Milan AC : SOS, défense en détresse !

Par Théo Choffé publié le 08 Nov 2018

Dimanche dernier, le Milan AC mettait fin, contre l’Udinese (1-0), à une série noire de 16 matchs consécutifs de Serie A avec au moins un but encaissé, et, en achevant les dix premières journées de l’édition 2018-2019 sans clean sheet, égalait un triste record établi en 1932 ! Pourtant, peu de joueurs ont changé depuis un an ; l’entraîneur est toujours le même : celui qui, en reprenant une équipe à la dérive fin novembre 2017, lui avait redonné une bonne solidité défensive. Que se passe-t-il alors ? Simple mauvaise passe ou mal plus profond ? Les chiffres sont plutôt inquiétants, et donnent déjà un premier élément de réponse : en 11 matchs, le Milan a encaissé 14 buts. Sur ce total, 12 ont été subis après avoir mené au score, et 11 en seconde mi-temps, soit presque tous… Analysons dans un premier temps le style de jeu inculqué à l’équipe par Gattuso, et sa gestion de la phase défensive.

Une histoire de tactique ?

Par style de jeu, nous n’entendons pas parler de schémas : forcé par les circonstances, Gattuso a récemment mis de côté son habituel 4-3-3 pour passer en 4-4-2, avec quelques variantes (3-5-2 ou 4-2-3-1), soit en début, soit en cours de match. Mais les schémas n’ont, de fait, d’influence que relative, ce que reconnaît le principal intéressé : « Ce n’est pas une question de module tactique. On peut jouer moins bien, mais je veux que l’équipe montre de la compacité et de l’organisation. » Le jeu de Gattuso est basé sur une exploitation la plus grande possible de la profondeur, par des permutations fréquentes impliquant presque tous les joueurs, et de la largeur, avec des latéraux et des ailiers collés à la ligne de touche. En phase de possession, les espaces sont créés par des mouvements incessants : les milieux se placent haut pour libérer les ailiers, ou Higuain redescend pour attirer les défenseurs, tandis qu’au même moment les milieux se projettent, etc. Le plus souvent, les arrières latéraux jouent très haut, ce qui permet de libérer des espaces pour les joueurs offensifs, mais qui en libère aussi pour les joueurs adverses en cas de perte de balle…

La construction se fait prudemment, en passes simples, en repartant depuis le gardien si possible : tactique habile pour faire monter les lignes adverses, dangereuse quand le pressing augmente et que tout repose sur les pieds hésitants de Donnarumma ou de Musacchio. Sur ce point, le départ de Bonucci a créé une faille notable, car son remplaçant argentin n’a ni son assurance face au pressing adverse, ni sa qualité de relance, qui permettait à l’équipe, la saison passée, de jouer un jeu moins risqué et plus vertical, en relançant vite et bien depuis la surface. En phase défensive, et notamment quand le Milan mène au score, les joueurs font peu de pressing haut. Le bloc a tendance à redescendre très bas, dans une sorte de 4-1-4-1, parfois trop bas au point que la ligne des milieux fasse, malgré elle, une pression négative sur la ligne des défenseurs. Dès que le ballon est perdu, les ailiers doivent revenir vite pour couvrir l’espace laissé par les latéraux, tandis que le joueur à proximité du porteur adverse fait immédiatement le pressing pour empêcher la relance et laisser le temps à ses coéquipiers de se replacer.

Applications défaillantes

Cette tactique, résumée assez simplement, car elle varie aussi selon l’adversaire, a, comme toutes les tactiques, ses avantages et ses inconvénients. Mais comme toute tactique, son application n’est pas robotique, et là réside le principal problème : si les joueurs jouent mal leur rôle, les conséquences peuvent être fatales. Voici quelques exemples, sur les derniers matchs, de défaillances notables :

Milan face à la Sampdoria. Les Milanais viennent de perdre le ballon aux abords de la surface adverse : les joueurs sont montés hauts, comme on le voit, et dès la perte de balle, le défenseur génois est pressé par Laxalt, mais parvient tout de même à relancer.

La relance est propre, elle arrive à destination de Quagliarella qui, d’un contrôle orienté parfaitement exécuté, se joue de Musacchio et échappe à Biglia venu en soutien. Saponara sent le coup et part dans l’axe.

Les Milanais ont échoué, deux fois, en n’empêchant pas la relance alors que le bloc était très haut, et en n’arrêtant pas l’attaquant. Ils en payent les conséquences : Calabria, contraint de combler la brèche laissée par Musacchio, doit abandonner sa zone dans laquelle s’engouffre Saponara. L’action s’achève par un crochet de ce dernier sur Calabria et une frappe qui fait mouche. En 1 contre 1, le collectif ne compte plus, le talent individuel l’emporte.

Ici, contre l’Inter. Candreva a surmonté le pressing haut de Rodriguez et transmis la balle à Vecino. Pourtant collé à la ligne de touche, Vecino centre sans que Romagnoli ne s’y oppose. La suite, c’est un mouvement de renard d’Icardi qui, contrairement à Donnarumma et Musacchio, qui ne semblent pas communiquer, calcule parfaitement la trajectoire du ballon et le reçoit devant un Abate spectateur, un Donnarumma parti aux champignons et un Musacchio qui s’effondre sous le poids de la fatalité.

Il faut jouer 90 minutes

Outre l’imperfection inhérente à toute tactique, parce qu’elle est appliquée par des hommes, imprévisibles par nature, et contre d’autres hommes qui agissent et réagissent, les exemples précédents semblent indiquer que le problème, plus que tactique, est d’ordre mental : cette saison, les Milanais ont rarement été capables de rester concentrés pendant les 90 minutes que durent un match. Les chiffres cités en introduction le montrent assez, avec une baisse de régime dans les 45 dernières minutes et une incapacité récurrente à faire bloc devant la réaction adverse. Certes, il est toujours possible d’imputer des buts à un ou plusieurs joueurs en particulier. Mais le travail défensif est un travail d’équipe, qui implique tout le monde, et même les attaquants. Si les milieux ne filtrent pas, la ligne défensive se retrouve démunie ; si les ailiers ne redescendent pas lorsque les latéraux montent, un couloir est abandonné, etc. Par delà les systèmes, c’est vers cette grande organisation collective, le soutien mutuel et la solidarité dans l’effort, que tend tout le travail de Gattuso. Un premier signal positif a été donné : il faudra le confirmer dans le prochaines semaines.

Théo Choffé

Rédacteur



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