Moretti : stop ou encore ?

Par Florian Giunta publié le 07 Avr 2019

Chemise blanche immaculée, pull sombre sur les épaules et lunettes de soleil, on reconnaît à peine Emiliano Moretti ce dimanche 24 mars 2019. En cette journée consacrée à recueillir des fonds pour des enfants malades, on s’imagine plutôt un élégant dirigeant de club venu serrer des mains. Et pourtant, Emiliano n’est pas encore l’équivalent d’un Leonardo. A bientôt 38 ans, il est encore footballeur professionnel au Torino. Après 1554 minutes et 18 matchs de Serie A cette saison, le discret défenseur et le staff s’interrogent sur l’avenir… Moretti : stop ou encore ?

Toujours vivant

Ce 7 août 2018, en match amical à Liverpool, Emiliano entre à la 68ème minute. On se dit que pour sa dernière saison ce sera son quotidien : entrer dans le dernier tiers du match pour soulager un titulaire fatigué. Ce longiligne défenseur central-gauche d’1m85 roule sa bosse depuis 18 ans dans le football de haut niveau. Le 1er mars 2001 s’ouvrait, avec le maillot de la Fiorentina, une longue carrière qui allait le voir passer par de nombreux clubs italiens et par Valence. Il pose ses bagages au Torino à l’aube de la saison 2013-2014. Trois ans durant, il joue 35 ou 36 matchs par saison portant même le brassard de capitaine. Depuis huit mois, parti pourtant pour n’être qu’une solution de remplacement dans la défense à trois de Mazzarri, il prend régulièrement la place de Djidji quand le Français est blessé ou moins convaincant. Nul ne pensait pas qu’il jouerait plus de la moitié des matchs mais Emiliano surprend. S’il n’a pas la puissance de Nkoulou, le don d’anticipation d’Izzo ni l’explosivité de Djidji, il est un métronome sur qui on peut compter. Il a une excellente lecture du jeu et il rassure par la mesure de son engagement (trois avertissements seulement). Contre Parma par exemple, il a montré une si bonne entente avec Ansaldi que plus de la moitié des ballons ressortaient à gauche. Professionnel exemplaire et lucide il dit juste : « Si on compte sur moi, je devrai être au niveau« . Et il l’est : sur les dix dernières rencontres jouées par Moretti, sa défense n’a encaissé que quatre buts. Et Il mord encore ; fin mars il a muselé Muriel, le bouillonnant colombien de la Fiorentina.

Torino et Granata nel cuore

Quand il transmet le brassard de capitaine à Belotti, Emiliano a ses mots : « Mon conseil à Andrea ? Qu’il pense à l’équipe avant de penser à sa personne. Mais c’est déjà inscrit en lui« . Coéquipier exemplaire, il se fait aussi supporter des supporters. Après la défaite contre Bologna (2-3) le 16 mars dernier, il salue le douzième homme  : « on est déçu mais on sait qu’on peut compter sur un public exceptionnel« . Il a compris qu’au Torino, les curve du stadio Olimpico sont autant d’individus à saluer qu’une source inépuisable de consolation. Son rayonnement a dépassé les frontières du club. Quand en février dernier le conseil régional du Piémont cherche un sportif professionnel louable pour son sens du sacrifice, sa loyauté et sa correction, elle pense à Emiliano qui devient Ambassadeur du sport et du bien-être. On l’appelle aussi pour parrainer une association en quête de financements pour le service d’oncologie pédiatrique de l’hôpital « Regina Margherita » de la ville. En parallèle, il prépare des diplômes afin d’intégrer à l’issue de sa carrière le staff pour encadrer des jeunes et faire du scouting, évidemment au Toro.

Le sondage récent du site toro.news (1000 votants environ) est un plébiscite : 90% des tifosi souhaite qu’il renouvelle un an, comme il l’avait fait l’an dernier. Et lui qu’en pense-il ? Il n’est pas contre une prolongation, tout prudemment : « Si nous nous qualifions pour une compétition européenne ? Nous l’évaluerions ensemble mais avant il faut y parvenir« … Emiliano, sur la pelouse comme en dehors : prudence, fidélité, sécurité.

Florian Giunta



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