Oui, la Serie A est de retour !

Par Rafaele Graziano publié le 15 Août 2020

Victime d’une descente aux enfers aussi éprouvante qu’interminable, la Serie A s’est largement vue critiquée, moquée, sombrant inlassablement dans l’oubli et dans l’ombre de son glorieux passé. Jugé inintéressant, faible ou peu compétitif, le championnat italien n’aura certes pas affiché un visage rassurant depuis les années 2010, mais il reste victime de ce stéréotype dégradant alors que tout connaisseur sait qu’il est révolu. Qu’on le veuille ou non, oui, la Serie A est de retour.

« La Serie A n’est plus compétitive« 

L’ignorance est un vilain défaut dont sa victime principale est le Calcio. Si la Juventus domine le monde du football italien depuis 9 ans, la compétitivité du championnat n’en n’est pas moins atteinte, du moins sur ces récentes années. Forte d’un projet sociétaire ambitieux et parfaitement exécuté, la Vieille Dame bénéficie d’un avantage conséquent, mais l’on semble oublier les épreuves traversées afin d’arriver à un tel constat. Car de souffrances, il y en a eu ! Il y a eu le Milan AC d’Allegri, l’AS Roma de Rudi Garcia, mais surtout le Napoli de Sarri et plus récemment, l’Inter de Conte. La Juve est plusieurs fois passée tout près de la correctionnelle et cette année encore, les hommes de Simone Inzaghi et de Gasperini sont les témoins d’un mouvement grandissant en Italie, aussi redoutable qu’alléchant.

L’hégémonie turinoise est plus que jamais menacée, de petits groupes de résistants se développent depuis ces 5 dernières années : ils sont jeunes, forts et affichent une détermination remarquable lorsqu’il s’agit de prouver leur valeur. C’est la montée en puissance des Sassuolo, Parma, Hellas, Lazio mais surtout l’Atalanta – qui chamboule le paysage du football de l’autre côté des Alpes, mais aussi en Europe (passant à 2 doigts d’une demi-finale de C1 dès sa 1ère apparition, rien que ça !). La qualité de jeu s’est manifestement améliorée en Italie, la férocité des effectifs, petits ou grands, étant plus aiguisée qu’il y a 10 ans, si bien que les 6 premières places de Serie A ne sont jamais escomptées.

« La Serie A est inintéressante« 

On ne trouverait pas pire calomnie à ce jour. Si un championnat se détache des autres quant à son sens du spectacle, c’est bien la Serie A, qui après la Premier League, reste le plus prolifique loin devant ses voisins européens. En d’autres termes : moins de grosses écuries, moins de bling-bling, mais un spectacle garanti, d’un simple Sassuolo-Cagliari à un Derby d’Italie. Un constat qui se comprend par la présence de buteurs invétérés – le duel Immobile-Ronaldo cumule la bagatelle de 67 buts cette saison (sans parler de Lukaku, Dzeko ou autres renards des surfaces) – de talents bruts (Chiesa, Tonali, Zaniolo), de collectifs soudés et d’une identité totalement repensée – car oui, si les clubs italiens marquent autant, c’est que la mentalité inculquée a littéralement évolué : place désormais à l’agressivité et à la possession de balle.

La Serie A était, est et restera un vivier à entraîneurs et tacticiens : il est évident que la qualité de jeu des clubs italiens n’ira qu’en s’améliorant. On les a vu vaincre des monuments tels que le FC Barcelone (Di Francesco, Allegri), Liverpool (Ancelotti), on les a vu tenir tête aux meilleurs joueurs de la planète (Conte), et on les voit, saison après saison, façonner le Calcio de demain par un jeu alléché et solidaire malgré des effectifs limités ou des budgets restreints (De Zerbi, Ranieri, Gasperini). C’est un aspect trop souvent oublié mais qui fait le succès des géants européens depuis toujours.

Il est évident que le chemin est encore long pour ceux qui faisaient la fierté d’une nation entière du football, il est évident que la gloire passée du « meilleur championnat au monde » est un héritage qui pèse en Italie : des tifosi aux présidents, mais malgré les récentes bévues européennes dues notamment à un contexte plus que particulier, le visage de la Serie A prend une nouvelle tournure et il ne manquera plus grand chose au Calcio pour (enfin) s’imposer.

Rafaele Graziano



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