Milan AC et Inter, des déclins similaires, une reconstruction différente

Par Cesco publié le 01 Oct 2019

Milan n’est plus une place forte du football européen. Une phrase courte, saignante et réaliste que l’on pouvait entendre à partir de 2013-2014. Aujourd’hui encore, même si l’Inter a confirmé avoir remonté la pente, le travail n’est pas terminé pour les nerazzurri. Le parcours, lorsqu’un projet arrive à terme et qu’il faut en lancer un autre, peut-être semé d’embuches, être long et sinueux. Un parcours sur lequel Milan s’aventure depuis quelques années. Au coeur de leurs reconstructions, les deux clubs milanais connaissent les même problèmes, avec une chronologie différente. Un mal nécessaire ? L’idée n’est pas de tout retracer en détail mais d’observer les similitudes et désormais les différences qui rassemblent et opposent les deux géants du football italien.

Inter 2010-2013, Milan 2011-2014 : un déclin qui s’amorce après le succès

Triplete en 2010 pour l’Inter, scudetto pour Milan en 2011. Deux sommets sportifs atteint à un an d’intervalle. Alors que tout semble leur sourire, Mourinho va quitter l’Inter après avoir emmené ses joueurs sur le toit de l’Europe, Moratti va prolonger ses sénateurs, n’a plus d’argent et ne trouvera pas chaussure à son pied pour entrainer son club. Benitez, Leonardo, puis Gasperini, Ranieri et Stramaccioni se succéderont en 3 ans à la tête de l’équipe. Les meilleurs joueurs sont vendus : Eto’o, Motta, et certains s’en vont : Chivu, Materazzi. Une page se tourne.

Côté Milan, Allegri triomphe en 2011 et continue à la tête de son Diavolo jusqu’en 2014 avant d’être remplacé par un entraineur maison, Clarence Seedorf, licencié pour mauvais résultats après même pas une année (remplacé par Inzaghi). Cependant, entre temps, Berlusconi commence à montrer des signes de faiblesse financière et le Milan perd également ses meilleurs joueurs à commencer par le cinglant duo Ibrahimovic-Thiago Silva au profit du PSG dès 2012. L’affaiblissement des équipes s’amorce ainsi, par manque de moyens de propriétaires, devenus, de mauvais gestionnaires.

Sportivement, les clubs font encore illusion et des similitudes dans le parcours se font sentir. L’Inter finit 2ème de Serie A en 2011 avant de sombrer, d’abord face à Marseille en Champions League l’année suivante, puis au championnat. La 9ème place de 2013 représente à ce jour le pire résultat pour le club au XXIème siècle. Pour le Milan, la chute s’amorce lentement aussi avec une deuxième place illusoire en 2012 au championnat (une 3ème également en 2013), une participation à la Champions League en 2013 et une défaite contre l’Atletico. Enfin, en 2014, le club est 8ème et doit se résoudre à la reconstruction. Le fond du trou est atteint des deux côtés.

Inter 2013-2016, Milan 2014-2017 : une gestion irrégulière et une transition assumée

Coup de théâtre, en 2013, Moratti revend ses parts à Thohir, un homme d’affaires indonésien qui rachète l’Inter. Le ton est donné, la presse s’enflamme mais l’Inter n’aura pas encore les moyens d’aller chercher du lourd au mercato en raison de finances à rétablir et d’un business model dépassé qu’il faut reconstruire. C’est cependant dans cette période que des bons coups arriveront : Icardi et D’Ambrosio notamment ou encore Kovacic et Brozovic. Ils sont néanmoins trop peu nombreux et c’est le début de l’ère des « bidone ». Kuzmanovic, Gargano, Campagnaro, Vidic, Belfodil, Pereira …

Les noms s’enchainent sans jamais satisfaire et le Fair Play Financier se montre à la fenêtre pour réguler les dépenses et les recettes du club. S’ensuit alors une époque de pseudo-stabilisation avec un Mazzarri qui fait retrouver l’Europa League au club. Puis c’est Mancini qui arrive avec une 4ème place obtenue. En 2016, le Suning rachète le club, Thohir s’en va mais reste président. Il arrive à imposer avant son départ le recrutement de Franck De Boer tandis que près de 140 millions seront dépensés sur le mercato. L’ogre Inter de retour ? Pas vraiment en fait.

Pour Milan, Berlusconi laisse le club avec des dettes énormes. Galliani continue de vendre du rêve aux supporters mais n’apporte que des couts 0 de moindre importance et de moindre impact. Kucka, Menez ou encore Taarabt tandis que Inzaghi, Mihajlovic et Montella se succèdent sur le banc n’apportant guère plus de satisfaction à un club qui doit se rendre à l’évidence, le niveau n’y est plus. En 2017, Berlusconi vend le club à Yonghong Li, qui décide de conserver Montella, place Mirabelli et Fassone aux commandes de la direction sportive. Objectif, retrouver les sommets nonobstant le FPF menaçant de l’UEFA. Un mercato démesuré est là aussi réalisé avec pas moins de 10 recrues dont Bonucci, Kessie, Andre Silva, Calhanoglu. L’ambition est de mise, mais pas pour longtemps tant les joueurs recrutés ne montreront que peu de gages de qualité.

Inter 2017-2019, Milan 2018 – ? : la reconstruction opposée

De Boer, Pioli, Vecchi, l’Inter ne trouve pas son entraineur. Spalletti alors démis de l’AS Roma, se présente à eux. Entraineur expérimenté de la Serie A, lui peut mener une barque que d’autres ne savaient pas conduire. Pour sa première année, l’entraineur fait avec les moyens du bord. Les recrutements se font sur la pointe des pieds : Vecino, Borja Valero, Skriniar arrivent dans un scepticisme ambiant tandis que d’autres prennent la porte. La saison est mouvementée, mais Luciano tient bon et emmène ses hommes à une 4ème place désormais salvatrice grâce à la réforme de la C1. L’Inter va en Champions League et retrouve la grande Europe 5 ans après l’avoir quitté. En 2018-2019, le mercato est plus ambitieux avec Nainggolan, De Vrij mais aussi Lautaro Martinez, Vrsaljko et Asamoah.

Malgré quelques couacs, l’Inter réussit encore une fois son pari face à Empoli et arrache la 4ème place pour la C1. Le Fair Play Financier et les limites de l’UEFA sont levées, le Suning en off a continué de restaurer les finances du club et obtient de nouveaux partenariats et contrats permettant au club de croitre sur le plan économique. C’est ainsi que cet été, l’Inter recrute Lukaku pour 65 millions + bonus. Le Belge devient le joueur le plus cher de l’histoire du club. Pour commander, l’Inter mise également sur Antonio Conte, valeur sure de Serie A et acte le retour d’Oriali pour reformer le duo de l’Euro 2016. Actuellement, l’Inter est première avec 18 points sur 18.

 

Côté Milan, l’escroquerie Li finit par se révéler au grand public. Alors que l’UEFA les menace d’exclusion de l’Europa League, le fonds Elliott se porte garant et récupère le club ce qui permet un maintien en Europe. Seule contrainte, restaurer les finances ou se faire exclure pour de bon en fin d’année suivante. Leonardo débarque au club, Gazidis aussi pour mener à bien la mission. Côté entraineur, Gattuso est là, reste et surfera sur la 6ème place obtenue en 2017. Seul couac, et de taille, la direction sportive ne s’entend pas et Leonardo n’en fait qu’à sa tête. Les échanges Higuain+Caldara/Bonucci et le prêt de Bakayoko seront des échecs tandis que Strinic se voit diagnostiquer un problème cardiaque et que Halilovic, dernier cadeau de l’ancienne direction n’assure absolument pas.

En hiver, afin de réduire le gap avec les leaders, Leonardo fera un all-in beaucoup trop risqué et indigne d’un bon directeur sportif. Piatek et Paqueta sont recrutés pour 55 millions d’euros environ. Le Polonais confirmera vite les espoirs placés en lui mais le Brésilien, blessé puis suspendu ne se montrera que très peu. Le Milan AC finira 6ème, sera exclu d’un commun accord avec l’UEFA de l’Europa League et devra repartir de 0. Gattuso part, Giampaolo le remplace, entraineur avec peu de certitudes et beaucoup d’inconnues. Le mercato ne peut être conséquent et malgré quelques arrivées prometteuses comme celles de Leao ou Bennacer, le Milan AC végète actuellement avec 6 points sur 18 à la 16ème place de la Serie A. Pendant ce temps, Piatek endosse le 9 et subit sa malédiction : 2 buts en 6 matchs dont … 2 penalties.

Des reconstructions opposées. De la patience d’un côté, de la prise de risque continue de l’autre. De la réussite également pour les nerazzurri et de la malchance pour les rossoneri. Quoi qu’il en soit, les deux clubs qui semblaient avoir des directions similaires malgré les différences chronologiques semblent emprunter désormais un chemin différent. Plus paisible côté Inter, plus inquiétant côté Milan. Mais après la pluie, le beau temps ?

 

Cesco

Rédacteur en Chef



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