Michele Moretti, le footballeur qui a arrêté (et peut-être exécuté) Mussolini

Par Sébastien Madau publié le 28 Avr 2020

Le 25 avril 1945, le fascisme, page sombre de l’histoire italienne se tourne enfin. L’Italie se libère. Trois jours plus tard, alors qu’il fuit le pays par le Nord avec l’armée nazie, Benito Mussolini est reconnu et interpellé par un groupe de partisans. Quelques heures plus tard, il est passé par les armes à Giulino di Mezzegra. Son corps ainsi que celui de sa maîtresse Clara Petacci et trois fidèles seront pendus par les pieds Piazza Loreto à Milan devant une foule en furie.
Soixante-quinze ans plus tard, le doute persiste sur les conditions de l’exécution du Duce, notamment celui qui a appuyé sur la gâchette. Et si c’était Michele Moretti, footballeur communiste qui porta les couleurs de la Comense de 1927 à 1935 (dont 4 saisons en Serie B) et qui s’était illustré un dimanche en refusant de faire le salut fasciste au début d’un match* ? C’est ce que certaines versions soutiennent. L’intéressé a confirmé avoir arrêté Mussolini, mais a nié l’avoir exécuté.
Michele Moretti passe la fin de la guerre dans la résistance au sein de la Brigade Garibaldi « Luigi Clerici », dont l’action se situait autour de Côme. Le 27 avril, alors que l’armée allemande est en déroute, il trouve un accord avec les responsables d’une colonne en fuite: ils continuent leur chemin à condition que leur soit remis les fascistes italiens qui les accompagnent. Marché conclu. Parmi ces Italiens fuyards, on identifie… Benito Mussolini. Moretti conduit les prisonniers à Bonzinago.

L’arme de Moretti a tiré…

Dès lors, que dit l’Histoire? Moretti accompagne deux partisans de la résistance milanaise pour l’exécution, Walter Audisio et Aldo Lampredi. Il tient en main une mitraillette MAS38 dont une rafale exécute le Duce. Mais a-t-il appuyé sur la gâchette? On ne le saura vraisemblablement jamais. Version officielle il a transmis son arme au chef de la résistance Walter Audisio, dont la mitraillette Thomson s’était enrayée. L’arme de Moretti a tué, mais elle a été utilisée par un autre.
Depuis, les versions se multiplient. Un témoin affirme avoir vu Michele Moretti user de sa mitraillette, car Audisio ne parvenait pas à exécuter les prisonniers avec la sienne. Des médecins légistes, en visionnant sur photos les impacts sur les corps, défendent la thèse des tireurs multiples. Dans les années 2000, un rapport des services secrets américains datant de 1945 décrit Moretti comme un personnage central des faits.
Alors, pourquoi Moretti a nié avoir tué le Duce ? Certes, un tel acte, même s’il mettait fin à plus de 20 ans de tyrannie, pouvait laisser des traces dans une vie d’homme. Mais il se pourrait que le pas en arrière de Moretti soit plutôt une manière de gratifier (volontairement ou sur conseils insistants…) le rôle du « chef » Walter Audisio, chef de la résistance milanaise.

Un après-guerre dans la discrétion

Après-guerre, Michele Moretti se fera discret. Soupçonné d’avoir subtilisé « L’Or de Dongo », le magot de Mussolini et de la République de Salò, il sera finalement blanchi en 1947 après s’être mis à l’abri en Yougoslavie. Il deviendra alors ouvrier et syndicaliste dans la région de Côme. Subissant la répression patronale, l’ancien partisan communiste deviendra artisan. Citoyen d’honneur de la ville de Côme, Moretti n’a jamais plus porté le maillot de la Comense. L’Histoire était passée par là. Il mourra en 1995 à l’âge de 86 ans.
Walter Audisio, député (1948-1963) et sénateur (1963-1968) du Parti communiste italien est toujours officiellement, à ce jour, celui qui a exécuté le Duce. Et ce même si, en 1994, le résistant Bruno Lonati affirmait dans un livre avoir exécuté Mussolini et Petacci sur demande des services secrets britanniques afin de tenir sous silence la correspondance suivie entre le Duce et Churchill.

Michele Moretti n’est que très rarement revenu sur cette affaire. Vers la fin de sa vie, lorsqu’un journaliste lui a, une énième fois, posé la question, il lui a rétorqué : « Si ça avait été moi, cela changerait quelque chose pour toi ? ». Pour l’Histoire, oui.

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*Michele Moretti, 3e à gauche sur la photo (Archive Enrico Levrini)

Sébastien Madau



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