Mesina-Riva ou les destins croisés du bandit et du canonnier

Par Sébastien Madau publié le 01 Sep 2020

Depuis le 2 juillet, toutes les polices d’Italie sont à la recherche de Graziano Mesina. Agé de 80 ans, le célèbre bandit sarde a fui son domicile d’Orgosolo alors que la Cour de cassation venait de le condamner à 30 ans de réclusion pour trafic de drogue. Le phénomène du banditisme sarde a soudainement refait surface à travers celui qui suscite un rapport ambigu avec la population. Protagoniste de l’histoire de la Sardaigne, Mesina a croisé celle d’une autre figure mythique de l’île : le footballeur Gigi Riva. Comment leurs destins ont-ils pu se croiser ?
Mesina c’est celui qui bascule dans la délinquance -ou jure y avoir basculé- sur fond d’injustice sociale. Très vite, il multiplie crimes et délits. Il trouvera face à lui du répondant dans la mesure où il passera 40 ans de sa vie en prison. Quatre décennies entrecoupées car Mesina est également le roi de l’évasion. Par souci d’humanité et au vu de l’âge du détenu, le président de la République Carlo Azeglio Ciampi le gracie en 2004. Il retourne à Orgosolo. Mais en 2013, à 71 ans -alors qu’il est guide dans les montagnes dont il a le secret pour y avoir joué au chat et à la souris avec les carabiniers- il replonge pour trafic de drogue. Il faudra 7 ans pour le condamner. Mais quand la police tape à la porte, l’homme s’est enfui.

Mesina et Riva dans l’histoire de la Sardaigne

Dans ce parcours digne d’un roman, « Grazieddu » a croisé Riva, héros du Scudetto de 1970. Peut-être parce que tous deux ont réalisé leurs premiers faits d’armes (au sens propre pour l’un et figuré pour l’autre) dans cette Sardaigne des années 60. Riva n’a jamais caché leur correspondance. « Quand il était en prison, il m’avait écrit une lettre dans laquelle il me demandait des maillots pour l’équipe de foot de détenus qu’il entraînait. J’ai alors acheté une vingtaine de maillots de Cagliari. Je lui ai envoyé un paquet en lui ajoutant un petit mot : ‘il fallait y penser avant si tu voulais devenir entraîneur’». Mesina est amateur de foot, de Cagliari et de Riva, y compris en cavale. « Je me camouflais, je m’étais fait pousser les cheveux et j’avais des lunettes pour aller au stade Amsicora. Les jours de matchs étaient généralement une souffrance. Quand j’étais caché avec d’autres fugitifs, tous voulaient descendre au stade pour voir les matchs. Je leur disais que c’était trop risqué » racontait-il. Le bandit ne tarit pas d’éloges sur le bomber. « Riva a donné une leçon de dignité. Il n’avait pas de patron, même les grands industriels du Nord n’ont pas réussi à l’acheter : il faisait ce qu’il voulait et savait ce qu’il faisait. Chacun de ses buts était une libération ». Comme si Mesina rêvait d’avoir la vie de Riva. « Riva est le côté propre et la première revanche de la Sardaigne » résume-t-il. « Le plus beau compliment que je pouvais recevoir » répond Riva.

La rupture après l’ultime arrestation

Le joueur n’omet pas le casier judiciaire mais il le contextualise. « C’est facile aujourd’hui de le condamner mais je me souviens des années 60. La Sardaigne était la terre de personne. On nous traitait de bergers, de bandits. Mesina a occupé une part invisible dans ma vie et dans ma carrière. Il a grandi dans une région où il fallait se débrouiller pour s’en sortir parce qu’il n’y avait rien. Mesina est le fils d’une terre pauvre et il est devenu pour beaucoup un symbole. Vous ne pouvez pas comprendre ce qu’était la Sardaigne à cette époque : sans foi ni loi, sans autorité. L’histoire de Mesina doit être rattachée à cette réalité. Son nom indiquait la rébellion et il suscitait la sympathie. Il a payé, maintenant qu’il est redevenu un homme libre ».

En février 2005, Mesina assiste au stade Sant’Elia au match Italie-Russie et à l’hommage rendu à Riva. La poignée de main est immortalisée (photo ci-dessus). C’est vraisemblablement la première fois qu’ils se rencontraient. Certainement la dernière. En effet, l’énième arrestation pour trafic de drogue a été la goutte d’eau pour Riva qui a préféré couper les ponts. Têtu comme un Sarde (d’adoption).

Sébastien Madau



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