Mike Wallace, l’Eurodéputé irlandais au coeur grenat

Par Florian Giunta publié le 11 Nov 2019

Du boxeur Silvio Branco au petit Lorenzo Bonucci, ceux qui arborent le maillot granata peuvent parfois être surprenants. Mike Wallace est de ceux-là. L’image de l’eurodéputé du groupe la gauche unitaire-gauche verte nordique a inondé les réseaux sociaux en octobre dernier. Qui est cet Irlandais de 64 ans qui a rencardé le costume pour endosser le maillot du Torino en pleine séance à Bruxelles et pourquoi cherche t-il à se distinguer ainsi ?

Dirigeant des Wexford Youth, reflet d’un engagement pour la « working class »

A Wexford, à 150 kilomètres au sud de Dublin, Mike Wallace est le propriétaire d’un bar où sont affichés les invincibles disparus dans la tragédie de la Superga le 4 mai 1949. Mais le club pour lequel il a joué enfant et pour lequel il a été dirigeant est aussi à l’honneur sur les murs. D’ailleurs, les Wexford Youth ont pour symbole un taureau. Bien que Mike ait exercé des responsabilités variées dans ce club qui a connu la deuxième division irlandaise, son obsession n’a jamais été d’accumuler des points. Il a surtout contribué à élargir les horizons des petits gars de Wexford en les trainant jusqu’en Italie : « Beaucoup de joueurs viennent du monde ouvrier. Beaucoup n’avaient jamais pris l’avion. Les trois-quarts n’étaient pas sortis d’Irlande. Cela a été un vrai choc des cultures » confie t-il à ESPN. Et si sa passion pour le Torino était une autre traduction de ce penchant pour les « petits » ?

Le Torino, reflet d’une philosophie de la vie

Mike aime l’Italie et le Toro. Sa soeur vit à San Mauro Torinese depuis 1986. La première fois qu’il se rend en Italie c’est avec huit potes pour assister à quinze matchs du Mondiale 1990. Aujourd’hui, il va souvent à Parme, à Gênes. Il a vu le Milan, la Juventus mais son repaire est la curva Maratona du stade Grande Olimpico. Séduit par cette ambiance particulière, il fait aussi une lecture de sa passion par le biais des valeurs du club.

« Le Torino c’est un petit club qui a une dimension sociale qui correspond bien avec ma philosophie du foot » dit-il à Toro News en 2014. « Il n’y a pas que l’argent et les victoires, il y a quelque chose de plus car les grands clubs peuvent acheter le succès mais ils ne peuvent acheter ce qu’à le Toro. » renchérit-il. Avant les matchs, il a ses habitudes au café Rossini dans le centre de la capitale Piémontaise puis saute dans un tramway pour quarante minutes de trajet. Quarante minutes où il peut méditer sur cette culture club qui doit faire de la grinta et de la lutte pour la survie ses points forts.

Les maux du foot, reflet d’une société malade

« Quand une équipe est forte elle réussit souvent à faire un résultat en jouant mal. Quand tu n’es pas fort, il est impossible pour toi de ne pas bien jouer« . Pour Mike, à Bruxelles, à Strasbourg, à Turin ou sur twitter, impossible de ne pas jouer la partie à fond et de ne pas se jeter sur tous les ballons. Le jour de cette intervention à Bruxelles durant laquelle il porte le maillot Joma se déroule un débat sur la sécurité. Mike cherche clairement à troller pour remettre les questions sociales au centre . Alors que l’Union Européenne projette d’augmenter ce budget de manière substantielle, Mike surgit : « Les Européens ont besoin de sécurité dans leur maison. Ils ont besoin d’un salaire décent et de savoir ce qu’ils mangent« . Un maillot au service d’une cause, celui du petit face aux gros.

A chaque interview, Mike Wallace relie les maux de nos sociétés aux conditions sociales. Pour lui, le foot n’est qu’une caisse de résonance, le symptôme mais pas la maladie. De plus, si certaines curve sont gangrénées par la mafia, c’est un défi pour l’Italie dans son ensemble. A sa façon, Mike fait l’Europe. D’ailleurs, parmi sa collection de 500 maillots, il aime aussi porter la tunique rose de Palermo. On n’a jamais le coeur trop grand.

Florian Giunta



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