Matteo Gabbia, le diablotin prêt à sortir de sa boîte

Par Aurélien Bayard publié le 21 Mar 2020

Avant que la saison ne soit perturbée pour cause de Coronavirus, une jeune pousse milanaise pointait le bout de son nez. Alors qu’il avait fait bonne impression pendant l’International Champions Cup, Matteo Gabbia restait depuis confiné sur le banc. Lors de la rencontre face au Torino, Simon Kjaer se blesse et cède sa place à Gabbia. Le défenseur central étrenne enfin la tunique de son club formateur en Serie A.

Pur produit rossonero

Ce n’était pas sa véritable première fois. Le 24 août 2017 en Macédoine, le jeune Matteo était déjà devenu homme. Face à Škendija, lors d’une rencontre comptant pour les barrages de qualification de l’Europa League, le natif de Busto Arsizio dispute 17 minutes de bonheur. Puis il retourne avec la Primavera. Un véritable aboutissement pour Gabbia. Depuis qu’il a six ans, le défenseur central regarde le Milan AC avec envie. Ses bonnes prestations avec des clubs locaux comme Fagnano ou Como lui ouvrent, à 14 ans, les portes du centre de formation milanais. Mais à cette époque-là, il est encore milieu de terrain. Son sens du timing et sa vista sont loués par tous les formateurs. Pour Riccardo Monguzzi, l’un des entraîneurs en équipe jeune, ces qualités siéent plutôt à un défenseur. Pour le convaincre, Monguzzi lui dit qu’il pourrait être un bon mezzala mais un excellent central. Matteo se laisse finalement convaincre, non sans avoir fait sa forte tête au préalable.

Grandir à Lucchese

Son escapade européenne n’était finalement qu’un coup d’un soir, et si Gabbia veut jouer, il va falloir répéter ses gammes ailleurs. Direction la Toscane et Lucchese. Était-ce pour grandir plus vite qu’il est parti dans ce bourbier ? Bonne question, car avant même de commencer, la saison des pantere s’annonce galère. Aldo Castelli, président du club depuis décembre 2018, est sous le coup d’une enquête de la police financière. Avec l’aide d’une mafia du Prato, il a participé à une escroquerie du type « carrousel ». C’est-à-dire que plusieurs sociétés émettent entre elles de fausses factures pour des prestations factices afin d’éviter de payer la TVA. Lorsque le coup de filet s’abat, Castelli et ses complices tombent par la même occasion. Sans président, les réserves s’amenuisent et les factures ne sont plus payées. La FIGC ne badine pas avec ce sujet et tout au long de l’année Lucchese se voit retirer des points. 23 en tout. C’est donc assez logique de la voir à l’avant-dernière place lors de la dernière journée de Serie C. Malgré la situation, Matteo prend sa place en défense centrale et fait bonne figure. Et s’il n’y avait pas eu la coupe du Monde U20, Gabbia aurait pu participer jusqu’au bout au sauvetage in-extremis en play-out. Presqu’un an après la fin de son aventure rocambolesque, il garde tout de même de bons souvenirs en Toscane. Au coup de sifflet final du match contre le Torino, Matteo s’est précipité sur son téléphone pour remercier tous ses anciens coéquipiers de l’avoir fait grandir. Puis l’a répété face caméra pour Milan TV.

Le renouveau milanais ?

Mine de rien, l’arrivée de Gabbia est une éclaircie dans le ciel rossonero. Le chantier de la défense centrale semble ne jamais se terminer. Derrière Romagnoli l’indéboulonnable, il y a toujours plus ou moins une place à prendre. Nous ne présentons plus les errements défensifs de Musacchio et Leo Duarte était venu mettre la pression au défenseur argentin. Sauf que le Brésilien a eu la bonne idée de se fracturer le pied et d’être sur le flanc pendant de long mois. Les blessures à répétition de Caldara ont eu raison de la patience du board milanais qui l’ont échangé avec Simon Kjaer. La malédiction se perpétue lorsque le Danois se retrouve lui-aussi sur le flanc. Enfin, dans un projet plus global, Gabbia pourrait faire partie de la renaissance milanaise au côté de Daniel Maldini et de Tommaso Pobega qui s’éclate actuellement à Pordenone. En tout cas, il a déjà tout pour s’imposer chez les grands.

Aurélien Bayard



Lire aussi