parmi celles que l’on imaginait en mesure de jouer les trouble-fêtes. Les rossoblu, 12èmes du classement, déçoivent, en dépit de la cure de jouvence que s’offre l’un de ses hommes de base, Rodrigo Palacio.

Le vieillard en or

Dimanche 24 novembre. 13ème journée. 40ème minute de la rencontre opposant Bologna à Parma. Les crociati mènent 1-0, à l’instant où Orsolini s’apprête à tirer un corner côté droit. Le centre n’est pas un modèle du genre : mollasson, sans effet. Rodrigo Palacio surgit pourtant au premier poteau, deux parmesans sur le râble, et égalise d’une tête décroisée.

Au-delà d’une action qui permet aux rossoblu de recoller, ce but établit un nouveau record. Il fait de l’argentin le joueur le plus âgé à avoir inscrit un but pour Bologna : à 37 ans, 9 mois et 19 jours ! Et par là même, efface Carlo Reguzzoni des tablettes, qui détenait ledit record depuis le 10 mars 1946. Mais ce but est aussi le 4ème de Palacio cette année en Serie A – le 5ème toutes compétitions confondues. Un ratio déjà supérieur à celui de l’année précédente et qui lui offre la perspective de rééditer sa performance de la saison 2014-2015, durant laquelle il avait inscrit 8 buts avec l’Inter.

A l’aube de sa 38ème année, Palacio a donc, une fois encore, réussi à se rendre indispensable, alors que l’on se demandait cet été si quelqu’un parviendrait enfin à le pousser vers le banc. Peine perdue : toujours aussi batailleur, infatigable, étonnant de vivacité et de malice technique, il n’a laissé que des miettes à Destro comme à Santander qui n’ont joué que 602 minutes à eux deux, quand lui aura passé plus de 1000 minutes sur la pelouse. A raison puisque Destro est muet comme une tombe et que Santander n’a inscrit qu’un seul but. De ce fait, on voit mal ce qui pourrait le déloger, mise à part la signature tant espérée d’Ibrahimovic ; surtout dans un système qui, s’il varie dans l’entrejeu, s’articule invariablement autour d’une seule pointe.

Résilients, ces rossoblu !

Mais Ibra n’a pas encore signé. Dans l’attente, Mihajlovic comme Palacio restent donc les meilleurs atouts d’un club qui n’a pas encore réussi sa mue. Sans aucun doute perturbés par les absences du technicien serbe, mobilisé par le combat qu’il mène contre une leucémie, l’effectif tire naturellement profit d’un joueur d’expérience qui n’a rien perdu de sa vista. C’était le cas, le 15 septembre, alors que les rossoblu, menés 3-1 à la mi-temps, buvaient la tasse à Brescia, avant d’empocher les 3 points. Ce fut encore le cas contre Parma, et bien sûr ce dimanche, à l’occasion d’une victoire de prestige contre un Napoli qui menait à la marque avant de sombrer.

Bologna lutte avec les armes dont elle dispose, sans trouver, hélas, le chemin de la régularité, à la différence d’un Palacio qui, buteur ou non, est un des attaquants les plus constants de la saison. Un exemple qu’aimerait voir suivre Mihajlovic : « Je n’accepterai pas que ma maladie serve d’excuse. J’attends plus de mes joueurs… J’ai dirigé des entrainements avec 40 de fièvre. J’attends d’eux qu’ils se donnent à 200% ! »

Le propos est juste mais à nuancer. Cette maladie, par sa violence et sa soudaineté, a sans nul doute contribué à établir la fébrilité d’une équipe qui ne parvient pas encore à faire l’alchimie entre ses grognards et ses jeunes talents. Paradoxalement, sa capacité de résilience dans le combat qu’il mène contre elle, constitue forcément un exemple dont les rossoblu s’appuient pour refuser la défaite. Pour qu’ils concrétisent les promesses entrevues à l’intersaison, il leur faudra sans doute apprendre à agir plutôt que réagir. Un défi pour le 7ème effectif le plus expérimenté de Serie A mais qui compte aussi 6 joueurs de 22 ans et moins à avoir joué au moins 14 rencontres. Une certitude : Palacio est plus que jamais l’exemple à suivre.

Michaël Magi



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