Ndoj : Aigle de coeur, âme de lion

Par Michaël Magi publié le 21 Mar 2019

A Brescia, tous les feux sont au vert depuis quelques mois. Bien positionné en tête du classement de Serie B depuis 8 journées, l’objectif d’une promotion en Serie A se concrétise peu à peu. Au sein de l’effectif lombard, un joueur concentre actuellement toutes les attentions… Sandro Tonali ? Alfredo Donnarumma ? Non, Emanuele Ndoj…

Enfin mature ?

L’éclosion d’Emanuele Ndoj est tout sauf le récit d’un long fleuve tranquille. Natif de Catania, c’est au nord, à Padova que le jeune albanais naturalisé italien, effectue la première partie de sa formation. La seconde, contrariée par un départ vers la Roma à 17 ans, puis par un transfert à Brescia un peu plus d’un an plus tard, pour un peu moins d’1,5M€, retarde naturellement son développement. Procès en nonchalance et en dilettantisme, attitudes montrées du doigt : Ndoj cristallise lors de ses deux premières saisons avec la Leonessa l’ensemble des critiques habituellement émises à l’égard des joueurs disposant de qualités techniques au-dessus de la moyenne mais peinant à concrétiser sur le terrain l’essentiel de leur potentiel. Pris en grippe par une large frange des tifosi biancazzurri, souvent mis sur le banc, approximatif et visiblement perturbé, le jeune homme semble parti pour passer à coté d’une carrière potentiellement dorée.

Heureusement pour lui, tout change avec l’arrivée d’Eugenio Corini en début de saison, remplaçant l’étoile filante David Suazo, démis de ses fonctions après une polémique sur son absence de diplôme d’entraineur, et après 3 journées qui n’ont permis à Brescia de ne récolter que deux petits points. Corini, pragmatique, ne procède à aucune révolution tactique. Il maintient le dispositif en 4-3-1-2 mis en place la saison dernière par Ivo Pulga et donne les clés du jeu à des joueurs d’avenir, pétris de qualités. Sous sa direction, la Leonessa rugit à nouveau. Les lionceaux du milieu, Tonali et Dimitri Bisoli ainsi que l’Aigle Ndoj profitent de la métamorphose. Au soir d’une victoire fondatrice en septembre contre Palermo (la première de la saison pour Brescia), Corini s’impose comme le manager qu’il fallait pour permettre à un effectif relativement jeune d’intégrer les vertus du collectif : « Nous avions tous besoin de récolter quelque chose des efforts que l’on produits, déclare-t-il ce soir là. Il est vrai que vous avons souffert en fin du match. D’un côté, cela me désolé mais de l’autre, je me demande si l’équipe n’avait pas besoin de se confronter à une certaine forme de peur pour grandir ».

Le choix du coeur

Corini, focalisé sur le collectif, rechigne à évoquer les individualités. Il ne l’a fait qu’à une seule reprise, pour évoquer le talent hors-norme de Tonali. D’autres s’en chargent pour lui. Et Ndoj est désormais au centre des attentions. Bien calé au sein du milieu bancazzurri, il fait apprécier son sens du dribble, très précieux pour déjouer le pressing adverse, sa qualité de passe, et son intelligence, dès lors qu’il s’agit de dézoner pour offrir des situations de première relance ou animer l’un des couloirs qui lui est dévolu (sachant que sa polyvalence lui permet de jouer à droite comme à gauche). Naturellement, sa côte s’envole déjà. Estimée à 10M€, le SPAL, qui le suivait assidument, devra sans doute faire face à une rude concurrence. La Sampdoria, qui évolue dans un schéma de jeu similaire, a d’ores et déjà dépêché ses observateurs et n’est pas insensible aux qualités de l’élégant milieu.

Reste la question liée à sa carrière internationale. Ndoj, qui a fréquenté toutes les équipes de jeune de la sélection albanaise, a d’ores et déjà choisi les couleurs de son pays d’origine. Sélectionné à l’occasion des derniers matchs de qualification de son pays pour la Coupe du Monde 2018, il a étrenné sa première cape en amical contre le Kosovo en mai 2018 et inscrit son premier but contre l’Ukraine une semaine plus tard, sans s’être encore imposé dans le système mis en place par Christian Panucci. On ne saura jamais si ce choix est un choix du cœur ou s’il est une suite logique de son développement contrarié. Peu importe : Ndoj ne postulera jamais en Nazionale, ce qui ne l’empêche pas, à 22 ans, de voir enfin son ciel s’éclaircir.

Michaël Magi



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